Indécidable 3 : Les quatre raisons de l’indécidable :

Le continu

Si décider c’est trancher, et si ce dans quoi l’on décide est continu, on ne voit ni où ni pourquoi trancher.

L’indénombrable

Si pour choisir il faut comparer les avantages et les inconvénients de chaque possible, et que le nombre des possibles soit infini par ramification interne, tout choix suppose l’impossible : une liste finie des possibles.

Notons que l’indénombrable est une conséquence du continu : cet infini insécable qu’il faut bien supposer se venge en quelque sorte de toutes nos séparations arbitraires en nous imposant une ramification à l’infini. De même, si l’on cherchait à remplacer l’illimité d’une feuille blanche par le traçé d’une arborescence, ses ramifications devraient aller à l’infini pour espérer rallier chaque point de la feuille.

Le non hiérarchisable

Si les avantages et inconvénients de chaque possible sont hétérogènes, ils ne peuvent être totalisés. Faute de pouvoir comparer leur double totalité, on ne peut choisir

L’intemporel

A y bien réfléchir, on s’aperçoit qu’il n’y a pas de moment de la décision. Car la temporalité de la décision réfléchie suppose des préparatifs si longs, que toute décision réelle est forcément prise bien avant le moment où la décision rationnelle aurait pu intervenir. Il suit que toute décision est irrationnelle, à la manière d’un coup de tête irréfléchi, qui interrompt les tergiversations et les hésitations. On ne trancherait jamais que pour cesser l’épuisant labeur de décider. Nous décidons précisément par ce qu’il nous est impossible de décider.

 

 

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10 réflexions sur “Indécidable 3 : Les quatre raisons de l’indécidable :

  1. Si les choix sont infinis dans un domaine continu, le temps lui n’évolue pas toujours de la même manière, il s’accélère ou ralentit pour chacun de nous. S’il s’accélère, c’est aussi peut-être que les choix s’enchainent plus rapidement et plus naturellement parce qu’on se sent dans « le coup ». Avec ce paradoxe qu’une fois ce temps passé, nous avons le souvenir d’un temps très long où plein de choses se sont passées. Hésiter, c’est peut-être ne pas avoir pris le départ de la course ?
    Mieux alors vaut sûrement se donner soi-même des possibilités plutôt que de choisir parmi une infinité de choses dont on se sent étranger, cela invite à avoir à décider ce dont on ne veut pas ! Et dans ce cas, avoir le beurre et l’argent du beurre ?!

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  2. Oui, avoir le sourire de la crémière, c’est essentiel pour reprendre son chemin. C’est un signe – une attestation !- que notre choix nous convient et que nous sommes heureux de le partager, peut-être aussi qu’il nous apparaissait évident. Un chemin pavé de sourires et d’autres portes s’ouvrent, et les mauvaises pensées s’en vont ! La perfection serait alors d’éviter toutes les embûches, mais c’est une autre question 😉

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  3. Au final, cela donne raison à ceux qui ne réfléchissent pas ! Cela peut avoir des effets pervers… Mais bon, j’imagine que ceux qui ne réfléchissent pas ne lisent pas d’essais philosophiques, donc cela n’est dommageable que pour celui qui croit faire un choix et qui sera tenté de n’en faire aucun ! 😉 Seulement, la vie rend-elle possible un tel credo ? Pour vains que serait l’acte de trancher entre plusieurs choix qui s’imposent à nous selon que l’on considère l’infinité des possibles, avons nous la possibilité de les ignorer ?

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      1. Je pense que cela est un tantinet possible avec la marge de manœuvrabilité que le cogito permet. Si l’on tient pour prémisse notre conscience, cela ne serait-il pas raisonnablement envisageable ? Pour autant, si l’on écoute Michel Onfray et consorts, l’on pourrait croire que culture et nature, qui seraient une seule et même chose, nous détermine(nt) largement et que donc le choix serait une quasi-illusion. Je n’ai pas lu Michel Onfray (je l’avoue), mais j’ai écouté toutes ses chroniques sur France Culture à l’occasion de son université d’été et je crois, peut être me trompe-je, qu’il va dans ce sens là. Maintenant si le choix ne peut être considéré comme un choix absolu, ni un non-choix absolu, alors quel est le choix que nous croyons faire quotidiennement, un mi-choix ? Cela dit, si nos choix sont déterminés selon la théorie du déterminisme (ce qui fait qu’ils ne seraient pas des choix), votre proposition suggère alors une troisième voie en ce qu’elle ne peut référer ni au déterminisme, ni au libre-arbitre… Quelle serait-elle alors ? Et cette infinité des possibles ne serait-elle pas un paradoxe en ce qu’elle porte en son sein d’un côté la négation de l’idée d’intentionnalité et donc la négation de la liberté de chacun à vouloir ce que l’on désir par des intentions informées par la raison et affirme incidemment, d’un autre côté, l’existence d’une règle (pour régulière que cette règle puisse être) qui définit une indétermination générale des choses pouvant advenir, ce qui pourtant inspirerait l’idée d’une liberté contingente. Mais alors, il-y -aurait une Liberté totale aveugle, arbitraire, soit le hasard (ce dernier contrevenant à l’idée de libertés singulières puisque les choix n’existeraient pas) et une autre liberté (qui n’existe pas), soit une liberté fantasmée, celle des formes singulières que nous croyons appréhender sans pour autant rentrer dans une logique déterministe ? 😉 Puissent les méandres de ma pensée vous paraître claires.. Sinon, veuillez me pardonner. 😉

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        1. En fait de conclusion j’éclaircirais mon propos en faisant l’hypothèse que la liberté objective s’oppose à toute liberté subjective, en cela c’est un paradoxe et les Idées générales ne seraient pas toujours en accord avec leurs propres formes.

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