L’image chronophage

L’image est le commencement et la fin de l’hypercapitalisme. Ce sont des images qu’il montre sans cesse, dans le but explicite de valoriser des images de marque. L’image est ainsi l’ordinaire du spectacle et l’extraordinaire du capital. Car qu’est-ce qu’une image, au fond ? Ce qui attire l’œil, retient votre regard au point de capter votre temps d’attention. C’est ce qui vous fait imaginer, ce qui capte le temps de votre imagination et enfin ce qui cumule sous forme d’aura magique l’ensemble du temps que tous les autres avec vous ont passé à l’imaginer. L’image de marque, c’est votre propre temps qui vous fascine, des pans entiers de vos vies que vous voyez sans cesse en face de vous, mais que vous ne reconnaissez pas. L’image de marque est le plus divin des pièges à temps. Elle brille à vos yeux de la vie qu’elle vous a prise.

Ce texte est un extrait des Chronophages, à paraître les 15 Janvier

37 réflexions sur “L’image chronophage

  1. En Espagne, le gouvernement est seulement préoccupé par l’image. La corruption et le taux de chômage le plus élevé en Europe, est réduite à une image qu’ils voudraient faire invisible.

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  2. Nous sommes fascinés pour notre propre temps volé. En ce sens, l’hypercapitalisme nous rend beaux à nos yeux, même si nous ne nous reconnaissons pas à travers ses images. C’est beaucoup du problème. Il vaudrait mieux se savoir rendus laids et surtout nuls par lui, pour essayer de sortir d’une telle calamité. Il n’y a rien de fascinant qui puisse nourrir et défiger.

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  3. Merci pour votre article que je trouve très original .
    Je pense que l’on est pollués par des images que je qualifierais d’indésirables mais on a heureusement le choix de ne pas y poser les yeux et de ne pas perdre de temps. Vous avez raison de dénoncer les images de marques attachées à des messages parfois abêtissants comme si nous n’avions comme objectif de vie QUE la consommation ! Or notre temps est précieux et il appartient à chacun de se protéger contre le vol !

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  4. l’image de marque est un concept intéressant, à la fois appropriation individuelle d’une somme d’entités mentales et organisation structurelle qui délivre un message à un large public, l’envisager comme rapport à une somme de moments distincts volés donc, en un sens, non vécus, ou vécus par procuration, parasités, me semble à la fois pertinent et riche de promesses…

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  5. Il faut commencer à nous voir, même s’il n’y a pas grand-chose à voir (nous entendre et toucher aussi). Commencer à sentir la non-image possible de nous (inventer des situations pour cela). En tant que non-image, ou je ne suis rien, ou je suis mieux qu’une image; Il faudrait assourdir tout un espace-temps social (et de multiples) aux images de soi et aux images tout court, sauf à certaines images trouées et trouantes qu’on pourrait appeler de dé-marque. A l’intérieur de l’hyper, il faut non seulement regagner du terrain mais tenter d’en dégager un autre, en nous et entre nous. Le combat frontal, cornes contre cornes, ne suffit plus, parce qu’on n’est plus sûr d’avoir un sol à soi sous les pattes, distinct de l’hypersol ou plutôt absence de sol. Si c’est encore utile, c’est surtout défensif. La seule possibilité d’offensive, c’est de commencer tout de suite à inventer un monde autre, à s’inventer autre à petite et grande échelle, ou plutôt de le tenter le plus lucidement possible (en sachant que, en particulier dans les conditions de l’hyper, il ne saurait y avoir d’altérité intégrale), sans sectarisme, hors dogmatisme, à l’articulation du souci de chacun et de tous, pas seulement avec des discours et des actions, plus d’une fois comme des aveugles-sourds-muets à toutes les formes d’images, qui s’appellent d’autres manières, se tâtonnent et s’attendent.

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  6. «Le souci de sa propre image, voilà l’incorrigible immaturité de l’homme.»
    Si la beauté humaine s’affiche sommairement comme une expression percutante du pouvoir, elle est en fait une force sociale établie par les grandes puissances (économiques, culturelles, idéologiques et politiques) qui a pour fonction de normaliser et de fasciner l’individu.
    Nous pouvons considérer que l’humain se soumet aux notions de beauté pour valoriser et défendre sa position sociale puisqu’il se trouve continuellement confronté à l’autre et à lui-même. Nous pouvons convenir que les standards de beauté sont imbriqués dans les rapports de pouvoir.
    Foucault affirme, dans les deux derniers tomes d’Histoire de la sexualité, que l’homme peut se libérer de la norme en prenant conscience du souci de soi dans la conception socratique du terme, ce qui implique la connaissance de soi mais aussi la conversion de soi-même, l’art d’être heureux avec sa propre personne.
    La prison de l’image : David Boyer

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  7. l’image – l’animation sonore. la marque de l’hypercapitalisme, tout comme la guerre de 14-18 marque l’ hyper industrialisation
    un mélange empoisonné, l’image vous coupe du son, du sens et le son coupe le sens de l’image. déphasé, embrouillé, des ondes qui vous perturbent.
    vidée l’image est un reflet d’imagination, celui qui n’existe pas car la création est médiocre et celui perdu par l’accaparement des sens à trouver le sens et qui finalement digère de l’image qui n’est que du « voir »
    oui, une perte de temps , la plupart du temps.
    que fait internet ? il rajoute une couche à la pauvreté du temps passé devant un amas d’image.
    images qui disparaissent presque si tôt diffusée.
    l’image va de paire avec une vie qui a perdu du sens dans la tache industrielle ou de nos jours dans le temps de loisir qui n’a plus de but, c’est l’occupation par l’image et de l’image du territoire vivant de l’humain qui devient mort par ce flots incessant et polluant de l’image …

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  8. Intéressant, dérangeant… un point de vue pertinent bien de notre temps. L’image comme consommation. Une orgie.
    Les images tiennent une très grande place dans ma vie. Serais-je juste une boulimique ? Je me demande.
    Vous me donnez-là matière à ruminer. Je vous en remercie. Laissez-moi un peu de temps. J’aimerais bien vous offrir un autre point de vue.

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  9. Bonjour Jean Paul et bonjour à tous. Question sans doute naïve mais quelque part, les images de marques, par leur représentation de la réussite sociale (principalement par l’argent et/ou la beauté stéréotypée ) provoquent elle pas de l’ambition sociale? On pourrait se dire: ha oui moi aussi je veux briller (ou peut être pas autant)
    Par contre si on est complètement hermétique à cette « manipulation » qu’est ce qui donnerait envie de réussir socialement?

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  10. Une identité visuelle de la temporalité qui aurait pour vocation de la détourner à des fins chronophages ? J’aime beaucoup l’idée de cette fascination manipulatrice de l’hypercapitalisme qui nous détournerait de notre propre spectacle pour nous vendre le sien. J’ai envie d’en savoir plus.

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  11. Ces images provoquent la même fascination que celle que nous pouvons ressentir en se découvrant déguisé ou « relooké » dans un miroir : il y a dedans une part de nous, mais ce n’est pas nous. Ce n’est pas le reflet de notre âme (comme le décrit si bien Milan Kundera par le personnage de Tereza dans « L’insoutenable légèreté de l’être »), de notre identité profonde, et pourtant il contient quelque chose qui nous ressemble. C’est la fascination devant le superficiel, l’inauthentique, le malsain, la mort que nous portons en nous. Elle nous pousse à nous oublier, nous renier, pour nous fondre dans cette illusion, pour ne plus penser, juste se laisser porter, enchaîné à cet amas d’images, de règles et de dogmes, pour dormir, rêver et se laisser mourir. Mais ce n’est qu’une illusion et la sérénité qu’elle nous promet en est une aussi, car la véritable sérénité ne peut s’obtenir qu’en étant libre et en paix avec soi-même… Ce qui implique un effort de pensée pour se connaître vraiment et pouvoir se réconcilier avec soi!

    Merci de m’avoir invitée à venir lire ce post, d’autant que son sujet rejoint un poème illustré que j’ai écrit il y a peu sur la fascination que j’éprouve à chaque fois que je regarde une méduse danser gracieusement dans la mer. Cette hypnose me rappelle celle que l’on éprouve trop souvent face aux images dont nous abreuvent les politiques, les médias, et chacun d’entre nous qui nous cachons derrière une image qui n’est pas le véritable reflet de notre identité… Du coup, je l’ai publié sur mon blog et vous invite à mon tour à venir le découvrir : http://icisophia.wordpress.com/2014/01/15/image-hypnotique/

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  12. Les extraits que vous proposez ne me satisfont pas. Sortis de leur contexte, comme un arrêt sur image, ils ne livrent rien. Je les lis et relis sans progrès.
    Les notions se télescopent et en guise de pensée je sens la tentation du vertige gagner. Sophisme ou dialectique, je ne saurais dire. Je ne suis pas philosophe.
    Pour me convaincre de la suivre, une idée doit savoir me prendre par la main. Pour comprendre j’ai besoin de savoir où je mets les pieds, assurer chacun de mes pas.
    Vos mots claquent et s’entrechoquent. Le grand capital s’est insinué jusque dans nos rêves. Les images nous asservissent. Nos plaisirs sont chimères, à moins que ce ne soit le contraire. Des propositions fusent mais je ne sais toujours rien du complot qui nous menace, de ces chronophages que vous évoquez. Qu’entendez-vous par « image de marque », par « capital » ?
    Vous m’offrez des réponses sans explication alors que j’aurais aimé entendre vos définitions et vos questions.
    Existe-t-il une activité, un plaisir, un besoin, une préoccupation qui ne soit chronophage ?

    Pourtant j’aime cette idée d’image chronophage. C’est joli,c’est beau et piquant tout à la fois.
    Décidément, je ne suis pas faite pour les spéculations philosophiques.

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  13. Et quand arrive un temps où l’on ne se préoccupe plus de son « image » (de marque ou pas), quel gain de temps ! Je n’ai pas dit que l’image n’importait plus mais que nous passions outre, comme si une forme d’acquis la mettait en retrait pour permettre de faire autre chose justement…
    J’ai vu livre ? Je vais aller voir sous l’onglet !

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  14. Bonjour, je me permets de jeter ici un peu en vrac et sans doute bien maladroitement une observation tirée de l’expérience (pas la mienne, mais celle de ces fameux « chercheurs américains » dont on nous rebat les oreilles depuis des décennies ; vous savez, ceux qui sont payés pour échafauder des dispositifs improbables destinés à répondre à des questions insensées et qui pourtant font sens au final) : selon eux, la beauté pourrait être définie comme étant la marque de ce qui s’appréhende en faisant le moins d’effort (visuel). Ainsi, le beau est ce qui entraîne la dépense énergétique la moins importante chez l’observateur. Ou encore : le plus beau est ce qui génère le moins d’entropie. Le laid fatigue, le beau est économe. Le laid épuise, le beau prolonge (la vie). Or le beau est aussi obtenu par la moyenne (en l’occurrence, c’est le portrait obtenu en calculant la moyenne des visages de centaines d’étudiantes américaines qui remporta le plus de suffrage dans l’expérience à l’origine de cette « découverte »). Ainsi, une belle image de marque (capitaliste) est à la fois une image moyenne (consommateur moyen) et une image oisive (« nettoyez tout sans effort ! »). Mais si l’on pousse le raisonnement au bout, le beau absolu, c’est la mort. Et l’accumulation infinie du capital aussi.

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  15. Les rideaux sont tirés. Tout dort. Penchées sur un album photo, nous nous souvenons à voix basse. Chez nous, les images rassemblent. C’est en regardant les recueils de maman que l’on se parle le mieux. Chacun y va de sa version, restitue l’histoire à sa façon.
    Aussi loin que je remonte, mes souvenirs sont associés aux photos que maman prenait, images et mémoire à tout jamais entrelacées. Des petits bouts de rien sur une pellicule qui ravivent les présents passés, parlent de la pluie qui tombe, du temps des disparus. J’en connais chaque détail et de tête j’imagine ce que la pellicule n’a pas saisi, d’autres vérités restées hors cadre.
    J’aurais aimé devenir grand reporter, mes choix m’ont portés ailleurs, je ne suis que la journaliste de mon quotidien. Partout je porte mon regard photographe, cadre la perspective en longeant le couloir, suis le tracé d’une lézarde au plafond, tourne la tête pour comprendre cette tache rouge dans le coin.
    Tout m’est paysage, peinture ou dessin. Tout est image, sujet ou dessein. Chaque accident du décor où j’évolue se transforme en pan d’histoire, devient cliché d’archive. Un point de rouille sur une ferrure et je vois mes souvenirs de demain, accrochant à ma prise ce qui ne peut entrer dans le viseur.
    Je documente chaque émoi, avale pour témoignage tout ce je vois et lorsque j’ai faim de plus, de neuf, d’inattendu ou de beau, je pars, mon troisième œil en bandoulière engranger d’autres impressions, d’autres sédiments. J’ai en tête tout un musée de clichés volés destinés à représenter de menus instants de bonheur ou de douleur. Chaque image porte étiquette. Chaque moment digne d’intérêt s’attache à un cliché.
    Inlassablement, je glane mille petits riens, j’en fais des fresques gigantesques qui me vengent du destin, que je range en attendant. Jamais je ne manquerai. Ce que je mets en boîte est gravé quelque part. Mes chères images me transforment, me transportent vers un autre moi, enfin apaisé, consolé.
    L’œil collé à l’objectif, je me demande ce que je fais ici bas, je prépare mon départ. Je veux croire que les images me préserveront quelque temps du néant. Comme maman, je collectionne des images pour demain, pour les miens, pour qu’on se souvienne. Des images en héritage, c’est dérisoire mais est-ce si grave docteur ?

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