Les trains se déplacent-ils ? (Villes mobiles 2)

On croit souvent que les trains, sagement, s’en vont d’une ville pour se rendre, et nous transporter,  dans une autre. Et de cette apparence trompeuse, on conclut usuellement que les trains se déplacent, tandis que les villes non.

Mais regardez votre pied, au moment précis où il entre dans le train. Vous avez encore un pied sur le quai, et l’autre déjà posé sur le plancher du train. Le train ne se donne alors que comme une marche du quai, et le train tout entier comme un pièce immobile, attenante au quai, dans laquelle vous pouvez entrer et prendre place. C’est exactement de la même manière qu’à la fin de votre voyage, vous allez vous lever, quitter la pièce du train et poser votre pied cette fois sur le quai d’une autre gare. N’êtes-vous pas resté immobile ? Le train s’est-il déplacé, ou étiré au point de vous permettre d’en sortir tout ailleurs ? Le train serait-il quelque faille de l’espace-temps qui vous transporte sans vous déplacer, ou bien sont-ce les villes qui se sont déplacées, succédées autour du train immobile? N’est-ce pas ce que vous avez vu, tout du long de votre périple, toutes ces villes qui défilent autour de votre immobilité ? Le train n’est pas mobile, il est facteur, révélateur, de la mobilité universelle. Toutes nos villes bougent de tous nos trajets. Toutes les villes sont vibratiles.

8 réflexions sur “Les trains se déplacent-ils ? (Villes mobiles 2)

  1. Lu jadis dans le métro parisien, où l’on aime à placarder des petites sentences poétiques ou philosophiques produites par les usagers :

    Est-ce le chat qui traverse le jardin, ou le jardin qui traverse le chat ?

    Les deux propositions sont vraies, évidemment, mais dans cette affaire de train, comment ne pas remarquer l’accélération et le freinage ? Ces deux changements de vitesse indiquent assez que quelque chose est entraîné par inertie : c’est indiscutable, incontournable, indécollable du factuel.
    Heureusement, les faits peuvent toujours être soumis à interprétation : tel séïsme est la punition envoyée par Dieu pour châtier les mauvais fidèles qui tolèrent la jupe semi-longue, tel trou dans la Sécu (qui est introuable) le résultat de nos gabegies médicamenteuses, et cette accélération simplement le fait que la ville, en se déplaçant, entraîne un peu le train.
    Ainsi donc, comme le train est entraîné, on se dit : « Tiens, le train a de l’entrain ». Ce n’est pas un train du traintrain. Et puisque la transitivité n’a pas été inventée pour prendre la poussière sur une étagère, elle sert justement là : et le train entrainé entraîne.
    Du coup, couillons que nous sommes, nous croyons que le train nous entraîne.

    Nous devons donc rendre le plus signalé hommage aux cheminot-e-s et aux ingéneur-e-s des transports ferroviaires (et peut-être aussi à tout le personnel aéronautique) pour leurs capacités titanesques à faire se mouvoir la planète entière, de manière souple et conciliante, et gentiment déformable, afin que les trains et les avions, en transportant des voyageurs du point A au point A, les débarquent au point B.

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