Libre à nous de renverser la nausée

Mais ne faut-il s’attendre qu’à la longue se propage comme une nausée ? N’y aurait-il pas forcément un petit matin étrange ? D’une étrangeté difficile à préciser. Au premier abord tout semblerait normal. Mais trop. La miniature de confiture serait à son poste, près du bol vide encore. Les minuscules plaquettes de beurre, posées comme il se doit sur la serviette en papier blanc de la petite assiette. La nappe à carreaux bleue très propre, et très sèche encore du lavage. Chaque chose à sa place, apparemment disposée à jouer son rôle habituel. Mais cette normalité apparente aurait ce matin là un poids tout particulier. On se prendrait à suspecter des duplicités. On pressentirait des murmures tapis. N’est-ce d’un complot qu’il était question ? Hélas, les silhouettes des voix s’évanouissent déjà, longtemps avant d’avoir retenties. Une étrange intention règne dans l’air et donne à chaque chose une couleur torve, auprès de laquelle les couleurs avenantes semblent des leurres abjects. C’est cela le rien : un réel gros de possibles dont aucun ne se produit.

L’erreur de la nausée est de croire que l’absurde me vise. Pourquoi m’angoisser,  me décourager, me désespérer parce qu’aucun objet, au fond, n’est relatif à moi, et qu’en un mot rien ne trace dans le monde quelque chose comme ma place ?

Libre à nous de renverser la nausée, car l’absurde bien pensé est au fond mon salut. Et cela pour deux raisons : d’une part, si tout est absurde, les objets m’oublient : ils cessent de me viser. Je ne leur dois rien, même pas la peur. D’autre part, si je n’ai pas de place, toutes les places peuvent être également choisies. Si tout est absurde, tout est gratuit, tout est à tous et tous sont égaux. La conscience, qui commence par la nausée, s’achève dans l’utopie : All free.

20 réflexions sur “Libre à nous de renverser la nausée

  1. Moi, la liberté accordée se traduit en exploration du phénomène perceptif, cher à Merleau Ponty. Je ne suis pas exactement pareille dans n’importe quel entourage, pas un objet parmi les objets en quelque sorte.

    J'aime

  2. Freiheit für alle und alles kostenlos, indeed… Comment mieux exprimer la quadrature de la confiture ? L’absurdité guidant le peuple, au milieu des zozios piaillant, vers le rouge du drapeau, ô l’ami Ricoré ! Les cors de chasse ont fait leur œuvre, mais le cerf s’est tapi. Pero por qué ? s’enquiert ma tante. Porque no todos somos iguales, riposte au loin Zorro. Sous le ciel brun marine, Sartre será limpide… Avenante, avenante, est-ce que j’ai une gueule d’avenante, persiste-t-elle. Mais tu vas la fermer, oui ? And all the other voices say… Prospère, youp là boum !

    J'aime

  3. mais cette nausée, elle est intime, non partageable , situé dans le temps et qui sait, variable…?
    pour choisir une place, un point dans l’espace, il faut que ce point soit attirant, attractif.
    attraction, légèreté, gravité, qu’en pensez ? ai je envie de bouger et, qui va être le moteur de la motivation, ou quoi ?
    l’action de l’autre,moteur, tout le monde est différent, l’étincelle de l’un peut allumer la mèche de l’autre, faire exploser la nausée, qu’il se passe un truc, mais quoi ? la légèreté de l’absurde, oui, j’en sourit mais tout seul, ne pas attendre de l’autre de son évaluation, son jugement, ses conseils, suivre,non pas l’exemple mais l’étincelle du feux follets, qui ne devrait pas être là, mais qui est là, par son altérité, son étrangeté et qui peut me faire réagir devant mon petit plateau repas à la gomme, ce matin là, où je suis encore, où je fixe le petit pot de confiture l’air vide, hagard , du néant de la complexité qui se mord le nez; quand cela a t il commencé ? dans l’infini, alors que j’avais le dos tourné?. faire face, oublier sa place et se projeter n’importe où dans un premier mouvement absurde, peut être …
    à deux doigts d’évacuer la nausée, deux doigts à se fourrer au fond de la gorge …quand commence le vide ? quand je ne puis plus me penser ? quand est ce que je me retrouve et que je me change en mouvement, en onde, en chaos de confiture pour me redonner goût … je lâche ce pot pour le faire éclater sur le sol et m’étaler de plus en plus loin et remplir mon vide en éclaboussant toute parcelle de l’univers, et chaque non moi m’imprègne pour devenir l’autre, que mon regard se remplisse de l’absurdité à chercher sa place et que ceux qui s’y accrochent tombent avec leur place dans la flaque de confiture industrielle qui nous étouffe…. jusque en avoir la nausée, je renverse le petit pot de confiture, ça reste coller ou ça se fout le camp ? cette p**tain de nausée renversée … ?🙂

    J'aime

    1. Sous la routine, ou la nausée, il y a toujours l’inverse
      il suffit de retourner le sentiment d’inexistence
      pour qu’il soit un sentiment d’existence
      C’est le sens qui trouve absurde
      C’est le goût qui est dégouté
      l’espoir qui désespère
      l’inexistence qui
      existe

      Aimé par 1 personne

  4. Alors tout est possible par renversement, il suffirait de retourner la crêpe…mais encore faut il y croire, en avoir la volonté, la force. mais oui nous sommes libre de ce renversement.

    J'aime

votre réponse:

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s