Le pouvoir est-il vol d’existence?

Car qu’est-ce que le pouvoir, sinon que l’un fasse ce que l’autre dit ? Pour créer le monde, il distribue les rôles : celui qui commande apportera le langage, celui qui obéit apportera le réel . Moi, je donne l’ordre, et toi, le travail. De la sorte, tout comme tu me rends le service de travailler pour moi, je te rends celui de te commander. Libre à toi d’imaginer, pour ta récompense, que tu as existé durant ton travail ; si cela ne suffit pas, tu ferais bien d’imaginer ta mort, qui se trouve être en mon pouvoir. Imagine donc, à ta guise, que tu existes ou que tu meurs, mais travaille.

Le pouvoir est l’échange, inique, d’un travail réel contre un commandement, qui prétend le payer en lui faisant imaginer l’existence ou la mort. Lorsqu’il n’est pas menace pure et simple, le pouvoir n’est jamais qu’un titre d’existence imaginaire, accordé par celui qui me dirige, en échange de mon temps, qu’il incorpore à son propre temps comme une sorte de concentré, de raccourci, qui lui permet de ne pas dépenser mes efforts, et donc d’économiser le temps qu’il m’a pris. Donne-moi ton temps réel, je te donnerai ton temps imaginaire. Le pouvoir est un vol de temps, un vol de laps de vie. Donne-moi ta vie, je t’en rendrai l’image. Une anthropophagie des temps que sont les autres.

29 réflexions sur “Le pouvoir est-il vol d’existence?

    1. Si le pouvoir est bel et bien échange de menace contre travail, l’argent versé sous forme de salaire ne sert plus à rémunérer le travail, qui s’effectuerait de toute façon. Pourquoi interviendrait-il, alors qu’il ne semble pas nécesaire? Peut être pour prévenir une révolte possible. Le travailleur, quasiment esclave, doit travailler pour demeurer vivant, et le maître, verser des salaires pour être sûr de le rester. Peut-être est-on passé de l’esclavage au salariat lorsque les maîtres ont calculé que les salaires coûtaient moins cher que les révoltes. Resterait donc que le salaire ne rémunèrerait en rien un travail…Evidemment, cela n’épuise nullement l’ensemble des fonctions de l’argent, ou putôt l’ensemble de ses absences de fonction.

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  1. belle réflexion,
    la contrepartie en est bien la mort ou la privation, ce que l’on gagne est peu et il s’agit bien d’un vol puisque l’acceptation n’est jamais gratuite ou accordée,
    le pouvoir me semble donner une réalité illusoire ou fictive au réel, le travail serait cette transformation par laquelle l’on perpétue la vie, on se soumet à cette illusion car nous savons bien que nous n’existons pas seul, notre temps est conditionnel et ceux qui s’empare de la parole ne font qu’en jouer le rôle par lequel l’équilibre est mimée.
    le pouvoir aujourd’hui est en déséquilibre car il ne donne que la mort, l’imaginaire est plutôt un acquiescement qu’une participation par laquelle on se perpétuerait,
    les soleils des indépendances nous ont obscurcis car le partage est devenu stérile et ne s’effectue plus, l’homme à cédé sa puissance et renonce

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    1. On peut en effet craindre qu’avec la virtualisation, le monde perde en réalité, au profit du néant.
      Ou que les illusion coutumière parviennent de plus en plus difficilement
      à masquer la réalité des processus de destruction, voire d’autodestruction.

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  2. Mais ce qui intrique et effraie est l’immaturité humaine manifeste….quand il n’y a pas d’exercice du pouvoir sous quelque forme que ce soit, rares sont ceux qui savent prendre leur propre gouvernail……:)

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  3. le pouvoir c’est d’abord la capacité à (faire, penser..) me semble-t-il?

    ce dont vous parlez c’est plutôt de la « prise » de pouvoir.
    deux possibilités alors : soit celui qui a le pouvoir l’a prit par la force, la persuasion, les moyens économiques…
    soit se sont les autres qui lui ont donné par exemple en se soumettant volontairement ou pas, …
    aujourd’hui j’ai davantage l’impression que les gens sont esclaves de l’argent, de l’avoir, des images …le travail n’étant que le vecteur pour tenter d’accumuler de l’argent.

    l’argent ne donne pas le pouvoir, ils donne les moyens du pouvoir.
    le pouvoir dépend de l’être.
    je crois que le travail donne le pouvoir si on ne travaille pas pour l’argent.

    merci pour cette réflexion issue finalement de la lecture de votre texte.
    bon dimanche

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    1. Je vois plutôt le pouvoir comme une capacité à faire faire.
      Il repose sur l’obéissance des autres.
      La capacité personnelle est plutôt une puissance qu’un pouvoir.
      A mon sens, le pouvoir est impuissant.
      On retrouve alors Hegel

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  4. « Tu vois … le monde est divisé en deux catégories:
    Ceux qui ont un pistolet chargé, et ceux qui creusent. Toi, tu creuses. »
    Le pouvoir exige une supériorité sur l’autre, qu’elle soit physique, mentale ou financière. Personne n’est obligé d’en user. Je suis d’accord avec Thiladi quand elle dit que le pouvoir dépend de l’être.
    Tes sujets sont très intéressants, Jean-Paul. Je ne suis pas en capacité d’apporter mon avis à tous. Sur celui-ci, « Peut-être est-on passé de l’esclavage au salariat lorsque les maîtres ont calculé … », je ne pense pas que l’esclavage doive son abolition à une quelconque réflexion, mais à une révolte. D’où la force d’un contre-pouvoir de ceux qui n’ont pas le pouvoir, à condition qu’ils se fédèrent, s’unissent.

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    1. Superbe phrase, mais qui à mon sens prouve plutôt l’inverse: le pistolet ne fait pas partie de l’être. La supériorité de celui qui détient le pouvoir vient uniquement d’un don ou d’un travail de celui qui exécute. Dans le cas du pistolet, c’est uli qui effectue le travail de la peur. Dans le cas de l’admiration, c ‘est lui qui fait l’effort d’y croire, etc. Je fais donc les pouvoirs que je subis, sur un mode autopunitif qui ressemble bien plus au néant qu’à l’être.

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  5. L’exercice du pouvoir est empreint de celui de la peur. Les dictateurs en usent. Ceux qui les subissent ne sont pas masochistes, en admiration béate. Sans arme de quelque nature soit-elle, le pouvoir ne peut s’exercer,contrairement au fanatisme qui lui relève de l’admiration et effectivement, du néant de soi. L’exercice d’une fonction ne sous-entend pas nécessairement – à mon avis – celui d’une domination mais celui d’une compétence. Autant je tolère d’un homme d’état qu’il s’entoure de « gardes du corps » pour prévenir d’une folie éventuelle, autant la notion de « compagnie « républicaine » de sécurité » est pour moi anti-démocratique. Là intervient l’exercice du pouvoir au détriment de la volonté du peuple. (je dis pas « Amen », je suis athée).

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  6. Le sujet est fort intéressant. Merci Jean-Paul. En fait, je viens chez toi depuis que tu as laissé un commentaire sur le billet de Benjamin; t’aurais pas dû! Benjamin lui maintenant, regrette. Nan, pas ton commentaire. Que je vienne sur son blog. Il te l’a pas dit?

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  7. C’est je crois Acton qui dit cette phrase souvent reprise (et une fois de plus par moi😉 ) :
    « Le pouvoir corrompt, le pouvoir absolu corrompt absolument »
    J’ai bien aimé dans les commentaires (bcp de choses dont) la différenciation entre « puissance » et « pouvoir »
    car en effet il peut y avoir collaboration à une oeuvre avec répartition des tâches, le dysfonctionnement vient quand un prend (mais évidemment tout est montré pour faire croire qu’on lui a donné, jusque dans les pseudo démocraties) la « tâche » (tache ?) d’avoir le pouvoir tout le temps (pour un rôle donné ou pire pour tout)

    favoriser le collectif, l’impermanent, le contrôlable
    peut être pour éviter cette prise de pouvoir, qui malgré tout, me semble très humaine, reliée à l’ego (je ne sais ce qu’en dit la philosophie)

    merci pour toutes ces pensées

    chaleureusement

    frédéric

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  8. Il me semble là qu’on continue à ne regarder que d’un côté du miroir, celui du maître, sans voir que l’esclave ou supposé tel n’est pas qu’une victime mais aussi un acteur, c’est toujours ce qui me gêne dans c e genre de débat…la force ne suffit pas, la puissance de l’argent ne suffisent pas à la pérennité de ces liens, pourquoi perdurent-ils, et qu’ancrent-ils….c’est ce que Nietzsche a essayé d’explorer je crois entre autres, mais je ne suis pas experte donc je m’esquive…..

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  9. Bonjour Ashdee, je ne veux pas phagocyter un espace qui ne m’appartient pas mais je pense que le maître ne peut durablement installer une puissance sur l’esclave si celui ci n’est pas formaté à y consentir; à ne pas se révolter. Je n’entends pas ainsi dédouaner le puissant des perversions de son pouvoir, ni de sa responsabilité, je pense que les choses sont bien plus subtiles et qu’elles dépendent d’un système de pensées large et plutôt consensuel, où les fondements judéo chrétien de notre civilisation ont une large part….

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  10. Le virtuel nous emporte peu à peu, comme cette fraude au bac qui, selon parents et élèves, ministre même, ne devrait avoir aucune incidence… Clémence? Fare comme si de rien n’était? Mais c’est fait, trop tard.
    Faire du bac un contrôle continu, minimiser l’épreuve… L’homme est-il si fatigué qu’il ne peut plus avoir d’Arete? Il s’excuse de l’ompuissance face au réel alors qu’il n’a jamais tant baigné dans une reconstruction du monde. La caverne est mondialisée, elle est désormais le réseau, l’autre net, celui des idées reçues.

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  11. le pouvoir…
    mais  » il suffisait de dire non….  »
    dit la Marquise de Merteuil à Cécile Volanges se plaignant des frasques du Vicomte de Valmont

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      1. le pouvoir…
        mais  » il suffisait de dire non….  »
        dit la Marquise de Merteuil à Cécile Volanges se plaignant des frasques du Vicomte de Valmont

        le choix de la servitude me semble plus simple et moins fatigant que celui de la liberté qui est couplée à la responsabilité, à la question précisément du choix et du doute inhérent et donc de l’angoisse qui sait…. bien plus inconfortable que de servir un maître et de suivre son sillon. L’éducation qu’elle soit Nationale ou simplement familiale ne conduit malheureusement pas les humains à la pensée, à l’autonomie, à la remise en question des schémas de conduite mais à la reproduction des servitudes.

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  12. Dame patrie

    je suis tombé pour toi,
    Ma chère dame patrie,
    Mais qui pour moi,
    A présent compatis?
    J’ai bravé le danger,
    Pour te protéger,
    Dans les bras des anges,
    je suis partit non très âgé,
    J’ai rejoins les astres,
    Et perdu ma famille,
    Pour combattre le désastre,
    Éradiquer la famine,
    Mais vu des cieux,
    Je ne vois que des voyous,
    La vantardise de ceux,
    Qui m’y ont envoyer,
    Dans cette guerre sans relâche,
    Et pourquoi tous ces lâches,
    N’y sont ils pas allés?
    Ont ils eu peur que ne se fâchent,
    Les êtres du ciel ailés?
    Je dit au revoir à ma dulcinée,
    Ma petite fille et mes deux aînés,
    Pleurant sur ma tombe,
    Sur mon être désincarné,
    Dans les catacombes,
    Je fêterais ma trentième année,
    Voila ce que m’apprend,
    La fin de l’histoire,
    Quand cesse de s’étendre,
    Le temps sur mon corps,
    Je vous dis au revoir,
    Et surtout adieu,
    Pardon pour mes torts,
    Je m’en vais à dieu…
    Je suis tombé pour toi,
    Ma cher dame patrie,
    Car dans le froid,
    j’ai est perdu la vie…

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