ELOGE DE LA CAVERNE: accepterons-nous la fiction comme le bord de nos choses ?

Platon a-t-il été juste envers la caverne ? Du refuge immémorial de la prime humanité, il a fait l’allégorie de l’illusion. Du feu récemment conquis, à la fois chaleur et protecteur, il a fait la source lumineuse d’un spectacle fallacieux. Des premières traces de l’art humain, des vestiges de l’art pariétal, des mains si émouvantes tracées en creux, en plein, de ce vertige d’animaux ocres et noirs, il a fait la pire des dépendances, où le monde même est remplacé une projection d’inexistences.

Dans les grottes ornées de notre préhistoire, il se peut bien que des chamanes aient aimé jouer avec la lumière du feu, avec la forme des roches, avec le mouvement des ombres et toutes leurs suggestions. Je veux bien que ceux là aient inventé cette pire sorte de mensonge ontologique que l’on retrouvera dans toutes les religions, comme dans tous les spectacles, jusque dans le théâtre et le cinéma.

Admettons que ces jeux de mots, de formes et de lumière aient inventé la fiction. Reprocherons-nous éternellement au faux d’être comme l’ombre mensongère du réel, ou accepterons-nous la fiction comme le bord de nos choses ? La science oppose le vrai et le faux comme Epicure les atomes et le vide. Mais toute chose irradie. Elle est, comme moi, grosse de toutes les histoires possibles. A quoi pourrait-elle servir, et moi-même, que pourrais-je faire, si nous n’étions toujours environnés de mille récits possibles, quant à son usage et mes actions, reliés de mille et un récits dont aucun n’est réel, mais qui tous sont possibles ? Laissons à la chose ses jeux d’ombres, mes scénarios et ses légendes. Sa mythologie est ma liberté.

37 réflexions sur “ELOGE DE LA CAVERNE: accepterons-nous la fiction comme le bord de nos choses ?

  1. Oui, l’illusion devient mensonge quand elle est enjeu de pouvoir. L’illusion est aimant songe quand elle se mire de l’onde et sait passer outre les frontières qui ne sont elles que des abstractions, ce besoin pour nous humains de définir et croire alors de maîtriser ce qui ne peut l’être…

    Bien à vous et bonne soirée

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  2. Intéressant. Or, l’analogie de la caverne est précisément cela – une analogie. Mais Platon a souvent employé des mythes aussi… il n’était point un étranger à l’utilisation de la fiction pour illustrer, pour guider, pour enseigner. La seule différence c’est qu’il n’a pas créé ses propres mythes, il s’agissait toujours d’employer un mythe déjà existant. L’analogie, par contre, n’est pas autant une critique de ceux qui fourvoient la masse par leur fantasmes (ceci il le fait ailleurs, notamment dans le livre 3 de la République), mais de ceux qui mettent plus d’importance sur les affectations illusoires du physique que sur les affaires idéelles et parfaitement belles de l’âme. Et puis, Platon répondra toujours, si l’on ne comprend pas l’importance des affaires de l’âme c’est parce que l’on n’a jamais vécu en dehors de la caverne, dans la parfaite lumière du Bien; puisque, dans l’analogie, devoir retourner dans la caverne est, quoique nécessaire, haïssable pour celui qui y était arraché.

    D’ailleurs, la science ne met plus le vrai en opposition au faux, depuis le début du XXè siècle il s’agit beaucoup plus du provisoire que du « vrai » dans les énoncés scientifiques.

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  3. Je vous remercie d’avoir pris le temps de lire mon article, et d’avoir partagé avec moi le vôtre. Même si l’utilisation de la référence à la caverne de Platon n’est pas du tout faite dans le même but, c’est intéressant de lire votre analyse. Je n’ai pas lu Platon, je ne peux pas tellement en parler, mais l’analogie de la caverne nous fut contée par un professeur de philo au lycée, il y a quelques années, et je me souviens encore de ce que je ressentais à ce moment-là : je préfère l’ignorance à la souffrance.

    Depuis, j’ai un peu changé d’avis, mais il n’en reste pas moins que la caverne est un refuge, à mes yeux. C’est ce havre de paix et de bonheur simple (et illusoire, certes) qui, entre des parois épaisses et sous un plafond protecteur, nous apporte l’évasion de la pensée. Et le confort physique. Partir à la recherche de la Vérité, de la Connaissance, c’est se brûler les yeux à la lumière du soleil, s’esquinter les pieds sur les rochers, ça peut faire mal. La caverne ne doit pas être un cancer que l’on renie parce qu’il nous ronge, mais un bout du Pays Imaginaire de Peter Pan qui permit à Wendy de devenir adulte.

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    1. Je vous remercie beaucoup pour votre sincérité.
      Je n’ai jamais pu me sentir bien et apaisé en pensant à l’intérieur de la caverne.
      Même aujourd’hui, où je feins de la défendre pour la beauté du paradoxe,
      j’en sens le danger, et je la fuis avec une évidence…
      sans doute irréfléchie.

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  4. Nous avons tous une caverne en nous ou nous y mettons pour les enfouir des bonnes et des mauvaises choses . Dans le monde d’aujourd’hui , tout n’est que mensonge , autant dans la politique que dans nos vies privées et professionnelles . Jalousie , , médisance , tromperie , et énormément de faux culs . On peut jouer avec la lumière et les ombres , cela devient fantomatique comme beaucoup de chose de la vie

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  5. La caverne de Platon…vaste débat,..

    notre monde, celui qui nous entoure, nous oppresse parfois, celui qui fait partie intégrante de nous ne serait qu’une illusion, que l’ombre projettée d’un au-delà ,qui lui, serait réel…. séuisante, affolante idée. Car, si ce monde n’est qu’illusion, nous qui y appartenons ne sommes alors qu’êtres illusoires….nos pensées, nos actes, nos créations…illusions…

    Idée désespérante

    Bien cordialement
    Marie

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    1. Je propose de considérer le monde comme imaginaire
      mais il s’agit de tout ce que nous avons ajouté au réel,
      par nos mots, pour y vivre.
      Le réel, en dehors du monde, existe bel et bien
      mais sans mot, et donc absurde.
      Le sens est imaginaire, et le réel absurde
      qu’en pensez-vous?

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  6. j’ose publier ce commentaire tiré d’un de mes articles , car vous utilisez des mots auxqulse je ne serais capable de répondre autrement.
    Chacun sa propre histoire, mais, parfois on ne sait pas á quel moment on s’intégre dedans.

    Dsons que nos parents nous considérent comme inconstants, irresponsables,…

    Disons que nos amis nous trouvent extraverties, naives,…

    Disons qu’au boulot nous sommes toujours le bout-en-train de service,..

    Alors nous voila coincés dans une version de nous-même,

    avec nos marges étroites…

    Ce qui est terrible, c’est que nous ne le savons même pas,…

    Et comme nous constituons un mystére pour nous-même,

    Nous avons besoin des autres pour le réaliser,.

    Nous nous voyons comme cela égalemment.

    C’est l’histoire dans laquelle nous pensons être,

    une comédie, une farce…..Nous perdons alors d’autres parties de nous-même,

    mais, une fois, de temps en temps, nous avons le droit de nous voir autremment.

    Nous devenons alors une toute autre histoire, plus profonde,

    plus étrange, et plus interessante, avec de nouvelle significations…

    Mary-Lee

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  7. Merci de me faire connaître une écriture plus riche, et toute aussi véritable, je vous admire, mais si vous vouliez bien corriger une petite erreur de frappe dans ma premiére phrase, : Chacun a sa propre histoire, ce ne serait pas un mal🙂 merci d’enrichir notre vocabulaire, et surtout de m’apprendre que les choses profondes….
    Doivent être bien écrites.
    Mary-Lee

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  8. Certaines personnes méchantes que je n’ai rencontrées que sur un lieu de travail à une époque où j’en avais rasle bol de leurs plaintes, me voient comme une personne débile. Ma famille me voit comme une personne très conciliante, gentille. Je suis sociable, je l’ai toujours été. J’ai peu de défaut il paraît. C’est ce qu’on dit de moi. Mais moi, comment je me vois ? Je ne le dirai pas. Ce sont les autres qui me voient.
    Bonne soirée.

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    1. Voulez-vous dire que nous serions nous-mêmes
      comme deux mondes, l’un visible et l’autre seulement intelligible?
      Mais peut-être est-ce mettre un peu trop de théorie sur un texte presque intime?

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  9. Un commentaire sur mon blog, et je découvre le vôtre. Un sourire me vient car j’y trouve une référence à la fiction, mon petit véhicule favori de quête de vérité…

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  10. D’une lettre surnuméraire, elle devient homme, alors que discrète, différente et changeante, sensible à la source lumineuse, elle se reflète , dupe et pourtant attachée à nos basques, géante déformée aux allures étranges , fantôme du jeu, chimère ou similaire. Elle nous suit de son rien impalpable, inodore, inaudible, insipide et pourtant perceptible. Projeter la et vous en deviendrez la victime consentante. Née d’une faible lueur insignifiante, elle en relève la beauté. Elle peut d’une main en voiler les attraits, d’un clocher en voler l’intelligence. D’un petit caillou, elle en fait une montagne .. . A vous lire , je me sens rapetisser mais dans cette ombre de rien du tout , j’aime me délecter.

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  11. La nouvelle caverne nous enserre de ses murs médiatiques et sur ses parois ruiselle notre folie. Non, nous ne foulons plus le sol, nous n’arpentons que le dallage bien ajusté de nos autofictions. En faudra-t-il des alcools, des divertissements pour encore longtemps nous étourdir? Et si nous nous éveillons échapperons-nous à la colère, à la rage?

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  12. je vous répondrai volontier par une encre que j’ai faite [IMG]http://i236.photobucket.com/albums/ff34/alore01/Photo591.jpg[/IMG] , qui n’ai guère qu’une autre question et par un long poème de Guillevic « la paroi » : A la verite il en est question
    il en est toujours question
    il n’est meme question que de cela.

    Mais c’est une question sans reponse
    comme la paroi.

    Il y a la paroi
    et la question
    tout au long de la paroi:

    des paralleles.

    Paroi qui n’est peut etre faite
    que de l’absence
    de reponse aux questions

    alors, entrer
    dans une absence?

    On peut se dire
    que mieux vaut ne pas trop penser
    qu’a la fin la paroi
    t’amenera a quelque chose
    d’inattendu, d’inespere,

    Dans le dedans , bien sur
    inimaginable:

    Car tout est la.

    Il faut peut etre
    essayer autre chose:

    Essayer
    d’etre la question
    qui s’accepte indemne de reponse.

    Essayer
    de donner a la question meme
    l’accueil qui serait fait a la reponse.

    Essayer
    de transferer de ce cote de la paroi,
    dans le cote du questionnement,

    la masse qui est de l’autre cote

    Essayer d’etre tant qu’il faudra
    question qui deambule.

    Je nous connais assez:
    On n’acceptera pas.

    Oui, cogner, se cogner
    imponderable, a toi

    mais quand meme avancer,
    transgresser, franchir,

    Aller plus loin,
    ailleurs toujours.

    Et quand meme,
    c’est toujours ton tour.

    ( guillevic , paroi, poesie gall.)

    lire la suite

    Lien du post: http://aloredelam.hautetfort.com/archive/2007/02/01/paroi-de-guillevic.html

    le lien de l’encre : http://i236.photobucket.com/albums/ff34/alore01/Photo591.jpg

    j’aime bien ce que vous dites sur la caverne lieu ou les peintre peignaient les aurochs ou les symboles de leur existence , la caverne serait le lieu du lien du savoir de notre ignorance, et ceci ne peut se produire que dans l’obscur, fut il symbolique et en plein soleil !

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    1. Supebe texte
      encre superbe
      Je crois que le bord
      ici
      est l’inverse de tous les murs
      le bord
      comme lieu de franchissement
      est déjà alliance
      qui se joue
      se rit
      de l’opacité des parois.
      En un mot: je ne crois pas à l’impossible
      sinon comme tâche
      comme être
      comme défi

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  13. toute chose irradie du bord des choses ,,,,,,,,,,,,,,,,,, superbe !!!!! que savons nous du réel et n’est ce pas suffisant pour en tracer notre bord , tous nos bords , car il nous appartiennent , ils sont ce que nous pouvons dire du réel

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    1. Je ne sais. Peut être pouvons-nous aller plus loin.
      Je suis hanté par un texte de Bergson sur l’intuition,
      capable de nous mettre dans la chose.
      C’est impossible, évidemment, mais cet impossible
      n’est-il pas tout ce qui mériterait d’être tenté?

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  14. J’aime aussi beaucoup ce billet (je remonte petit à petit la chronologie de tes publications). Les commentaires également. Plus prosaïquement – je n’ai pas votre niveau de culture – je dirai que l’illusion est au réel ce que le mensonge est à la véracité. Pour moi l’illusion n’est pas mensonge. Elle est un jeu. Le magicien n’est pas un menteur, mais illusionniste. Il fait spectacle, et joue avec l’apparence comme le poète avec les mots.
    Alors oui, j’accepte l’illusiion comme le bord des choses.

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  15. Bonjour Monsieur Galibert, après ma definition voilà une petite reflexion ( e pardone moi le français boiteux ),.

    – Dans l’illusion nous avons les elements du monde reél e concret cote à cote a le desir, esperance, fantaisie, immagination. L’ une soutien les autres in sécours mutuel, e nous, dans la vie comme dans la creation artistique, jouons continument avec les elements e les desires, in combinations les plus differents. Cette à dire aussi que dans la creation artistique il y a du desire.
    Je vous ppropose de lire mon post  » Di me (il meglio) « .

    Une anticipation: mon prochain post sera  » I miei amici brutti » . A bien tot.

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  16. D’accord avec vous pour réhabiliter l’imaginaire (voire l’illusion) qui serait « le bord des choses » selon votre belle expression. Mais la caverne de Platon n’est-elle pas plutôt une allégorie de la connaissance, l’accès à la lumière du réel et de sa vérité opposé aux ténèbres de l’ignorance de la caverne ?

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    1. Vous avez bien raison sur le texte. D’où ma proposition, sans doute trop provocatrice, de prendre le parti de la caverne, et d’en faire l’éloge. Sans aller pourtant jusqu’à dire explicitement qu’il aurait fallu y rester. Car, dans la caverne, l’imaginaire est frelaté par un mécanisme d’illusion et de manipulation tout à fait délibéré, et donc évidemment indéfendable. Mais il n’y a pas pour autant à sacrifier toute fiction: Platon le premier en joue fort souvent, au point d’être peut-être le plus « imaginatif » des philosophes…

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  17. Bonjour,

    J’ai posté dernièrement un commentaire que je comprendrais très bien si vous décidez de le garder et de ne pas le publier. Je voulais vous le dire car je comprends que ce n’est pas réellement à proprement parler, un commentaire sur votre texte.
    Je voulais vous dire aussi que si je ne vous ai pas remercié pour votre « like » sur mon blog, c’est que je voulais vous rendre la pareille car je me suis aussi senti immédiatement bien sur votre blog. On y respire ! Il y a de l’espace, du rien… Ah quel bonheur !

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