Pour une généalogie du multiple (un=multiple, 4)

Tout est en vrac seulement pour qui oublie le fond et les flux. Car le fond est commun, préalable au langage et à toutes ses limites, tandis que les flux, qui font tout vivre, franchissent sans cesse toutes les limites. Les choses ressemblent à des nuages, mais elles vivent des algues, de tous ces liens qui les unissent et les nourrissent.

Remonter du nuage à l’algue, ou à quelque trajectoire qui l’a disposé là, point par point, revient à retracer la généalogie du multiple : on peut toujours remonter à l’un, vers l’origine comme vers la fin. Il y a toujours une dimension où le multiple est un.

Multiplier, c’est diviser. C’est oublier l’un qui pose. Il revient alors au curieux, à l’érudit, voire à l’idiot de remarquer les coïncidences, pour discerner ou supputer, à ses risques et périls, quel un se joue à tel ou tel instant du divers. Risques et périls, car entre l’oubli et la folie, la voie est étroite pour le sens, pour l’unité du sens commun.

20 réflexions sur “Pour une généalogie du multiple (un=multiple, 4)

  1. « quel un se joue à tel ou tel instant du divers » : si l’un est un, il est l’amalgame du divers, dont ce qui « se joue à tel ou tel instant » n’est déjà plus un, mais l’une des manifestations de un, qui n’est pas entité distincte et séparée de un, mais n’est pas non plus sa totalité.

    « [L]’unité du sens commun » est, à bien des degrés, un leurre, indissociable de la fabrique du consentement, qui éloigne bien souvent du sens. D’où il découle que les concepts de sens commun et de fond commun ne sont pas interchangeables.

    “C’est bien la pire folie que de vouloir être sage dans un monde de fous.” (Erasme)

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    1. L’un s’accommode fort bien d’une pluralité d’uns partiel,
      dès lors qu’il s’agit d’un jeu dans lequel leur nombre fluctue,
      comme, par exemple, le nombre des termes dans une figure de rhétorique.

      Je crains que nous ayons bien besoin que le fond et le sens soient communs,
      notamment pour penser la démocratie.

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      1. Primo, que nous en ayons besoin ne signifie pas que tel est le cas.

        Secundo, la démocratie ne s’applique qu’à ce qui est mis en commun, ce qui concerne l’ensemble. Si vous réunissez vingt personnes et que quinze d’entre elles vous interdisent de vous promener nu chez vous, cela aura-t-il été un exercice démocratique ?

        Le sens, en tant qu’un, ne peut qu’échapper en partie à la démocratie.

        A propos de démocratie,, je viens d’ailleurs de noter que votre poétique parabole de l’algue et du nuage est, en réalité, très verticale. Est-ce rédhibitoire ?…

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          1. La démocratie est un cadre qui permet à la vie de s’épanouir, y compris hors de ce qui relève de ce cadre, faute de quoi elle serait totalitaire…

            D’humaine facture, elle est en outre biaisée.

            Et on l’invoque parfois comme on invoque un mirage…

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              1. Curieusement, ce que je vous répondrais ici rejoint mon premier commentaire à propos de l’e-musée : lorsqu’un sentiment se fige, c’est déjà autre chose…

                Qui sommes-nous donc, que donc sommes-nous devenus pour considérer que, parmi tous les hommes, c’est nous qui sommes destinés à signer l’aboutissement, l’indépassabilité de la forme politique ?

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                  1. Pourtant, après votre soutien à la fois politique et sentimental à la marche de janvier, assorti d’une légère réserve pour la forme, plus aucun de vos billets ne s’est attardé sur les mutations imposées à la « démocratie » française… Un (anti-)réflexe de classe, peut-être ?…

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                    1. De menues réticences face à ce que vous qualifiiez de nécessité (si vous relisez bien). Disons que ce fut l’un de vos rares moments politiques, et que ne vous sied la primaire autocritique… Les bémols en route se sont égarés.

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                    2. Pas si rares, je vous assure…
                      C’est toute mon ontologie que est politique.
                      D’ailleurs peut-il en être autrement?
                      Comment un premier partage de l’étant pourrait-il être neutre?

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                    3. Je crois payer assez cher le fait d’avoir,
                      conjointement,
                      une pensée politique et une ontologie.
                      Et je ne suis pas sur
                      que vous puissiez imaginer le feu croisé
                      des agressivités et des répressions que cela suscite

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  2. Proposition de proposition paradoxale, dans la foulée de vos articles antérieurs : l’un est sans limite.

    L’un est le tout, et le tout est infinité de possibles. Parmi ces possibles, être partie. Pourtant, l’un ne peut pas être que partie, sans quoi il serait soumis à la condition de la partie, à savoir la finitude. Serait-ce là la limite de l’un ?

    Ou est-il possible de pousser plus loin la réflexion et de résoudre le paradoxe ?

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    1. je verrais pour ma part une limite dans le « sans limite »:
      pour être sans limite, il faut une limite dont on vous dispense.
      L’un n’est donc peut-être pas sans limite avant le langage
      (il serait ni sans limite, ni limité)

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