Suis-je un film ? (lettre à ma fille,1)

Imaginons un instant que la sublime réussite de recherches et de découvertes, la subtile alliance de logiciels et d’électrodes nous permette de voir (sur un écran) ce que quelqu’un pense.

Que verrions-nous ?

La pensée est-elle simplement verbale ? et cela signifie-t-il avisuelle ? voire invisible ? Faut-il penser, mais peut-on penser, que si nous voyions ce que pense tel ou tel, nous ne verrions rien ? Devons-nous imaginer seulement l’écran blanc, ou noir, de nos pensées ?

Ou bien verrions-nous les pensées qui lui passent par la tête comme autant d’images ? Verrions-nous défiler, pour nos yeux amusés, le film de nos pensées ? Toute pensée est-elle soumise, surtout si elle veut devenir claire, à la nécessité de présenter une image, afin de voir, ou de montrer, ce qu’elle pense, ou ce quelle dit ?

Peut-être une pensée est-elle juste comme une carte d’identité, où tout ce qui est écrit est vrai, mais où la photo seule permet de savoir de qui on parle, et de vérifier l’accord précis de nos mots à l’exacte réalité qui nous fait face. Freud prétendait avoir trouvé une loi du rêve qu’il nommait la « figuration » : rien ne figure dans un rêve sans se traduire en image, ou se réduire à une image. Peut-être avait-il fait bien plus. Peut-être avait-il trouvé une loi de la pensée. Je ne suis que le rapide, trop rapide défilé de mes idées, qui toutes ont ou sont des images. Lorsque je suis le fil de mes idées, je suis le film de ma pensée.

Prochainement, la suite : Comment peut-on être empiriste ? (lettre à ma fille, 2)

6 réflexions sur “Suis-je un film ? (lettre à ma fille,1)

  1. La pensée se lit souvent dans le regard de ceux que l’on aime, comme dans un livre ouvert dit-on. La transmission de pensées entre les êtres proches existe aussi, je l’ai souvent expérimentée. Nous en sommes à essayer de décrypter les réactions chimiques qui se produisent dans certaines zones cérébrales produisant nos pensées. Et pourtant, j’espère que la part du mystère de nos pensées restera inconnue. Cela peut-être bien gênant parfois la pensée qui nous habite et il m’arrive d’en rougir toute seule en gardant les yeux baissés de crainte qu’on ne Lise les miennes dans les prunelles…

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  2. La pensée est le signe de la subjectivité, donc de l’être. Celui-ci n’existera plus le jour où sa pensée sera percée.
    Le passe-pensée est peut-être en cours de réalisation : alors il suffira peut-être de trouver un autre moyen technologique (des verrous cybernétiques ou des cerveaux déportés dans un « cloud » inaccessible) pour y échapper.
    Il nous reste Descartes à jouer.

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  3. Il me semble que dévoiler la part de mystère de l’autre en révélant ses pensées ôterait à l’existence toute sa saveur.
    Merci de soulever cette question qui nourrit ma recherche sur le ressenti des images dans l’art et les mots pour le dire.

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  4. (Bis admin)²
    Le mot donne l’illusion de saisir la pensée
    il est comme la mesure du physicien des particules
    le sondeur … le journaliste
    c’est sa prise d’information qui invente (qui fixe) l’information.

    « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire »
    … nous leurrent tranquillement
    Si l’on cherche à saisir (de sa pensée) ce que l’on pense à l’instant
    on ne saisit rien du tout
    ou une matière si floue
    que
    comme l’électron des physicien
    elle se trouve en plusieurs endroit
    à la fois.
    (euh … je crois.)

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