Entre existence et inexistence: L’INTERMITTENCE

« La nouvelle inexistence fomentée par l’hypercapitalisme s’appelle indifféremment précaire et galère. L’idée est de forcer tel ou tel à exister tellement peu qu’il doit enchaîner les petits boulots pour survivre. Il faut qu’il sente, non pas la faim, mais l’inexistence possible. il faut qu’il croise le SDF comme un avenir qui l’attend. Alors, il est mûr pour le boulot suivant, qu’il a la joie d’avoir trouvé.

Car c’est cela le miracle de l’intermittence : elle vous présente votre exploitation comme une joie désirable. Car l’intermittence est souvent volontaire, et toujours ravie de trouver un travail ! Où le salarié était furieux d’être exploité, le précaire, lui, est ravi de l’être. Si l’on ajoute qu’il travaille plus en étant payé moins, on comprend que l’hypercapitalisme les fabrique en série. Partout disparaissent travail et salaire : ils sont remplacés par précaire et galère.

Dépêchez-vous ! Venez prendre une place dans le grand spectacle de l’inexistence. Choisissez votre rôle ! Serez-vous comme ces audacieux qui ont un projet, et qui se présentent au casting de l’inexistence ? S’ils sont pris, chacun pourra voir leur inexistence. Ou bien comme ces autres qui ont une place réservée parmi les spectateurs ? Voulez vous être l’image de l’existence, ou préférez-vous regarder l’existence passer ? C’est un sort enviable : vous imaginez, on vous prend tout, vous êtes heureux. »

Extrait de Jean-Paul Galibert, Suicide et sacrifice, Editions Lignes

19 réflexions sur “Entre existence et inexistence: L’INTERMITTENCE

  1. Incontestable vérité à la quelle il faut ajouter ceux qui comme moi ,ont fini d’exister…..Qui comptent sur leur famille,amis pour survivre…Ceux qui ,s’ils deviennent S.D.F mourrons faute de soins pour la maladie incurable qui les a fait perdre emploi et ….beaucoup d’autres choses …ceux qui ne sont plus « répertoriés »

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  2. C’est hélas la réalité d’aujourd’hui et devant la passivité des jeunes d’aujourd’hui , cela risque de prendre de plus en plus d’ampleur ; ils vont a l’école font de longues études , mais sont incapable de défendre leurs intérêts tant ils son obnubilés par leurs leurs smartphones et leurs jeux électroniques et leur oisiveté que les parents laissent faire . si ils étaient obligés de faire du travail à la maison depuis tout gamin , le monde n’en serait pas la aujourd’hui
    Cordialement

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  3. Analyse pertinente de l’exploitation structurelle du chômage de masse, à laquelle maints ouvrages ont été consacrés et vous accolez l’originale terminologie d’intermittence, d’inspiration debordienne. Gare : l’excès de lucidité peut mener à l’alcool…

    Votre dernier paragraphe résume en quelques lignes votre concept d’inexistence sociale comme quadrature du cercle. Mais si chacun pourra (c’est-à-dire aura, au-delà du premier âge de raison, la faculté de) les voir, chacun verra-t-il vraiment les retenus du casting ? N’est-il pas toute une catégorie de spectateurs, à la place réservée ou non (beau débat en soi, très déterministe), qui se cantonnent, de par la condition qui leur est imposée, à un sous-spectacle, une strate superficielle, primo-graduelle (pour faire dans l’emphase), où même cette dimension-là du spectacle leur échappe ? Dans l’affirmative, comment le philosophe peut-il s’adresser à eux : quels sont ses outils pour ce faire et, si tant est qu’il ait quelque résultat à en espérer, quel est-il ?

    Puisque c’est bien d’espoir qu’il s’agit, n’est-ce pas, aussi religieusement connoté le terme puisse-t-il être ? Sans quoi vous ne tiendriez pas ce blog, où des tiers (a fortiori anonymes) sont susceptibles de « vous prendre » beaucoup. La dimension de partage induite par le numérique ne vous a pas échappée. Pourtant, je n’en trouve aucune trace ici, ni d’ailleurs de ses applications potentielles dans la vie sociale concrète.

    En outre, qu’y avait-il de si enviable, tout compte fait, aux schémas sociaux du passé ? L’inexistence telle que vous la concevez est-elle un phénomène nouveau, induit par l’hypercapitalisme ou un phénomène qui remonte à la nuit des temps ? Quelle existence pour les serfs, au Moyen-Age, dont toute une partie de la récolte était sans plus réquisitionnée ? Qu’ils n’étaient pas heureux, sans doute… Quelle existence pour l’artiste de la Renaissance qui travaillait sur commande, sous la tutelle de riches mécènes ou était pressé par les traites ? Enfin, Assange met en garde, dans son dernier bouquin, contre le risque de contrôle généralisé auquel sont exposés les utilisateurs d’Internet. Mais que penser du temps pas si lointain où il n’était même pas possible de s’adresser aux masses si l’on n’était pas dans les grâces de quelque médiateur, bref du temps où la télé façonnait l’existence entière et rendait exclusivement passif ? Peut-être votre livre, que je n’ai pas lu, est-il plus précis sur le sujet, mais en l’absence de contextualisation temporelle de votre propos, il me semble difficile d’y souscrire sans plus.

    Pour conclure, ce sont les notions de « on », de « tout » et de bonheur, dans votre dernière phrase, qui me laissent perplexe. Qui est-ce ‘on’ ? La question peut paraître idiote, mais à y réfléchir, elle ne l’est pas du tout. Quant à ce ‘tout’, il me semble appeler une interrogation double : d’une part, sur le système productif que nous connaissons, qui est indéniablement sur le déclin (celui, par exemple, selon lequel votre éditeur s’est sans doute allègrement sucré sur votre dernier ouvrage, au même titre que le supermarché se sucre sur le dos de producteurs divers), d’autre part sur la ou les source(s) de l’imagination, ainsi que sur son ou ses moteur(s). Enfin – question apothéotique – qu’est-ce donc que ce bonheur auquel vous faites référence, et l’avez-vous mesuré dans la société actuelle ? Si oui, quelles sont vos conclusions ?

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  4. je côtoie quotidiennement ce peuple de l’ombre inscrit assez justement par Monsieur Galibert dans l’inexistence. Je peux même rajouter que toute à la joie d’avoir décrocher un énième emploi précaire, une personne pourra en arriver à l’attitude la plus curieuse qui soit: faire son travail en adoptant une attitude la plus discrète possible dans l’espoir que son employeur, oubliant son existence,ne pensera pas à mettre fin à son contrat de travail à terme fixé. Se faire petite souris pour continuer à goûter au fromage sans se faire attraper..

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    1. C’est votre expérience personnelle qui vous amène à ce constat; on pourrait l’étendre en disant qu’il y a des planqués partout… Mais cela n’éclaire pas davantage la pénombre du rôle du philosophe (ou du scientifique) par rapport aux publics « infortunés » (analphabètes, familles sans connexion internet, etc.)…

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      1. Détrompez-vous. Cette petite souris discrète que je vous évoque a l’intelligence de laisser parler le philosophe en organisant par elle même sa propre existence. Elle possédera tôt ou tard cette capacité de le rejeter dans l’inexistence de son verbe, de ses mots, de ses pensées en créant par elle même son propre verbe, ses propres mots, ses propres pensées. Elle réinvente à sa manière sa propre philosophie.Elle ne demeurera pas si infortunée que cela en « Créant »

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  5. Propos attribué à Seneque le jeune : si le navigateur, ne sait pas dans quel port il se trouve, ni, vers quel port il se dirige, aucun vent ne lui sera favorable…

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  6. Le questionnement est une réponse, la curiosité le principe , l’écoute le moyen. Ne jamais s’arrêter en chemin, aller de L’Occident vers l’Orient à la recherche de la Lumière… La nature est l’ordre des choses… L’observation une école de la vie….

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  7. Nos parents, hantés par les souvenirs macabres de nos grands-parents qui ont assisté à l’épanouissement du pétrole, ont été témoins des essaies nucléaires et atomiques. Enfants, nous avons été installé confortablement devant des écrans de désinformation raccordés à des boîtes en plastique afin de nous faire gouter au PROGRÈS alimenté par les centrales qui pullulaient sur les terres de nos agriculteurs dévalorisés. Les coopératives, carrefours sociaux, nous ont été enlevés pour que, aujourd’hui, nous n’ayons plus à croiser nos voisins lorsque les achats sont validés par des caisses enregistreuses automatiques. Le pêcheur ne peut plus vendre son poisson sur le quai; le chômeur ne peut plus cuisiner chez lui ce qu’il aurait pu vendre dans la rue. Le peuple dominé, plus du tout souverain, est soutenu par les ficelles médiatiques de gouvernements marionnettistes. Le philosophe qui œuvre pour la LIBERTÉ doit faire face à des troupeaux de moutons qui attendent de gagner à la loterie, qui payent une assurance pour leur véhicule « asphyxieur » d’enfants, qui graissent les banques en prenant des crédits pour rembourser la maison qui se fera saisir lorsque l’usine sera décentralisée et que la femme partira avec les gosses avant qu’ils ne finissent dans le caniveau. Rien de grave! Nos seigneurs assurent leurs arrières en organisant leur petite retraite dans des stations spatiales et les ballades « touristiques » de Sire Branson lui donnent un sourire spécieux qui exprime clairement sa distance avec les néo-misérables, indignés par la perplexité et l’immobilité de ses frères. Pourtant, les scénarios de présentations de divers avenirs n’ont pas manqué. Les prophètes, comme Jean Yann signalant que « L’apocalypse est pour demain »; comme Kanik Raoni qui se déplace pour nous informer de la noyade de notre poumon ou comme Nicolas Hulot, ne sont pas des comédiens!!! Les solutions existent et NOUS les connaissons!!! Après le charbon qui alimente les industries uniquement destructrices d’avenir, le pétrole étouffe nos espoir d’Éden souriant, les centrales nucléaires irradient les testicules et les ovaires de nos enfants pendant que les fourmis dudit PROGRÈS extraient les gazes des festins des seigneurs qui seront fiers de nous lancer: « Je vous pète à la gueule, petites gens! » Bravo! Oh, j’entends déjà les hyènes asservies s’approcher en m’inculpant d’obscurantisme… Or, je suis activement pour le port du préservatif, pour le droit à l’avortement médicalisé, pour la contraception, pour l’amour universel, pour l’utilisation de roues sur des charrettes tirées par des chevaux et même -ATTENTION- pour l’usage de silex histoire de cuire le repas. Ah ah ah… Je garde le sourire, et il ne me coûte rien de le transmettre dans la rue. Merci à ceux qui alimentent ce blog, je ne suis pas un habitué de ces réseaux mais je suis actuellement malade (un peu plus que d’habitude). Utopiste autodidacte, je serai ravi de lire vos commentaires sur le blog http://www.lapportebonheur.wordpress.com , un rêve qui se réalise et qui ne peut respirer que grâce au bouche à bouche et au bouche à oreille des penseurs encore en vie. Et merci encore à Jean-Paul Galibert pour avoir su me montrer ce chemin. A bientôt…

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