L’idée de ludique (Publie.net, 2009)

Quand tout se met à jouer, quand les choses changent de place, de forme, et même de nature, quand elles se jouent de toutes les frontières, on a facilement l’impression  que tout devient ludique, que tout se passe comme s’il n’y avait rien.

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Mon premier pari est de considérer ces passages à la ludique comme suffisamment positifs et irréversibles pour inspirer une philosophie nouvelle, qui prend pour principe le jeu, et que nous nommerons la ludique.

Mon deuxième pari est que l’humour soit la manière la plus sérieuse de penser le peu d’existence que nous pouvons espérer, autant pour nous-mêmes que pour notre environnement. Quand tout devient de plus en plus rentable en existant de moins en moins, il ne faut pas hésiter à s’inspirer des formes d’existence les plus modestes, mais les plus tenaces, comme les objets, les insectes, les électrons, ou même les points mathématiques.

Soyons, devenons ludiques. Prenons résolument les points de passage de la raison logique à la raison ludique comme autant de conseils à suivre pour exister. Car ils ne servent pas seulement à savoir ce que l’on peut savoir, mais à être réel dans un monde ludique, à exister même s’il n’y avait plus rien.

5 réflexions sur “L’idée de ludique (Publie.net, 2009)

  1. Oui, c’est vrai! Le petit éclair de l’ironie et de la « raison ludique » c’est une forme de résistance et élan dans la vie… un façon oblique de côtoyer le choses normales avec un regard biais. Mes compliments.
    Claudia Patuzzi

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  2. Bien sure l’ironie nous déplace souvent dans le réel, (Pirandello), mais ….
    Quand le jeu comme le faux plaisir est incorporé par l’hypercapitalisme, lorsque le jeu est d’apprendre à travailler sans savoir qu’ils travaillent, alors: comment échapper à la triste mort de l’amusement?
    Rire va nous sauver?

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  3. C’est intéressant comment la confusion peut s’infiltrer dans le raisonnement. La pensée ludique c’est ce qui arrive au gens qui considèrent les centres d’achat comme des églises de la conscience. Lorsque le raisonnement est atrophié par le rêve, l’individu considère sa propre pensée comme la pensée et ne fait plus l’effort de raisonner. Si l’état humain actuel est un état de vide basé sur le rêve de l’argent dans la pensée c’est parce que il y a invasion du rêve individuel dans la pensée ce qui empêche la communication entre les parties individuelles de la pensée par le raisonnement.

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  4.  » D’autres mondes étaient possibles. D’autres rêves existaient. Des deux, des années de lutte témoignent. Une volonté chez certains de toute une vie. Une violence chez d’autres sans accommodement possible. Pour, à la fin, rien, sinon cette forme d’horreur sans borne de l’acquiescement de tous à tout ce qui est.
    Il se peut que Kafka ait envisagé à peu près tout ce à quoi il était possible que l’homme consentît. Nul n’a sans doute davantage envisagé que Kafka tout ce à quoi il se pouvait que l’homme consentît. Envisagé par exemple le consentement de l’inconnu (de l’innocent) au couteau qui le sacrifie. Mais la joie ? La joie a échappé à Kafka. La joie qui porte l’inconnu ou l’innocent vers le couteau. La joie qui fait du couteau le seul destin que l’inconnu connaisse. Qu’il connaît faute de désirer quelque autre destin que ce soit.
    Du sacrifice qu’il fait si délibérément de lui-même, de la liberté que précisément il sacrifie en se sacrifiant, il n’y a que la domination à tirer parti. La domination n’en tire pas pour autant un parti sacré. Il n’y a rien que la domination craigne maintenant comme ce qui la sacraliserait. Parce qu’elle ne désire rien tant que d’être seulement efficace. »

    Michel Surya De l’argent, ruine de la politique
    Rivages Poche/Petite bibliothèque
    Editions Payot et Rivages : 2009

    Il y avait, disons, chez Bataille, de ce rire panique, un rire et un jeu qui ne pouvaient être mêlés à l’exercice de la pensée. L’hypermorale, c’est la défaite de la morale de Kant : face à un tel rire et un tel jeu, on ne peut parler de logique ni de ludique… logique et ludique ne sont pas même deux substances inconciliables, comme l’huile et l’eau. Cela, selon moi, le capitalisme, ou l’hypercapitalisme, l’a bien compris : pas même, comme l’huile et l’eau, la ludique et la logique… on ne peut pas les comparer. Le jeu est hors de propos.

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