Qui pourrait dire ce sol, que l’on foule?

Le sol est ce qu’on foule. Et dont toute foule se moque éperdument. Il faudrait être Husserl pour remarquer ce réel qu’on piétine. Il nous a fait savoir que partout où il pose le pied, l’homme se fait une terre bien à lui. Avec cette conséquence que la terre ne se meut pas, puisque la vraie terre de référence, le sol, est toujours sous nos pieds, serait-on sur la lune.

Ce qu’on foule est travail. Il faudrait être Marx pour mesurer tout le mépris de nos piétinements. Car l’on marche toujours, et sans égard, sur le travail des autres. J’oublie toujours le lent charroi des pierres, la pose patiente des briques, la coulée précise du béton qui me permet d’avoir un sol vertigineux. Car je suis le plus souvent à plusieurs mètres au dessus de la terre, les pieds posés avec une confiance aveugle sur un sol entièrement dû au travail humain. Nos sols sans qu’on y songe s’étagent de toutes les bâtisses humaines ; ils capitalisent un part énorme du temps que les hommes jusqu’ici ont mis à travailler. Nous foulons notre histoire, quasiment notre peuple.

Ce qu’on foule est réel. Il faudrait être Sherlock Holmes pour connaître toutes les boues de Londres et l’odeur de chaque pollen, et la texture des brins de chaque tabac. Il faudrait être une filature de Paul Auster pour pister quiconque s’aviserait de vouer aux détails du sol l’attention qu’ils méritent. Celui là serait l’historien de nos villes.

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