La mort est-elle une pluie?

Pourquoi la pluie nous lasse-t-elle, où le lac nous apaise et la mer nous porte à l’infini ? La pluie brouille la vue, trouble et gomme le ciel. Elle insinue la crainte qu’il n’y ait rien à voir. Que tout revienne au même. Où l’averse, brutale, est bientôt disparue, la pluie dure. Sans raison, aucune, de cesser. Mon problème avec la pluie, est la durée aiguë : l’incertitude de lui survivre, la crainte que ma disparition change rien au rien, que même mon néant, pour finir, se noie dans le rien.

Deux gouttes de mer se distinguent par le mouvement : en jaillissant, en bondissant selon un éclat perpétuel des trajectoires, ou du moins en suivant la houle et les courants. Deux gouttes de lac s’avèreront aussi distinctes que des mondes, pour peu qu’on songe à leur myriade d’animalcules. Deux gouttes de pluie se contentent de tomber, côte à côte, avec la même rectiligne et verticale fatalité. Contraire obstiné du salut, la pluie voile tout dehors en sa pesanteur pure. A peine retient-elle, dans son refus perpétuel d’être un reflet, un peu de la gravité du rien.

54 réflexions sur “La mort est-elle une pluie?

      1. « Un petit nuage rose voguait à l’aventure dans le ciel. il y avait dedans mille et une gouttes d’eau, douillettements assises…..Perlette vint au bord du nuage et regarda…. bonsoir ! cria la goutte d’eau ! à un de ces jours ! Et elle piqua une tête….. elle roula sue une feuille : de celle du coucou à celle de menthe, puis à celle de myosotis….elle l’envoya choir dans leruisseau…et en effet, après le tournant, le moulin fut là… elle se retrouva toute échevellée d’écume…perlette continua sagement son chemin….au matin, il n’y avait plus de rives et les autres gouttes d’eau autour d’elle étaient salées : elle était arrivée dans la mer…..Le père soleil souffla sur elle de toute sa force. Cela lui fit chaud et elle se sentit toute allégée….et elle se mit à monter vers le ciel, claire comme une bulle de savon…elle retrouva son petit nuage rose… » (Perlette Goutte d’eau – album du père Castor)

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  1. étrangement, c’est la première fois que je lis un texte sur la pluie. Il faut reconnaitre qu’on en fait bcp plus pour les lacs et surtout la mer.

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  2. Un peu de pluie signe de vie (la renaissance de la nature, les grenouilles, tout ça…).
    Trop de pluie c’est parfois la mort (les inondations, les maisons emportées, les noyades…).
    Le problème c’est toujours l’excès, finalement.

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      1. Voir la pluie ça me donne le sentiment d’être bien à l’abri chez moi et ça me rend heureuse, parfois ça me donne envie d’aller danser dessous pour profiter de la ville désertée et de la solitude, parfois envie d’écrire de la poésie…ça dépend des jours…mais jamais de tristesse ni de mélancolie. Pour moi la pluie est synonyme de vie avant tout. Les tempêtes en mer me rappellent beaucoup plus mon statut de mortel.

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  3. En fait, il pleut encore et je poursuis mes réflexions. Je m’aperçois que j’ai encore répondu à côté et j’espère que vous m’excuserez, j’essaie ici de découvrir la philosophie, d’échanger des points de vue et d’améliorer mes propres cheminements de pensée. Je ne maîtrise pas le sens philosophique des mots aussi je me contente de mon propre vocabulaire.

    En réalité, selon moi, « voir la pluie » au sens strict donne l’impression de regarder la vie s’écouler. On peut alors avoir le sentiment d’être un simple spectateur de sa propre vie, ressentant ainsi plus fortement notre mortalité.

    Entre également en jeu la façon de regarder la pluie. Vous regardez les gouttes tomber « côte à côte, avec la même rectiligne et verticale fatalité ». Moi je les vois au moment où elles touchent le sol, les végétaux, les fenêtres, s’éparpillant en 1000 éclats de vie qui se diffuseront ensuite à l’infini.

    Quoiqu’il en soit, dans notre inconscient, la pluie en elle-même évoque toujours la vie (dans la mesure où nous parlons ici de la pluie « ordinaire », pas des pluies torrentielles).
    Pour la ressentir comme telle il ne faut donc pas utiliser la vue mais les autres sens : écouter le clapotis apaisant des gouttes, humer l’air humide et frais, sentir la pluie sur notre peau…
    Et peut-être voir dans la pluie une source d’inspiration renouvelée…

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    1. J’aime beaucoup vos gouttes qui éclatent
      et vous avez raison:
      il y a énormément d’autres perspectives
      que celle que je proposais sur la pluie
      autant d’angles de perception, de définition, de sens
      la question devient
      faut-il choisir
      ou les admettre tous?
      pourrait-on chercher un discours qui les rassemble, ou serait présupposé par tous?

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  4. La pluie n’obscurcit pas forcément le ciel, tout dépend de sa force.
    La pluie n’est pas « malfaisante », tout dépend de sa force.
    Je rejoins volontier Silouhette dans sa perception de la pluie. C’est beau la pluie, ça a du mouvement, ça a une odeur si particulière, ce n’est pas stagnant comme une mer mais ça remplit des trous et froment des flaques où il fait sauter pour s’éclabousser de milles gouttes. C’est bon les soirs d’été si chauds de se laisser tremper par toutes ses myriades de gouttes, de courir se mettre à l’abri, de se sécher avec une serviette douce. La pluie est comme une douche, qui lave aussi.
    Effectivement, la pluie voile notre vision du lointain, mais il faut la regarder elle. L’écouter.

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    1. Tout le monde aime les ondées, et les averses d’été.
      j’ai juste dit qu’il y avait dans la pluie, la vraie, qui dure un jour
      un manque, fort angoissant, de raison de cesser,
      une indifférence absolue, qui évoque la mort
      Je ne visais nullement à tout dire
      juste à ouvrir une sorte de pont
      vers les choses du dehors
      et vers le temps qu’il fait

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  5. La pluie « lave » l’air par effet de ionisation dû à l’éclatement des gouttes. L’ion est un atome neutre qui a perdu ou gagné un électron. L’ion négatif a un ou plusieurs électrons en plus (puisque l’électron a une polarité négative) et c’est lui qui est bon pour la santé car il permet de mieux fixer l’oxygène dans le sang.

    Ainsi un orage purifie l’air, le « nettoie » par production massive d’ions négatifs. D’un point de vue subjectif, un certain bien être ou sensation d’apaisement, de… « propre » se ressent parfois après une ondée ou même une pluie plus longue.

    Cet effet d’ionisation de l’air se retrouve près du bouillonnement des cascades ou des gros cours d’eau qui s’explosent joyeusement sur des rochers. La multitude de gouttes éclatées par les chocs produisent des ions négatifs. Pour info, les lampes en cristal de sel de l’Himalaya produisent aussi des ions négatifs par l’action de la lumière qui traverse la gangue de sel.

    Voili voilou, les loulous :)).

    Franck.

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  6. Mais « l’âme hors » est peut-être une pluie de lumières, celles que renferment nos âmes et qui sont libérées après l’extinction physique. Ondulations roses et bleutées d’émotions qui nous structurent, lâchées en pluies qui flottent et se libèrent après la Chute.

    Franck.

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  7. Il est vrai que fatalement, le temps nous survivra toujours. C’est pour cela qu’il faut à mon avis regarder au-delà du rideau de pluie ce qu’elle apporte avec elle et ainsi garder le sentiment aussi éphémère soit-il, d’exister. Car il vaut mieux vivre pleinement chaque goutte de vie plutôt que de regarder le temps les emporter inexorablement…

    Le temps se contente de passer sans nous regarder, lui.

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  8. très beau texte d’où la poésie n’est pas absente.
    Curieusement en le lisant j’ai pensé de suite à l’histoire de Perlette et voilà qu’en suivant le fil des commentaires je tombe sur Marlaguette.
    Cette histoire, à l’origine, du Père Castor, est une des plus belles que l’on puisse raconter aux petits. La pluie, la petite goutte d’eau qui avant de retomber à bravé tous les dangers, survécu à tous les périls …
    Vagues impétueuses porteuses de vie mais aussi de mort parfois, embruns plein de force, sel de la vie, rosée, pleine de douceur, caresse du matin, nuages du ciel, eau des sources fraîches, tout n’est que goutte de pluie, infime, insignifiante poussière de nuage … bien sûr que la pluie c’est la vie. Derrière elle, la poussière, la terre, l’herbe des près, le pelage des bêtes, l’épiderme des humains, les feuilles des arbres, les pétales de fleurs n’ont plus la même couleur, la même odeur, la même saveur. Tous respirent la vie.
    Merci de ton passage sur mon theil. Lui aussi aime la pluie autant que le soleil, il aime les brumes matinales, voiles de soie, écharpe de Mélusine.
    Belle journée à toi Jean-Paul, avec ou sans pluie.

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  9. Trajets… « assujettis » au libre arbitre, aux choix de route émanant d’une entité autonome. Entité dont l’autonomie s’affirme via le cheminement🙂.

    Franck.

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  10. Sans doute… Ce qui est sûr c’est que nous sommes des itinérants, plongés au coeur d’un monde qui ne nous appartient pas, que l’on peut difficilement changer mais où l’on peut se changer (ou plutôt se travailler) soi-même.

    Si on commençait le parcours à 100 et qu’on faisait une « plus-value » de 120 au bout du rouleau, ce serait déjà pas mal. Çà aussi, c’est une trajectoire.

    Franck.

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  11. Regarder au-delà du temps c’est à mon avis regarder vers l’infini. C’est impossible…avec les yeux en tout cas. Mais ce n’est pas exactement ce que je voulais dire.

    Regarder au-delà de la pluie signifie pour moi regarder non seulement la pluie (ou ses gouttes) mais la percevoir dans sa globalité : je ne me contente pas de regarder pas la pluie tomber, j’imagine les conséquences et les implications de cette pluie.

    Le temps (dans une acceptation accessible) se compose du passé du présent et de l’avenir. Regarder les gouttes de pluie tomber sans les concevoir dans leur globalité revient à observer un présent brut, sans perspectives d’avenir. D’où un sentiment de mortalité et la nécessité, à mon avis, de regarder plus loin.

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  12. J’ai un jour essayé d’imaginer ce qu’était l’univers : au-delà de la Terre, au-delà de notre système solaire, au-delà… J’en suis arrivée à la conclusion que je n’y parvenais pas et que si je continuais à essayer je finirais par devenir folle tant cette immensité me dépasse. Cela m’a plutôt effrayé tant j’ai eu le sentiment de n’être rien comparé à tout cela.

    L’infini est inconcevable par les sens et difficilement concevable par l’esprit. Cela ne veut pas dire qu’il ne faut pas se tourner vers lui, vous avez tout à fait raison : c’est en regardant vers l’impossible qu’on avance, qu’on évolue. Si l’homme n’avait pas un jour rêvé d’aller sur la lune il n’y serait jamais allé. Mais je préfère la douceur du rêve et de l’imaginaire, la tendresse de l’utopie, à la brutalité de l’infini qui est écrasant tant il paraît inaccessible (d’autant plus inaccessible que nous ne savons pas si la vie a une fin ou pas…).

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    1. Mais justement
      notre rien peut s’allier à tous les autres
      de l’infini à l’utopie
      Que tout soit rien est une excellente nouvelle
      qui termine notre solitude, et nous ouvre à tout…
      la vie, alors est infinie,
      sans que son terme
      y puisse rien changer

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  13. C’est une belle philosophie…mais elle n’est possible que si l’on admet que l’on est rien ce qui n’est pas évident quand on veut tellement être pour se sentir vivant. Admettre que l’on est rien implique une forme de déshumanisation, de désincarnation extrêmement difficile. C’est à la fois beau, rassurant…et effrayant en même temps.

    Une chose me semble sûre : c’est un moyen valable d’échapper à la solitude qu’on éprouve face à notre mortalité, cela mérite donc qu’on y réfléchisse.

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  14. Nous sommes « rien » physiquement, face à un arbre ou un rocher, mais sommes un univers en soi, vaste et infini, par l’esprit. C’est le « roseau pensant » de Pascal, le « Mon royaume n’est pas de ce monde » de Jésus. Quoi qu’il en soit, le « rien » n’est qu’apparent, la « vastitude » est intérieure.

    Franck.

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    1. Tout à fait d’accord. J’appelle « rien », pour ma part, tout ce qui existe et en même temps n’existe pas. Cette dualité nous définit plus intimement que tout le reste, et me permet de reprendre l’ambiance de vos références, qui me sont chères.

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  15. oui, la mort est une pluie.
    j’aime la pluie.
    elle arrive n’importe quand, un peu partout, plus ou moins brutalement.
    elle rince tout, la mort aussi en quelques sortes rince tout.

    la pluie est vitale, si la mort est une pluie peut on dire que
    la mort est vitale?
    thiladi bonjour

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  16. Je n’aime pas la pluie,celle dont vous parlez . Elle éteint la lumière,elle me fait penser à un être primaire , morose et radoteur. J’espère bien que la mort n’est pas une pluie !

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  17. La pluie fait des claquettes Sur le trottoir à minuit
    Parfois je m’y arrête Je l’admire, j’applaudis
    Je suis son chapeau claque Son queue-de-pie vertical
    Son sourire de nacre Sa pointure de cristal
    Bip, bip, bip, … , la pluie …… Claude Nougaro, Album Toulouse , 1967
    De la philosophie, je n’ y entends rien ou juste une goutte. Y ai gouté en terminale comme certains.  » Perlette » et son voyage du nuage à la mer et retour vers sa mère nourricière « nuage » par évaporation a cotoyé le gouter( pain et chocolat) de ma fille. Effet des ions négatifs regénérant en énergie positive que cette pluie que nous happons en lui tirant la langue ( mais n’est-ce pas plutôt ou plus tard à Dame la faucheuse ? Avant de faucher , il faut😉 que la terre soit abondament arrosée d’une pluie salutaire. Et sans la pluie… pas d’arc en ciel ! Et comme le chantait franck fernandel en 1964 , générique du feuilleton  » La caravane pacouli  » OK je sais ce n’est pas un auteur de philo ou un écrivain primé mais ..  » Après la pluie , le soleil se lèvera, passe la vie sur nos peines et nos joies … » lalala . Drôle de cocktail que la mémoire automatique, une goutte de mélodie, un doigt de souvenirs audio..Ce même F.F en 67 chantait « la pluie peut tomber » et justement en faisant des claquetttes… Ne restons pas franco français , oui vous l’aviez sur le bout de la langue avec la goutte de pluie , chanter sous la pluie en faisant des claquettes et friser l’immortalité.Devenir un immortel, rentrer à l’Académie Française ( tres loin du simple mortel).
    Quel cheminement,trajectoire! une victoire sur la mort ? Les gouttes de pluie ,rencontrant un front froid se métamorphosent en flocons de neige de structures si différentes les unes des autres.N’étant rien en ce monde et pour illustrer le néant de mon inculture ( un désert qui n’attend que la pluie rédemptrice peut-être?) une note d’humour enfantin( ne doit-on pas conserver cet esprit contre le temps, l’érosion, la suprématie intellectuelle)l’arme à l’oeil, goutte de fraicheur candide  » maman nuage se retourne et dit à son dernier rejeton bébé nuage  » ne traine pas ! », et lui « maman, maman, je dois faire pluie-pluie ». plf rougit et mortifiée par la longueur du commentaire( pas du gout de jpg) et n’ouvre pas de parapluie aux commentaires, au contraire. Minuit est passé de quelques gouttes de temps! Mais où est la théosophie , heu philosophie , j’en perds le fil , dans tout ça ?? )

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