Artistes, êtes-vous Dieu?

Créer serait partir de rien. La plupart des opérations sont de simples transformations, comme la production transforme sa matière première. Elles supposent donc quelque chose. Or le  propre de la création est d’opérer à partir de rien. Elle est donc l’opération au sens propre, cette ouverture primordiale qui rend toutes les autres possibles. La création ne trouve rien : elle ouvre le plan des opérations, découvre le continent des œuvres. De rien, elle fait un être réel, qui trouble le monde et troue le néant. Cette brèche est fondation. Ce qu’elle instille par son style, elle l’installe comme stable. Au sein du rien précaire, miné d’inexistences, elle installe un réel comme tel capable de rester. Elle donne lieu à l’utopie, un nouveau lieu où tout demeure. Elle est comme un espace propre et propice à l’existence. En ce sens, la création nous donne notre demeure.

35 réflexions sur “Artistes, êtes-vous Dieu?

  1. Julien Gracq le disant mieux que moi, je me permets de lui laisser la parole : « En ce qui concerne le titre que j’ai donné à un de mes livres : En lisant en écrivant (sans virgule) indique que le passage de la lecture (forcément en partie critique) à l’écriture se fait sans angoisse ni crispation, sans sentiment d’aliénation ou de perte d’authenticité. Je pense – et j’ai écrit – que tout livre pousse (en bonne partie) sur d’autres livres. Le besoin chimérique, qui démange beaucoup de  » créateurs « , de ne se sentir redevables en rien à la littérature qui les a précédés, ne m’obsède en aucune façon. Le monde et la bibliothèque font partie à titre égal des éléments auxquels je me réfère, quand j’écris, et je ne ferai jamais preuve d’aucune fausse honte à ce sujet ».

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      1. l’existence… est-ce un objectif raisonnable ? en confondant exister avec être, un peu comme vessie avec lanterne, nous voici condamnés à une usurpation perpétuelle, qu’elle soit artistique ou non… si elle peut nous conduire sur une voie plus sereine… pourquoi pas ? une sensation fugace de bonheur pourrait être un signe de notre conscience retrouvée ? … qui sait… ne sommes nous pas tous les créateurs de notre existence ? quelle privilège dans cette vaste illusion…

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  2. NOUS SOMMES TOUS UN PEU DIEU A NOTRE FACON, c’est vrai que l’artiste est plus sensible qu’il a des émotions qu’il canalise plus mal, il est dans ses rêves dans son monde, dans son univers maintenant de là à dire que les artistes sont des dieus je ne peux aller jusque là

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  3. Question provocatrice ! Mais, comme le disait et le montrait Kandinsky : l’art est l’expérience de la création d’un monde. En tant qu’expérience, elle est seconde par rapport à la prédonnation.

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  4. Je ne crois pas qu´un créateur pourrait être un dieu. Mais plutôt un medium, recherchant un équilibre, une harmonie entre le bien et le mal, entre le beau et l´horrible, entre destruction et construction. Une balance, une dynamique Yin et Yang entre deux mondes, l´un réaliste (concret) et l´autre fantaisiste (imaginaire utopiste), Un monde spirituel (introverti) se réalisant et communiquant (extraverti). Pour créer une sculpture il faut scier l´arbre (acte destructif) pour ensuite le transformer (acte créatif). Des contrastes, des croisements de lignes et de formes, des contradictions dans le but de remettre en forme et de trouver la juste balance. C´est ça l´irréalisme de transformer le mal en bien. Me suis je trompé? M´avez vous bien compris? N´a t´il rien à voire?

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  5. Texte provocateur: créer ex-nihilo renvoie au pouvoir du Démiurge…Tentation de prétendre au Divin…Vanité de l’homme et erreur de Prométhée…Anthropocentrique! L’homme peut-il créer ex-nihilo alors qu’il appartient à l’univers (ou plusieurs univers) et demeure qu’une pièce de son environnement? Texte à niveaux multiples,chacun en saisira la portée selon son horizon. J’aime ce blog!

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  6. Je retourne la question et me demande si lorsque je créé je suis seul, si mon travail aura besoin d’une église ou d’un temple pour faire sens et s’il peut prétendre à une quelconque universalité, s’il doit être sage, guide.Il n’en a ni le devoir ni le droit. Il est juste la trace de liberté d’être et de faire dans l’espace et à l’abri du temps et des contraintes. Je ne suis ni dieu ni maître.

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  7. Dans le monde des archétypes on pourrait dire que l’écrivain est un demi-dieu puisqu’il les arrange à sa convenance et selon ses besoins, ses lubies. Quant à la prétention de créer, elle m’est étrangère puisque, dans mon entendement, seul est véritablement créateur celui ou celle qui part de rien. Or tout le matériaux que j’utilise m’a été donné.

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  8. On créé souvent à partir de quelque chose, que l’on transforme et que l’on fait sien. C’est la construction d’un univers unique fait d’échanges et d’inspirations.

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  9. Artistes, êtes-vous Dieu ?

    Si Dieu crée en tirant quelque chose de rien pour mettre cette chose dans le monde, alors l’artiste ne crée pas comme Dieu (à supposer que etc.)

    L’artiste donne forme à ce qui vague. Il saisit dans l’air quelque chuchotements auxquels il donne interprétation. Voyez, d’Albert Jacquard, cette rapide vidéo dans laquelle lui, frêle roseau pensant, démolit sans rémission le concept de « propriété intellectuelle » : http://vimeo.com/17517736

    Lavoisier, péremptoire, l’affirme : « Rien ne se crée, rien ne se perd » et il ajoute, sur les traces d’Empédocle : « tout se transforme ». Moi écrivain je confirme en mes intuitions l’ami Lavoisier, tout comme Dimitri Kas, lorsqu’il cite Julien Gracq : « Le monde et la bibliothèque font partie à titre égal des éléments auxquels je me réfère, quand j’écris, etc. »

    Alors bon, la production artistique est probablement plus une affaire de médium (Frédéric Iriarte) que de créateur.

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    1. Allan,

      Merci d’avoir repris les mots de Julien Gracq dans votre propos.

      J’avoue avoir subrepticement pensé à Lavoisier et à cette phrase « Rien ne se perd etc. » que j’ai entendu pour la première fois il y a bien 15 ans… elle est restée gravé en moi avec une force que je me m’explique toujours pas.

      Vous faites un bel hommage au livre La revanche du rameur sur votre blog, livre que j’ai apprécié pour sa liberté de ton et son propos.

      Un peu plus austère dans la forme, mais ô combien moderne dans les idées : L’entraide, de Pierre Kropotkine (http://dimitrikas.com/2011/10/24/24-oct-11-levolution-sous-langle-de-la-cooperation/)

      Bonnes fêtes de fin d’année !

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  10. Sauf que, pour moi, l’artiste ne créée pas à partir de rien mais plutôt à partir de sa connexion avec le tout (l’inconscient collectif). Il faut savoir faire le vide (la vacuité) pour être empli du tout. Le véritable artiste (et nous le sommes tous) est, selon moi, celui qui sait faire taire (momentanément – le temps de la « création ») son égo….De nombreux artistes en témoignent : ils ne sont que des canaux par lesquels passe la création (que j’écris consciemment avec une minuscule). Je rejoins ici, je suppose, les propos de Allan….

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  11. le grand vide au départ (toile blanche-masse de marbre ou de terre). Et le grand tout,expériences -vibrations-empathie de l’artiste façonne son histoire qu’il transmet visuellement-tactilement,sensoriellement ou non aux lecteurs-acteurs.
    Je ne maîtrise pas le discours intellectuel. Cela me conchie et me fatigue. Je suis un paysan -gueux-isolé dans les bois qui sent profondément les forces dégagées par la création. J’ai mes instants de profonde quiétude mais je suis aussi dans la réactivité,le geste.
    Aussi ,la parole n’est pas mon fort.
    Bonne semaine🙂

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  12. Bonsoir Jean Paul c’est vrai d’où vient la conception de créer pour l’homme de rien de ce rien qui est quelque chose ?cette chose ne serait-elle pas nôtre esprit ,notre âme? et Qui se cache derrière nôtre âme? Nous sommes issus de Dieu mais,nous ne sommes pas des anges..Je ne suis ni philosophe ,ni poétesse ,je ne suis rien et pourtant ,j’ose être là.

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  13. Le génie, qui préside à la création artistique, n’est pas quelque chose qui se puisse enseigner comme on enseigne la physique ou la technologie. C’est avant tout un don. Ce que l’on peut enseigner ce sont seulement des techniques pour copier, imiter, répéter ce qui est original. Tout artiste commence d’ailleurs par le plagiat, car c’est ainsi que l’on acquiert la maîtrise des règles de l’art. Il y a dans l’art, -comme dans la philosophie-, un perpétuel recommencement, qui fait que l’artiste se doit de reprendre entièrement toutes les méthodes, pour arriver au sommet de son art et en gagner la maîtrise………………Amicalement Bruno

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  14. Splendide: faire naître à partir de rien, c’est là la véritable réalisation. Où l’art s’y entend autant que la science pour interagir dans le monde. Dans un rapport d’essence à essence avec le réel. C’est tout le sujet justement de ma reflexion, que j’essayais d’introduire dans mon essai intitulé Encore Icare. En tout cas je suis plus qu’heureux de dénicher ce blog philosophique. Plus que cordialement, amicalement, et vôtre. GS

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    1. bonjour…
      je ne suis pas vraiment d’accord sur le point suivant :on crée à partir de rien ,en tout cas pas en ce début de vingt et unième siècle….le contexte est chargé ,hyper chargé ,nous sommes les descendants de toute une lignée d’artistes qui ont tour à tour découvert la perspective à la renaissance,l’huile ,le sfumato ,la fresque,la photographie ,le monochrome ,l’expressionnisme,la mort de l’art ,…….le pop art ,les installations et ouf nous voilà.et l’on part nécessairement de « ça » ,il faut faire « avec » cet héritage parfois lourd mais si riche .lorqu’on crée ce qui est important (enfin je parle pour moi) c’est de ne pas avoir d’idée préconçue sur le but de la manoeuvre ,le résultat ,il faut laisser l’intuition travailler ,la mémoire ,l’inconscient tout en restant éveillé ,les sens tendu vers ce qui est entrain de se faire ;c’est le nicht -noch -sein……état de naissance perpétuel ,état perfectible;l’art met en état de devenir permanent,loin d’ètre ou de devenir un dieu ,nous ne sommes que des hommes aux sens ouverts ,sans limite,possédant par là mème un certain espace de « liberté » exaltant et cruel aussi…
      alors bien sur ,on peut prendre le « problème » autrement ,quand je commence une toile ,il n’y a rien ,en effet sur celle ci ,l’espace est vierge mais dans ma tète vibre déjà tout un monde ,des intentions inavouées qui se projettent sur le carré blanc.ces « possibles « m’empèchent de penser quau départ il n’y a rien….ou alors coupez moi la tète!

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  15. Rien ! Rien ! Rien !
    Etrange ! Face à la lecture de ces phrases, une reconnaissance se fait ! Le rien ! J’ai essayé de m’attaquer à cet aporie artistique, quelque temps auparavant, finalement « les gribouilles croc-croc » et « les gribouille-écritures» m’ont kidnappés.

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  16. creation is perfect, beautiful, balanced.. man; yes even the almighty artist, is frail, weak, spotted with greed, anger, lust, revenge. Nay, man is a product of creation and like all things living likes to mimic. Artistry, is man’s attempt to mimic the perfect, the truly almighty.. God.
    capturing a few wisps form the cosmos of creativity, penning a few harmonious words does not make one a God, if anything it should humble one to appreciate the greatness that is God.

    love your prose, it’s been a long time since I have read anything that is infused with so much raw creativity. Though I think a bit of the artistry is lost in translation… nevertheless, it served it’s purpose, to cut through the void of the mundane.

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  17. Bien sûr que nous sommes dieu ( ou n’importe quel autre nom …je ne suis pas dogmatique), et c’est a travers notre expérience terrestre que Cela existe …Ne dit on pas : je suis le centre du Monde ? Et c’est vrai : car n’importe où qu’on soit sur le globe , l’information vient nous percuter …nous sommes tous des créateurs , des artistes : certains en ont conscience et d’autres pas …

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  18. Je découvre vos écrits et je suis peut-être hors sujet. Celui-ci me mène à cette réflexion :
    Un artiste n’est pas Dieu.
    Un artiste créateur donne une expression à son âme. Il rend visible l’invisible, en s’inspirant de son ressenti intérieur. Il réalise une œuvre matérielle .Il est impossible de donner une image objective du ressenti de l’esprit. Est-ce pour cela qu’il recommence inlassablement ?
    Qu’est-ce que Dieu ? Rien : Dieu n’existe pas, ne se voit pas, ne se sent pas… Il est tout et rien.
    Or, si Dieu est rien, et l’artiste créateur part de rien pour construire son œuvre, il part de Dieu. Il cherche la représentation parfaite de ce qui n’existe pas. J’en conclue que l’artiste créateur cherche Dieu.

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