LE REEL EST-IL A CONCEVOIR OU A IMAGINER ?_____ (en méditant Ella Balaert)

Voir, percevoir, concevoir : nous pensons trop que le réel ne se donne vraiment qu’à  cette perception « objective » ou « rationnelle » que nous prenons pour scientifique. De la mesure à la formule, que connaissons-nous au delà des nombres, des formes, et des généralités? S’il n’y a de science que de l’universel, quelle faculté saura nous mener jusqu’aux détails du réel?

Je ne vois pour cela que l’imagination,  ce don intérieur d’altérité, le plus intime des passages  vers les grains ultimes du réel. J’ai beau croiser tant de gens chaque jour, j’ai beau savoir la dimension de l’univers, celle de l’atome, ou la manière dont on meurt de faim, qu’ais-je compris tant que je n’ai rien imaginé?

L’imagination, cette oubliée, cette décriée de la philosophie, est la voie royale de la connaissance, parce qu’elle est la toute puissance de l’écriture, la divinité de sa création. Dans un passage décisif de son Georges Sand à Nohant, Ella Balaert, écrivait: « la frontière est poreuse, entre le réel et l’imaginaire… J’ai vu des braves gens, et quand je dis braves, je veux dire pas peureux pour un sou, qui y croyaient, au sens où ils étaient sûrs d’avoir vu un fantôme, une lumière surnaturelle. Ils l’ont vu, c’est donc que le fait existe. Le fantôme n’est peut-être pas dans l’air, il est peut-être seulement dans l’œil qui le perçoit. Mais  le fait existe. Petite, je faisais souvent ces sortes de rêves éveillés. Les objets, même les gens se métamorphosaient sous mes yeux. Un frêne du jardin se faisait forêt, une amie une nymphe, un trait au sol une rivière, et j’y croyais comme le paysan croit au diable  parce qu’il le voit. Je voyais vraiment des choses apparaître, sur un papier, un pare-feu, la lune, n’importe quoi qui pouvait devenir une sorte d’écran. L’illusion se muait en réalité. C’étaient des visions enchanteresses, qui me racontaient des histoires pleines de fantaisie et d’imagination. Attention, je dis bien des visions,  pas des crises d’hallucinations, comme Musset et Chopin ont pu en avoir, et qui les laissaient malades. Moi, je n’étais pas malade.

– Non, bien sûr, mon vieux George, plaisante Balandard. Tu te vois double, dedans et dehors à la fois ; tu vois les dessins quitter leurs feuilles et devenir vivants, mais il n’y a rien là que de très normal.

– Absolument. Et si tu en doutes, c’est à toi qu’il manque une case, mon pauvre: celle de la quatrième dimension, l’imagination !”

Quand vous voudrez vraiment connaître,  quand vous voudrez  vous étendre à toutes les dimensions,  quand vous voudrez sentir en vous la source du réel, vous imaginerez.

 

En savoir plus sur ce livre :  http://ellabalaert.wordpress.com/

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