Aimez-vous les grèves ?

Pourquoi la grève est-elle un tel délice ? Y a-t-il beaucoup de gens ravis dès qu’une grève se déclenche ? Qui attendent les grèves plus encore que le printemps, qui guettent chaque jour les signes par lequel leur venue s’annonce ou se reporte ? Et pourquoi tant de joie ? Qu’y a-t-il de si aimable et de si fier, de si libre et de si réconfortant dans le simple fait d’une grève ?

La grève est une bouffée, soudaine, de dignité. Pourquoi ? Parce que la grève est la seule chose que le peuple puisse faire tout seul. Il n’a même pas besoin de syndicat pour se mettre en grève, même s’il en a toujours besoin pour terminer une grève.

La grève est une soudaine bouffée de sens. Quand tout le monde travaille chaque jour, pendant trop longtemps, de grandes nappes d’absurdité se répandent en dehors même des couches bourgeoises les plus lettrées et les plus mélancoliques. L’absurde  devient un sentiment de masse. Le travail flirte avec le burn out, et le cogito avec le suicide.

La grève a un sens, alors même qu’elle n’a pas la parole. Ce sont les pouvoirs qui parlent de la grève. La grève est la seule chose que puisse dire le peuple, ce grand ensemble de ceux auxquels ont ne demande rien, que le travail et le silence. La grève est la seule chose que l’on puisse dire sans mot, mais que tout le monde comprend, à tous les bouts du monde.

La grève aussi est un pouvoir imparable: celui de s’arrêter, et qui va jusqu’au pouvoir absolu, celui de tout arrêter. C’est un rappel toujours indispensable : c’est seulement en s’arrêtant que ceux qui font tout rappellent à tous que ce sont eux, et eux seuls, qui font tout. Décidez ce que vous voulez, et autant que vous le voulez, disent-ils, peu importe, car si nous ne faisons rien, rien ne sera fait.

La grève est toujours une fête, car elle est le pur délice de congés qui ne sont pas payés, et dont on a fixé soi-même la date. Chacun voit bien que nous avons existé, le jour où nous avons tout arrêté ; et c’est cela, la fête.

Que gagne-t-on dans tout cela, me direz-vous ? Car il faudra bien reprendre le travail, et le pouvoir, fort sagement, n’aura jamais cédé assez. Même si l’on ne gagnait jamais rien d’autre, on aurait forcé le pouvoir à redevenir poli, pour un temps. On lui a rappelé que c’est toujours le souverain qui fait grève, et le pouvoir qui doit lui obéir, poliment. Il faut rappeler régulièrement au pouvoir que s’il oublie décidément trop qui commande et qui obéit dans le compromis républicain, il faudra bien reprendre la révolution française là où elle s’est arrêtée. Et çà, ce serait beau, un peuple en marche.

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36 réflexions sur “Aimez-vous les grèves ?

  1. La réponse est oui! Ne pas oublier qu’il s’agit d’un droit dans un État de droit. Questionner le droit de grève revient à questionner notre État de droit. C’est dangereux, non souhaitable et tellement triste !

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  2. Un délice dites-vous, quel mot étrange ici. Les quelques grèves auxquelles j’ai participé dans mon ex vie de salariée ne m’ont rien livré de tel, plutôt l’excitation étrange assez semblable au lâcher prise des gens qui boivent trop et ne retiennent plus leurs mots. Er une tension plus violnete que joyeuse. Ce grand corps de gens qu’une cohésion passagère peut lancer dans n’importe quel excès ne m’a jamais paru réjouissant. Plutôt effrayant de soumission aux meneurs et aux slogans. Et un sentiment de gueule de bois une fois l’événement passé.

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    1. Il existe, chez Libertalia,
      un superbe petit livre de Simone Weil
      qui se nomme « Grève et joie pure » et qui porte
      sur les occupations d’usines lors du front populaire.
      Je comprends vos craintes et déplore
      vox expériences malheureuses.
      Ce que vous dites est vrai,
      mais ce que je dis aussi.
      A chacun de choisir,
      ce qu’il doit faire:
      c’est assez simple
      au fond…

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      1. Il y a certainement du vrai dans votre déclaration épique. C’est ce que Simone Weil avait perçu. Mais 2018 n’est pas 1936. Tout n’y est pas différent mais peu de choses y sont identiques. C’est aussi ce que dit Phédrienne. Que certains grévistes incarnent aujourd’hui la dignité, c’est bien possible. Mais certainement pas tous.

        Bref, Simone Weil serait ici, je ne suis pas certain qu’elle prendrait cette position.

        Ce qui ne signifie pas forcément que ces grèves soient mauvaises. Mais simplement que tous les arguments ne sont pas véridiques.

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  3. I always considered labor strikes as a part of the human misery, where negotiation becomes the substitute of communication. And people in power are harsh and dirty negotiators.
    Asking for a compromise is not asking for justice. It’s only a strike, not a revolution.

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  4. Le comble des grèves
    C’est que tout le monde ne peut pas faire la grève et ces toujours les mêmes dans les rues à manifester.
    Vous ne verrez jamais de femmes de ménages â manifester pour leur cause, pour les causes des autres mais pas directement la leur,

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    1. On peut toujours s’entendre pour que certains
      fassent grève pour les autres. Et c’est un peu,
      je crois, ce que nous faisons en ce moment.
      Si les cheminots parvenaient à sauver
      les 60 petites gares menacées,
      qui s’en plaindrait?

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      1. Le sujet des petites gares menacés de fermeture , ça a commencé depuis longtemps car beaucoup ont été fermés et vont l’être très certainement encore. Le problème vient directement des hauts fonctionnaires de la sncf et non pas des politiques, j’ai déjà travaillé dans ce milieu et participé a une manifestation contre la réduction de la diminution des arrêts en gare …

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  5. La grève n’est jamais une partie de plaisir ni pour ceux qui la pratiquent, ni pour ceux qui la subissent. C’est le dernier recours lorsque le dialogue démocratique est absent. Ce doit être le rempart (peut-être le dernier avant une émeute) à l’autocratie, a l’asservissement, à la dictature, censure …

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    1. Plus qu’un ultime rempart,
      comme aujourd’hui,
      la grève est un
      fondement:
      comment pourrions-nous abandonner l’avenir
      aux faiseurs de réformes publiques ou privées
      dont l’unique idée depuis trente ans
      est la destruction rentable

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  6. On ne peut « aimer » la grève.
    Lorsqu’on la fait, c’est en raison d’une impasse, d’un constat d’échec. Lorsqu’on la subit, c’est un pensum !
    Dans mon métier, pour faire la grève, on colle un élaspolaste sur son sarrau où il est écrit EN GRÈVE, et on assure le service comme si de rien n’était. De toute manière, si ce n’était pas le cas (éthique oblige) on serait réquisitionné !
    Et finalement, les revendications que l’on a, passent à la trappe devant l’intérêt public, ou plutôt des comptes de l’état. En fait il y a toute sorte de dictature… celle du prolétariat n’était que folklore à côté de celle de l’état tout puissant.

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    1. J’admire beaucoup vos grèves.
      Et il est vrai que, votre travail continuant,
      l’aspect festif de la grève ne pouvait guère vous apparaître.
      Mais je ne crois pas quelle se réduise à un ultime garde fou:
      elle me semble plutôt former, avec son corollaire, la manifestation,
      une sorte de rituel de refondation de notre république.
      On va de toujours de la Bastille à la République
      pour rappeler qu’il y a un peuple,
      et que c’est lui le
      souverain

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      1. Mais grève et manif sont très différentes par nature : la première est une mise en demeure, la seconde guère plus qu’un rite. On pourrait même arguer qu’elle est devenue, au fil du temps, un rite de soumission : la grève exige; la manif demande. Et elle demande à un « pouvoir » inique. Il y a eu contre la loi El Khomri pas moins de seize manifestations parisiennes de grande ampleur. Et pour quel résultat ? Sous sa forme traditionnelle, la manif est éculée. Comme le chante Akro,

        « Je change de discours pour parer cette nouvelle tendance
        Qui fait du Ché une idole chez les gosses de riches
        Qui font des manifs propres bien encadrées par les flics
        L’oncle Sam en revanche est une icône chez les pauvres
        La paroi n’est pas étanche et c’est le dollar qui te sauve. »

        L’un de ses conseillers avait rapporté que, face aux foules qui s’amassaient devant la Maison blanche contre les dérives de son régime, Nixon paniquait à l’idée que sa tour d’ivoire fût prise d’assaut. Nous n’en sommes plus là. Plus du tout : l’une des dernières manifs contre la première mouture de la « loi travail » se vit même, au nom de la menace terroriste, enserrée dans une nasse policière. Aucune « manif propre » ne parvient encore à faire paniquer quelque politicien que ce soit dans les pays qui en ont pris l’habitude. Elles ne sont qu’un jeu de rôles précisément encadrés. Or, pour faire peur au « pouvoir », il faut déborder le cadre… Et pour déborder le cadre sans violence, pour dévoiler et désarçonner la violence exclusive de l’Etat, il serait temps, à côté de la grève, de faire preuve d’imagination…

        ________________

        Le ‘plaisir’ est partagé…

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        1. Je suis d’accord avec bien des choses.
          Ceci étant, même si la manifestation n’était plus qu’un rite, elle resterait utile
          pour la transmission entre générations et pour se sentir nombre.
          Qu’elle ne fasse plus peur est possible, mais est-ce encore le but?
          Pourquoi faire craindre la prise d’un pouvoir que plus personne n’envisage?
          Par contre, elle peut encore faire craindre, ou espérer,
          une autre type de grève, inventé par La Boetie:
          une désobéissance générale, une inaction complète de tous, opposable à tout commandement

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          1. Bientôt, si on les laisse faire, même la grève sera « un pouvoir que plus personne n’envisage ».

            « Soyez résolus de ne plus servir, et vous voilà libres ». Incitation à la débauche, appel à l’anarchie, crime d’insubordination, dont l’acuité non démentie nous rappelle que le féodalisme ne caractérise pas que le passé…

            Opposer à une « France en marche » une force d’inertie que renforcerait une correspondance (à corroborer) entre abstentionnisme électoral (le plus grand parti présidentiel du pays, désormais) et sécession sociale…

            Transmettre l’illusion de la puissance du nombre, mais renoncer, « par la force des choses », à transmettre l’hologramme du commandement final de la Constitution de 1793 ?

            Je doute que les manifestants anti-Nixon fussent réellement convaincus qu’ils parviendraient à déposer le tyran d’opérette. Mais lui, à en croire son conseiller, en semblait persuadé.

            Faire douter les pseudo-élites ne peut s’accomplir qu’en les déviant de leur script, ce qui requiert de les prendre au dépourvu : l’expression du nombre serait-elle monolithique ? Ne pourrait-elle être une algue elle aussi ?…

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  7. En plus d’après ce que j’ai compris l’argent récolté en ligne irait pour commencez pour les frais d’affiches et de matériel , pour le fonctionnement des syndicats et ensuite avec le reste pour les grévistes, c’est passé au journal de 13h sur france 2 aujourd’hui. Je crois on a pas fini d’en parler de cette récolte de finance, car ce n’étais pas l’idée du départ, mais pour soutenir les grévistes . Une impression que ça va partir en vrille ces dons récoltés ….

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    1. Désintoxiquez-vous de la propagande médiatique mainstream : allez sur acrimed.org et tapez ‘SNCF’ dans la zone de recherche (coin supérieur droit).

      Je n’ai pas vérifié votre info, mais si elle est exacte, n’oubliez pas l’importance de la bataille de l’opinion, dans ce conflit en particulier : « les frais d’affiches et de matériel » en font partie intégrante. Enfin, ne vous imaginez pas que les caisses syndicales aient besoin de ces récoltes ponctuelles pour indemniser leurs affilié(e)s. Elles se portent très bien ! Et même si venait à être révélé que tel ou tel syndicat a (eu) recours à l’évasion fiscale pour planquer un eventuel trésor de guerre, n’oubliez pas que l’objectif initial d’une telle manoeuvre, si elle est avérée, était d’être en mesure de faire face, le cas échéant, à un « pouvoir » par trop réactionnaire. Regardez ce qui s’est passé au Wisconsin : la liberté syndicale ne tient qu’à un fil…

      http://www.lapresse.ca/international/etats-unis/201103/10/01-4378135-le-wisconsin-adopte-une-loi-anti-syndicat.php

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  8. Le peuple souverain, c’est peut-être vrai en théorie, en philosophie, mais en pratique, c’est un leurre. Une majorité du peuple a dit non au référendum de 2005, que s’est-il passé ?… je passe sur bien d’autres événements…
    La grève est un droit qui s’applique, dans les grandes entreprises, les moyennes entreprises, l »administration, etc. Par contre, toutes petites entreprises, chez les artisans, les commerçants, hors les grandes surfaces,les professions libérales, ce droit n’existe pas. Sinon c’est le renvoi ou la mise à pied… Où se situe le droit, tant écrié, pour cette population de travailleurs, d’employés de différentes disciplines ? Il n’ y a que dans les établissements, où il est possible de déposer un préavis de grève, et de mettre la décision en application, que c’est possible de réclamer en manifestant, encore, tout dépend du nombre de volontaires, de participants.
    Dans chaque Etat de droit, il existe un bon nombre d’injustices, c’est toujours à l’encontre des mêmes catégories d’employés, qui eux ne peuvent pas profiter de certains de leur droit.
    Après chaque grève importante, dans l’entreprise en question, il y a toujours des déçus, ensuite le patronat, l’encadrement, se vengent en n’octroyant pas certaines augmentations ou promotions aux uns… La grève, ce n’est pas si festif que cela, c’est plutôt, très douloureux, à cause des répercutions. Quand on regarde l’histoire, on se rencontre de toute cette complexité… Après 1936, il y a eu la guerre, suivi du plein emploi, puis mai 1968. Depuis qui gagne à chaque fois, le patronat, qui lui a sut tirer partie des leçons, des provocations, des troubles, eux ils se sont associés, contrairement aux syndicats politisés, sous influences des subventions, qui font bande à part le plus souvent. Salutations.

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      1. Sans les grèves, il n’y aurait pas eu de progrès tel que nous le constatons aujourd’hui, mais il y a régression du peuple et reprise du pouvoir par…. Je suis conscient, qu’il y a eu d’énormes avancées sociales, des transformations depuis le XIX ème siècle,suite la découverte et le développement de l’industrie,( les heures de travail, les salaires, le mode de vie améliorée, la sécurité technique, etc.) des différentes formes de technologies employées, les lancement du grand commerce en Europe et au E.U d’Amérique et ailleurs, même si j’accepte que « la grève », le « droit de grève » soit un droit reconnu, par l’administration, (bien que réprimé par les forces de ‘l’ordre…) que celle-ci permette de s’exprimer, de faire bouger ou évoluer les situations lors de conflits sur les conditions de travail,etc. Il ne faut pas oublier les déséquilibres existants sur le territoire National, depuis des décennies et encore faut-il que, les employés lisent les conventions collectives, branche par branche de profession, d’emploi… Aujourd’hui; le nier est une grave erreur. Monsieur Galiber., Je ne suis pas un universitaire, je suis un ouvrier et croyez moi, j’essaie d’être juste vis à vis de mon vécu, de mes expériences, pour exprimer ce que j’écris. J’ai été renvoyé pour avoir voulu  » faire grève » après avoir travailler en hiver par – 15° à l’extérieur sur un chantier en 1987 à Paris, pour réclamer la prise ne compte de mes soins, suite à une absence. (Je peux vous indiquer le nom de l’entreprise, pour vérification et le lieu à Paris, joindre mon certificat de travail de la période dite…, et ce n’est pas la seule fois…) Il n’y a pas qu’une seule face de la pièce, il y en a plusieurs; il ne faut pas l’oublier. Les lois, les droits, ici en France dans l’entreprise,ne sont pas, pour tous; et si vous Monsieur, le contestez, c’est grave. Bien sûr l’histoire avec un grand « H », les historiens généralisent, alors qu’actuellement, « généraliser » est très mal perçu, sur n’importe quelle étude ou sujet…(voir la mort du président Kennédy… oswald et d’autres faits ?…) il y a chez moi, une philosophie instinctive, qui n’est pas académique et je dis ou répète :  » il faut avoir vécu l’événement pour, pouvoir en discuter et le critiquer… Il faut vivre avec les personnes plusieurs années, pour pouvoir savoir un peu qui elles sont… Il faut avoir prie des coups de matraque en 1968, 1974, 1992 ou à d’autres manifestations plus tard, dans la rue à Paris, lors d’assistance à des manifestations, pour… Il faut avoir vécu l’exclusion dû à ses engagements de révoltes, de résistance, en plus de sa différence, pour pouvoir dire…etc. »
        Le petit retraité, au bas salaire qui vous écris, peut dire qu’il a souffert de ce que vous appelez : « la fête » en plus d’un tas d’autres choses. Et c’est pour cela que, je pratique des thérapies par l’écriture. Chacun à sa vision des faits, des événements… Comme pour l’intelligence, il y a autant d’opinion que de personnes, mais les seules à retenir, doivent être celles des personnes concernées physiquement ,et non pas intellectuellement ou d’après seulement les livres, qui ne sont alors que des outils.
        (Là, il y a matière à philosopher sur un sujet important, à mon humble avis.) Ce qui est écrit là, n’engage que ma personne T.D. Pardonnez moi, j’ai horreur de la lange de bois, j’ai pas appris et même… Salutations cordiales.

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