Des classes sociales aux classes vitales

Consommateurs, suicidaires, producteurs, hypersuicidaires, ce sont nos quatre grandes classes vitales, à l’échelle planétaire. Car la lutte des classes n’est pas terminée, mais elle a totalement changé. Le capitalisme, souvenez-vous, reposait sur la lutte des classes sociales. C’était un jeu dangereux, mais l’on pensait que seul le patronat risquait de disparaître. L’hypercapitalisme a remporté dans cette lutte une victoire aussi décisive qu’inattendue, en obtenant la quasi suppression du prolétariat en Europe, et son affaiblissement considérable dans la plupart des pays riches. Comme jadis les civilisations, les classes sociales savent désormais qu’elles sont mortelles. En instaurant ainsi, face à tous les êtres humains, la menace d’une suppression pure et simple, l’hypercapitalisme a sorti l’humanité des classes sociales pour la diviser désormais en classes vitales. Il ne s’agit plus de se disposer par rapport à l’exploitation, mais de choisir un certain style d’anéantissement. Car la mort, comme par miracle, convainc de tout donner, de donner toute son existence, à tel point que le travail et la mort ne sont plus que diverses manières de donner toute sa vie. Lorsque ces deux modes de destruction sont équivalents, il devient possible de laisser choisir librement les individus concernés. L’hypercapitalisme peut du même coup bénéficier de toutes les productions et de toutes les destructions, tout en restant fondamentalement libéral et innocent, car il ne détruit jamais personne.

L’anéantissement volontaire est l’idée de génie de l’hypercapitalisme pour porter le capitalisme à la rentabilité absolue. L’aliénation et l’exploitation n’étaient que partielles dans le capitalisme. Il suffit, pour les rendre absolument rentables, de rajouter deux nouveaux rôles sociaux : le suicide et le génocide, et de laisser chacun choisir librement.

Publicités

12 réflexions sur “Des classes sociales aux classes vitales

  1. Effectivement, le monde inhumain que vous dépeignez, conduirait n’importe qui a préférer s’en détacher le plus vite possible. Le suicide semble une belle solution. Il suffit s’ouvrir ses ailes et plonger dans le vide sidéral, c’est la seule liberté qu’il nous reste, apparement.

    J'aime

    1. Mais pas du tout! je dis tout cela pour faire comprendre ce qui nous menace et pour faire réagir.
      Pourquoi ne pourrions-nous pas changer, voire renverser, ce que nous avons mis en place?
      L’hypercapitalisme a plus de chance de disparaître que de durer cent ans,
      car personne, absolument personne, ne le croit humain.

      Aimé par 2 personnes

  2. Je crois beaucoup en l’humanité et aube certaine résistance de l’etre Humain . La révolte selon camus. Et je crois aussi à l’effet jogging de regis debray qui pousse l’homme à revenir en arrière. J’espere Que la pleine conscience des enjeux d’environnement durable et sociétaux pousseront l’homme à réfléchir et résister. Heureusement le monde est devenu aussi horizontal par une meilleure connaissance des effets destructifs de cette hyper capitalisation . A nous de rendre ces choses tangibles , comme vous le faites à travers votre blog ! Guillaume

    J'aime

  3. La décentralisation des luttes, la création de ZAD et autres lieux bloquant cet « hypercapitalisme » sur les lieux mêmes de ses méfait projetés (construction d’un aéroport, d’une autoroute, d’une ligne de TGV, d’un endroit pour enfouir les déchets nucléaires, etc.) sont les signes visibles d’une résistance qui redonne espoir. 🙂

    J'aime

  4. vos billets sont des bijoux ciselés d’intelligence vitale pour inciter à bien veiller et bien vivre : il n’est jamais trop tard même à l’instant ultime et tout n’est jamais tout à fait perdu pour décoloniser notre imaginaire et déséconomiser notre existence

    J'aime

  5. Il existe pour moi une cinquième classe, in justement oubliée : celle de tous les résistants qui n’ont de cesse de faire valoir d’autres idées, d’autres projets, d’autres alternatives. On les dit minoritaires car les grandes exactions sont plus visibles et fascinent alors que les actions altruistes manquent d’éclat, mais elles sont là, on en voit la trace, et c’est sans doute grâce à eux, les planteurs d’arbres, les ouvreurs de porte, les empêcheurs de penser enfermés que l’humanité n’a peut-être pas dit son dernier mot…

    Aimé par 1 personne

  6. Par votre remarque sur le prolétariat, vous soutenez l’exact inverse de Bernard Stiegler, qui affirme qu’il englobe désormais toutes les couches sociales. Par ailleurs, vous faites d’une réalité composite quatre nouveaux piliers homogènes d’un temple dont on peine à identifier cette fois ceux et celles qui en occupent la coupole, confortant l’image d’un (hyper)capitalisme en tant que loi naturelle plutôt que politique.

    J'aime

    1. Loin de moi cette intention! Mais c’est une vraie question,
      surtout depuis Foucault, de savoir qui a le pouvoir.
      S’agit-il d’un principe, comme la rentabilité
      ou à la fois d’une caste et d’objets,
      comme j’ai tenté de le dire avec les « chronophages »

      J'aime

votre réponse:

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s