Où sommes-nous vraiment quand nous téléphonons ? (Villes mobiles 3)

Nous pensons bien savoir où nous sommes quand nous téléphonons. Souvent, nous cherchons à imaginer l’autre en son lieu propre ; et sans doute imaginons-nous le téléphone comme un fil qui relierait les deux lieux, ou comme quelque onde diligente qui porterait nos propos d’un lieu dans l’autre.

Mais il n’en est rien. Car ceux qui se téléphonent se parlent, s’entendent, se rencontrent. Ils sont au même endroit. C’est dans le téléphone comme lieu intermédiaire, comme lieu mobile, ou comme lieu omniprésent, que nous nous rencontrons. Le téléphone est entre les villes, comme le vrai lieu que nous habitons, un lieu qui change de lieu à chaque fois que tel ou tel interlocuteur reprend la parole. Etre ici n’empêche plus d’être ailleurs : tel est la loi nouvelle de la plus mobile des villes : celle que nous transportons dans notre poche, en la prenant pour un objet.

22 réflexions sur “Où sommes-nous vraiment quand nous téléphonons ? (Villes mobiles 3)

      1. There is some difference in talking to somebody vs talking to a dear one. When talking on the phone to an ordinary individual, we live in the world of the phone. When talking to a dear beloved person, we live (or imagine ourselves to be) in a certain « world of souls ».

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  1. [Merci pour cette porte]
    ___
    Ubiquité ou Utopie
    le partout ou le non-lieu ?

    Peut-être faut-il nuancer (forcément nuancer) la réponse
    qui est partout* ? (quelle partie de notre tout)
    et
    qui se retrouve nulle part ** ?

    Pour un appui dans le réel,
    beaucoup détestent (physiquement) le téléphone
    précisément parce qu’il les arrachent au lieu
    pour les projeter (les aspirer) dans un ailleurs qui souvent est un n-ailleurs
    .
    Sinon (à défaut d’autre mot pour aller un peu plus loin)
    le téléphone propose-t-il une mobilité
    ou l’instantanéité d’un déplacement sans trajet
    et en cela parfaitement « accord » avec la disparition de l’analogique ?

    ________
    *Erewhon
    ** Nowhere

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      1. l’art de ne pas être là où nous sommes censés être , être absent du lieu où se trouve notre corps, nos odeurs, nos humeurs pour les renvoyer dans un non lieu ou dans la fuite du lieu. parce que tout lieu est intense, on tente d’en évader. tout lieu pèse et est terriblement profond comme l’âme. le lieu nous renvoie à sa surdimension
        à part ça je ne vois pas d’ubiquité mais bien une sorte de schizophrénie maladive, excepté pour appeler les pompiers ou un rendez vous chez le dentiste.😉

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  2. Cela me rappelle l’hologramme. Il y aurait un espace fait uniquement pour cette communication qui disparaîtrait au moment où l’on raccroche. La mémoire des interlocuteurs va mettre en route cet espace libre pour y investir de nouvelles idées, une autre façon de penser ou de parler. Ce que ne procurerait pas aussi vite une discussion en face à face.

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  3. je trouve surtout qu’il éloigne de l' »autre », celui qu’on croise simplement dans les villes…on se disait il y a peu avec un ami, qu’aujourd’hui la si belle chanson « les passantes » de Brassens ne s’écrirait plus…personnellement je trouve cela si dommage…le téléphone c’est un endroit qui enferme, en rien ouvert vers l' »autre », même si on est sensé y trouver justement l’autre….j’aime tant les regards, les sourires avec les passant(e)s….

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  4. Le téléphone nous transporte instantanément ailleurs et partout et en même temps nous enferme derrière son écran, objet d’aliénation et support d’ubiquité tout à la fois, qui nous libère de l’immobilité de notre corps mais nous rend esclave de son omniprésence.
    Je préfère l’écrit aux paroles envolées, cependant le son d’une voix est si intime qu’il est irremplaçable pour les échanges humains, c’est probablement aussi pour cela que le téléphone m’intimide autant, l’impression de se mettre à nue est encore plus forte que celle que l’on a en croisant un regard.
    Je crains d’avoir été un peu hors sujet😉

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    1. Nous sommes dans une autre dimension ; où le temps le lieu changent en fonction de la relation que nous entretenons avec la personne « à l’autre bout du fil ». Nous sommes l’espace que l’on accorde (ajustons) à l’autre selon son affinité.
      La façon dont ce moyen de communication peut moduler notre façon d’être à l’autre est étonnant ! Parfois il nous permet de maintenir une certaine distance lorsque cela nous arrange et peut tout autant nous projeter dans le monde fantasmé (par nous) de l’autre. Parfois lors de longues discussions l’autre disparait et devient la résonance de soi (puisqu’on a personne en face) ou au contraire on a l’impression d’être si proches qu’on se livre sans la pudeur que pourrait impliquer d’être en face…
      Nous sommes peut-être au plus profond de nous-mêmes… Ce fil comme un cordon ombilical qui nous relierait à l’autre…. Allongé sur un divan ! Sourires.

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  5. Je considère le téléphone comme un moyen et non une fin en soi. Il est l’outil qui me rapproche des êtres aimés éloignés par la vie. Il est mon bourreau quand les appels ne sont pas désirés. Mes sens le perçoivent positivement ou négativement selon le numéro qui s’affiche. Il établit un lien invisible entre deux âmes, deux consciences, qui, s’il n’existait pas, ne communiqueraient peut-être pas ou peu…

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