Imprésence 1 : Sommes-nous encore capables de présence ?

La présence était un rapport direct et total du moi à un lieu. Il était possible d’y trouver une place, et de l’occuper tout entier. Chaque présence permettait les avantages et assumait les inconvénients d’un lieu.

A l’inverse, l’objet hypermoderne est un système de polyprésence, c’est-à-dire de présence simultanée du moi  en plusieurs lieux.

La polyprésence se propose de procurer un maximum d’avantages des différents lieux, en minimisant les inconvénients de chacun.

Toute présence permettait le secret, alors qu’aucune téléprésence ne le permet, puisque celle-ci suppose la présence implicite mais constante d’un système, et donc d’un opérateur.

Toute multiplication des lieux est une division des moi.

Le moi peut alors moduler sa présence, répartir ses degrés de présence entre les différents lieux, pour maximiser les avantages et minimiser les inconvénients : c’est la modulation de présence.

Mais toute modulation de présence est une modulation d’imprésence, puisque le moi ainsi modulé n’est jamais entièrement présent en un lieu.

Ainsi toute présence, dès lors qu’elle est connectée, devient une imprésence.

11 réflexions sur “Imprésence 1 : Sommes-nous encore capables de présence ?

  1. Et s’il n’existait pas d’objet hypermoderne mais bien des objets modernes dans « l’hyper »? L’hyper de la présence, ce sont nos cadres et nos fenêtres conjointement nommés déconstruction. Depuis l’invention du cadre et de la fenêtre (et donc des tableaux), la vision moderne est née, et nous ne faisons peut-être que la répéter d’un endroit à l’autre, non pas en démultipliant le lieu où je suis moi, ni les « moi » possibles, mais en poursuivant ce rêve de la fenêtre ouverte sur le monde, qui a inventé le point du vue unique (et la vision monoculaire). La « téléprésence » fonctionne-t-elle comme la fenêtre albertienne? Ouvrir une nouvelle fenêtre à inventer le réel, ce n’est peut-être qu’inscrire notre geste (informatique) dans la modernité (archaïque) de notre vision.

    J'aime

  2. Je réponds: oui. La présence est le rencontre, le contact , la voix, le corps, le tact., la vision, la odeur… L’ « Impresénce » est l’illusion d’un instant d’immortalité souvent inutile ou un optionnel flatteur.

    J'aime

  3. Excellente ouverture de jeu de Jean-Paul et remarque pertinente de Céline, j’adhère. La notion d’hyper existe avec l’apparition de l’humain moderne, qui a su la penser, la nommer. L’hyper participe à fonder, en soi, l’identité humaine, où toutes les dimensions sont représentées simultanément, hypo, hyper, long, court, large, étroit, haut, bas, proche, loin, … L’hyper ne fonctionne qu’avec son hypo et il nous faut nous placer au milieu, au méso, en de-ça et au dessus, pour les appréhender, ce qui nous épargne une vision binaire des choses, de la vie, charnelle, intellectuelle, technologique. Dans cette philosophie des axes il y a une multitude de fenêtres, de passages, de voies possible pour l’avenir. Merci pour ces quelques gouttes de jus de cerveaux, grâce à elles je peux relancer ma poursuite de l’ensuite. A bientôt.

    J'aime

  4. Certes que l’esprit soit présent à plusieurs « endroits » diminue l’intensité de la présence et en change la nature mais cette techno-ubiquité ne compense-t-elle pas néanmoins en multiplicité et quantité ce qu’elle perd en densité et qualité ? Qui voudra renoncer à ce sentiment d’omniprésence quasi-divin ?

    J'aime

  5. Ainsi, selon Vladimir Jankélévitch , « L’avoir été » est une forme spectrale de l’être que nous avons été, le devenir fantomatique de notre passé. En faire un être, lui donner une réalité, céder à son attrait, c’est confondre l’espace et le temps. Apaisante et voluptueuse, la musique témoigne elle aussi de ce « presque-rien » – présence éloquente, innocence purificante – qui est pourtant quelque chose d’essentiel. Expression de la « plénitude exaltante de l’être » en même temps qu’évocation de l’« irrévocable », la musique constitue l’image exemplaire de la temporalité, c’est-à-dire de l’humaine condition. Car la vie, « parenthèse de rêverie dans la rhapsodie universelle », n’est peut-être qu’une « mélodie éphémère » découpée dans l’infini de la mort. Ce qui ne renvoie pourtant pas à son insignifiance ou à sa vanité : car le fait d’avoir vécu cette vie éphémère reste un fait éternel que ni la mort ni le désespoir ne peuvent annihiler.

    J'aime

votre réponse:

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s