Se promener, c’est penser (2) ___ ___ ___ ___ ET SI LA VILLE ETAIT UNE MER ?

Les rues de la ville ne tournent pas. Chacune propose sa longue ligne de fuite, sa perspective. Chaque vitrine à son tour lance un monde en son empilement, quelque ailleurs venu là par hasard et rendu aérien. La ville est faite de grands vents. Bourrasques et courants d’air. Passages, croisements, envols. Chaque passant, la moindre silhouette, avec le simple ton de sa trajectoire, suggère sa manière d’être au temps, sa note, son silence. Par son indifférence même, l’espace indéfiniment ouvert de la ville autorise tous les styles du passage, tous les arts du repos, tous les gestes du travail. En ville on voit que la pensée est un peuple.

Tandis que posé là comme une île de pierre, le village est toujours. C’est sa force. Il est l’accoutumée, par cet art oublié mais si tenace de ses rues qui le font rond. Car toutes les ruelles du village y ramènent, comme une ronde plus que lente, alanguie. Car chaque  trajet que l’on observe, avec ses bruits plus pesants, y confirme ce que l’on sait. Car les secrets, ici, sont publics et tus par tous, depuis toujours. Toutes les rues sont complices pour rester au village, pour que tout reste au village, pour que tout reste.

Comme un trait, à jamais, dans la terre. Comme un soc. Au village, tout est sillon, à la ville, tout est sillage. Car tout ce qui passe s’y passe, comme laissant derrière soi la double onde évasée du sillage, qui secoue de proche en proche toute la mer. Car la mer est la mémoire des sillages, l’empreinte des vents. Ses vagues sont ces phrases, le récit permanent qui répercute à l’infini le moindre de nos tracés. Car La mer est le grand labyrinthe sans mur, où toute trace résonne au lieu de s’effacer. C’est pourquoi les villes n’ont pas de murs : elles sont trop de rencontres. Qui pourrait croire en un hasard fait de parois ? Cessez de croire aux murs, et vous verrez la ville.

 

13 réflexions sur “Se promener, c’est penser (2) ___ ___ ___ ___ ET SI LA VILLE ETAIT UNE MER ?

  1. Ce texte est vraiment très fort et nous fait penser loin, loin, loin hors les murs, jusqu’à la mer. Merci pour cette injonction libératrice qui trouve ici sa chambre d’écho qui fait qu’on l’entend vraiment, « cessez de croire aux murs ». Merci, merci mille fois merci.

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  2. Au moyen age, il y avait des murs pour entourer les villes, peur de l’autre, de l’ennemi, de l’étranger, et souci financier aussi, moyen de faire payer des taxes…aujourd’hui, face à la mondialisation, les murs sont tombés, les villes sont devenues des lieux de rencontres et de passage, d’échange, avec des vagues de populations libres de circuler, de se poser, de partir.
    Ce sont les autoroutes que l’on fait payer aujourd’hui. les murs s’écroulent, mais pas l’argent, barrière invisible mais néanmoins bien plus prégnante. Signe du temps…

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  3. C’est très bien ressenti .j’aime parce-que c’est vrai…Toutefois telle une poussière qui vole tout peut disparaître (voir Pompéi) seul la nature toute entière reste toujours victorieuse et puissante .Nous ne sommes que des ombres même si nous portons en nous quelques lumières éparses.

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  4. Vos évocations me rappellent l’entrain avec lequel Daniel Boulanger dans ses nouvelles s’exerce à entrer dans les moindres anfractuosités de nos campagnes. C’est peut-être cette ronde, ce mouvement circulaire que vous décrivez qui l’inspirent. Respirer les parois des murs et du chemin alors que dans la ville ce sont les passants qui cohabitent et créent des zones translucides de croisements et de regards. La ruelle est une rue de la parole alors que l’avenue serait celle des yeux et du miroitement.
    Daniel Boulanger est aussi un auteur de la ville, par son cinéma (scénario et jeu d’acteur).

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  5. Pas des murs, des miroirs qui parlent et chuchotent leurs histoires et leur mémoire. Les villes sont des champs et des plain chant, on s’y perd moins que l’on y trouve en marchant le fil des labyrinthes intérieurs ….un dehors qui mène au dedans ….

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  6. Bonjour.La mer est comme une femme calme,douce,chaude,froide, elle se casse sur un rocher trop dur pour rebondir un peu plus loin.Elle est tempête,vie qui fourmille en elle,elle est belle et mystérieuse,Elle est la vie .Son horizon infini parle de voyages,beauté et de découvertes.En plongée nous nous trouvons en osmose totale avec elle comme nous l’étions dans le ventre de notre mère.Il y a toujours le calme après la tempête comme pour découvrir tous ces mystères qu’elle peut avoir en elle.Sans elle je meurs un peu…

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