Les créateurs sont-ils la fin de l’hypercapitalisme? (OPERATEURS OU CREATEURS?)

Au nord, et dans les pays riches, on voit disparaître en même temps le capitalisme et les classes de producteurs : les ouvriers et les paysans. L’hypercapitalisme a pour projet de les remplacer par une classe nouvelle : les opérateurs, qui sont un peu les agents d’Aristote ou les travailleurs de Marx, le minimum de travail nécessaire à l’existence, mais qui sont en même temps des « connecteurs » indispensables des transports et livraisons, des savoirs, des soins et des spectacles. Indispensables spécimen de toutes les spécialités de tous les  services. On ne dit plus « le servage » : on dit « les services ».

Le problème, c’est que cette classe nouvelle n’est efficace que nantie d’ordinateurs. Or, on ne saurait lui confier des ordinateurs sans lui donner une culture générale et une qualification polyvalente qu’aucune classe dominée n’a atteinte dans l’histoire. L’hypercapitalisme se voit contraint de confier à des surdiplômés l’outil le plus polyvalent de l’histoire humaine, qui contient et permet l’usage de la plupart des logiciels indispensables à la plupart des métiers. Il en résulte une intelligence sans précédent capable de prendre quasiment n’importe quelle forme d’expression, et de les combiner entre elles à sa guise. L’intermittent du spectacle est devenu un permanent de la pensée et de l’existence, un révolutionnaire éternel et multiprofessionnel, en français courant un créateur, un artiste. Le problème de l’hypercapitalisme, c’est que les opérateurs sont des subalternes si bien formés et outillés qu’ils se transforment presque nécessairement en créateurs, en inventeurs, montreurs et promoteurs de libertés nouvelles.

Ce texte est dédié à Rémi Galibert et à Benoit Rivillon, qui m’ont montré ce dont je parle ici.

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11 réflexions sur “Les créateurs sont-ils la fin de l’hypercapitalisme? (OPERATEURS OU CREATEURS?)

  1. Intelligence ou pic de la mirandolisme ? J ene suis pas très convaincue par la culture générale et la polyvalcne, à l’heure où on nous montre davantage des hyper spécialisations. Mais j’aime à croire que vous avez raison et dans ce cas ce serait une vraie bonne nouvelle !

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  2. Première longue réponse parcellaire primordiale, compléments d’axages singuliers, autour d’une question, pourquoi la part humaine émerge si peu de la part animale ? Autrement posée, elle devient, du prélèvement au troque, de l’échange de capitaux au capitalisme, des valeurs matérielles à l’hypercapitalisme, et ensuite … ?

    Les esprits humains sont en luttes depuis leurs apparitions remarquées par leurs suivants, jusqu’à nous. Luttes pour survivre aux climats extrêmes, vivre aux climats acceptables, luttes contre les éléments, pour construire un avenir, tenir un territoire, maintenir un terroir nourricier. Luttes pour nourrir.

    Le troque, l’échange équitable, poly-valant, est une grande sagesse primordiale qui remplace humainement les prélèvements animaux.

    La construction d’outils, de moyens techniques, la maîtrise du feu, la fabrication des matériaux, l’invention des monnaies, sont l’expression des intelligences successives.

    Les découvertes, inopinées ou recherchées, explorées, exploitées, influencées par les intelligences précédentes, tracent les chemins de l’humain, précipitent les connaissances, constituent les savoirs, entraînés par les curiosités.

    Sagesse, intelligence, curiosité, creusent les voies de l’humanité qui prélève ses nourritures dans la nature de l’ensemble. Le troque est équitable est équitable jusqu’à un certain point, pas au-delà de la mise en danger de l’existence des sujets prélevés. Pas jusqu’à leur extinction, qui laissera l’humain pantois, sans ressource, face à sa propre perte.

    Le capitalisme, l’échange de capitaux propres, constitués du travail des individus et des groupes d’individus est une deuxième grande sagesse, amoindrie d’une part animale résiduelle, insensible à l’esclavagisme, à la mise au travail jusqu’à la mort. Les bascules esclaves – maîtres oscillent aux seins des groupes, aux grés des opportunités, destructrice, anéantissante, lorsqu’elle est folie négative, inventive, évolutive, lorsqu’elle est folie positive.

    Folie, sagesse, prélèvement, troque, échange de capitaux matériels, poussent la machine à l’avance. Ceux qui prélèvent, partagent, échangent, troquent ces capitaux de connaissances, constituent les instances de régulation des cités.

    Les connaissances sont immatérielles, de fait, puis connaissances de fabrication, de construction des matériels, en conséquence. Elles font co-naître les fortunes et destinées, financièrement partagées ou bloquées, égoïstement fiduciaires.

    La limite des quantités marquent un arrêt du capitalisme, oblige une transformation, fait éclore, fête l’avènement puis l’apogée de l’hyper capitalisme mal dématérialisé, force un retour au capitalisme mieux dématérialisé, plus intelligemment matérialisé.

    La dématérialisation des valeurs fiduciaires, financières, non liées en des schémas sagement ingéniés, vide la connaissance de sa substance, déprécie les esprits et les corps basculant dans un esclavagisme moderne. Tant que la valeur fiduciaire reste approchable, matériellement touchable, immatériellement rassurante, donnant confiance à l’avenir, stimulante, l’esprit peu y trouver un sens, à condition que la fraternité, l’amour, existent encore.

    Dans le cas contraire restent la folie négative, la souffrance insensée, puis donc la mort, le suicide de la société par ceux des individus la constituant.

    Ai-je copie right or wrong ?

    En attendant réponses, continuons de faire la planche, pour éviter de couler.

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      1. Je suis d’accord pour deux points abordés.

        Être certain que le modèle capitaliste théorique est une création de grande sagesse n’est pas vraiment démontré, puisqu’aucun modèle d’application, local et global, n’est juste avec les acteurs créateurs et opérateurs des valeurs.

        Affirmer que les limites des ressources matérielles marquent une transformation du capitalisme et le déclin de l’hypercapitalisme est faux. C’est une croyance à laquelle je m’accroche pour l’instant, pensant que cela peut être une opportunité pour les classes dominées de redéfinir les relations maîtres – esclaves et revoir les équilibres d’un capitalisme plus humain. Cela m’évite de croire que les évolutions positives futures n’existeront pas et que les tensions humaines se rééquilibreront, se régleront par des suicides et des sacrifices, professionnels, civils et militaires.

        Le reste n’est que survole d’une évolution humaine, que je continue de parfaire en tenant compte d’un fort fait, souvent oublié mais riche de ressources pour expliquer l’actuel et j’espère, rendre le virtuel plus humain. Le lien fort entre l’animalité et l’humanité, dans lequel les sacrifices, rituels nourriciers ont des sens réels, déjà étudiés et expliqués. Le suicide, sacrifice individuel reste un acte auquel il nous faut donner sens, ne serait-ce que pour éviter de le laisser comme fait naturel admis, encouragé par un hypercapitalisme destructeur.

        Voilà, je vous remercie encore de laisser place à nos réflexions dans vos espaces, à la construction de mes pensées dans tes volumes. Je n’ai connaissance d’aucun autre lieu que ce blog pour cela, qui permet à la mémoire de travailler, s’exprimer en soi et s’imprimer sur les écrans matériels des ordinateurs et/ou sur les papiers traditionnels, objets de sacrifices naturels aux ouvrages humains.

        Encore merci, je me remets au travail, hypermotivé.

        A bientôt.

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  3. Perspective intéressante. Du coup il me semble que c’est positif. Une plèbe intelligente, qui peut-être demain refusera l’exploitation. Même si ses outils sont des outils capitalistiques. A moins d’une perspective où l’utilisateur de l’outil est prisonnier des conditions économiques de ses existences (la sienne et celle de l’outil). Le Geek est-il un être intelligent, ou au contraire un créateur de néant ?

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