Eloge du noir

C’est le noir, toujours le noir, qui fait tout apparaître. Sans lui jamais rien ne se produirait sur la page impavide du rien.

Il suit que toute image est un jeu d’ombres, un jeu avec la mort, où tout est revenant, tandis que rien n’est rien. C’est le noir qui fait tout.

Et surtout ne dites pas que l’ombre est l’absence de la lumière. Ne voyez vous pas dans la fadeur du blanc toutes les choses disparaître ? Et dans la dure noirceur s’avancer le relief, le village, le visage, la silhouette ?

Chacun le sent : rien n’est grave que le noir. Le sérieux est tout en noir.

Ne nous extasions plus sur la beauté du mot « photographie », qui veut dire « écriture de la lumière ». Car c’est une erreur, ou un mensonge : c’est avec l’ombre que l’on écrit lorsqu’on photogaphie.

J’ai ici même chanté le blanc, comme un pur rien, comme une base absolue, indispensable et tolérante, où tout peut-être. Le blanc comme un écran. Autre erreur… lisez donc le blanc de ce texte !

Beaucoup de blanc, rien n’est là.

Un peu de noir, tout est là.

Toutes les pages sont blanches, tous les dessins sont noirs

15 réflexions sur “Eloge du noir

  1. Dark Vador, Martin Luther King et ma petite fille doivent être content chacun accedant a la vie (ou la mort) dans le noir de leur voie, et de leur peau.
    C’est ainsi que pour le deuil de mon fils qui était si jeune j’étais de blanc vêtu. Merci de ce rappel.

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  2. Le noir, comme ce vide sans lequel la forme ne serait pas. Le vide, matrice de la sculpture, qui lui donne forme, jusqu’à parfois l’animer. Le vide qui magnifie, le noir qui dit et illustre.
    Tiens, et si je me dégustais un petit noir ?

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  3. « C’est avec l’ombre que l’on écrit lorsqu’on photographie »… c’est avec elle que nous vivons et grâce à elle nous avançons. Le noir est couleur de la réceptivité par excellence. Vous taquinerais-je ? Si « l’ombre est l’absence de la lumière » mais votre exposé est magnifique….

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  4. Tout ce que l’on voit est jeu d’ombre et de lumière. L’ombre ne pourrait exister si la lumière ne venait éclairer un objet, et l’objet ne serait pas visible si aucune ombre ne s’en détachait. Mais l’un n’est pas le vide et l’autre n’est pas le plein, tous deux sont aussi denses ; et les jeux de reliefs et d’illusion d’optique nous éclairent sur la nature de l’ombre et de la lumière : ils sont partenaires pour nous permettre de voir… ce que nous voulons bien voir.

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