Attentats, hypercapitalisme et suicide offensif: nous avons besoin d’une politique de l’existence

Avant d’être des terroristes, les djihadistes sont des suicidaires. Ce ne sont pas des soldats, car les soldats tentent toujours de revenir vivants, alors que la plupart des assaillants sont morts délibérément. Nous en avons eu la preuve la plus nette devant le stade de France : certains assaillants, empêchés de tuer, se sont malgré tout donné la mort, à l’heure prévue, sans même attendre la sortie des spectateurs.

Nous ne sommes pas confrontés à des attaques suicides, mais à bien à des suicides offensifs. Breivik, petit nazi surarmé massacrant des socialistes, est la clef des attentats djihadistes. Dans un cas comme dans l’autre, l’idéologie n’est qu’un prétexte, un outil de propagande, un ultime héroïsation de soi. Les djihadistes se moquent bien que leurs méthodes et leurs buts réels soient condamnés par le Coran. Pour leurs recrues, il s’agit fondamentalement de mourir en tuant le plus de monde possible. Ces attentats ne sont que des contagions de suicides.

Or cela change tout. Détruire une armée, éradiquer telle ou telle idéologie ne suffira jamais à supprimer le suicide. Du suicide, par définition, il ne peut y avoir qu’une prévention. Il s’agit de rendre l’espoir. La tache est immense, si l’on accepte de voir que notre société a rendu suicidaires la plupart des suicidés. Combien de personnes notre société a-t-elle privé de tout espoir ? Combien d’ouvriers et de paysans ? Combien d’ingénieurs, combien de gendarmes ? On a vu des ouvriers licenciés monter sur le toit de leur usine, en menaçant de tout faire sauter, jusqu’à eux-mêmes. Lorsque des ouvriers cessent de voter communiste pour voter Front National, ils continuent de protester, en un sens, mais ils ont perdu tout espoir. On a vu des contribuables s’immoler par le feu devant des centres d’impôts, une enseignante s’immoler par le feu devant ses élèves. La quasi-totalité des assaillants du 13 novembre à Paris étaient français, européens. Il se peut bien que commanditaires et buts de la guerre soient au Proche-Orient, mais c’est bel et bien notre société qui a produit les auteurs directs des attentats, en les rendant suicidaires.

Remplacer l’hypercapitalisme, qui pousse au suicide les moins rentables, n’est pas à l’ordre du jour. Mais on pourrait au moins lutter contre les licenciements, lutter contre l’exclusion scolaire, lutter contre l’anonymat, inventer des formes de valorisation qui permettraient de rendre à chacun l’espoir, la dignité, et un sentiment d’exister socialement confirmé. La société doit de toute urgence montrer et prouver à chacun qu’elle a besoin de lui, et qu’elle veut qu’il existe. Nous avons besoin d’une politique de l’existence.

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15 réflexions sur “Attentats, hypercapitalisme et suicide offensif: nous avons besoin d’une politique de l’existence

  1. Nous le pouvons tous, individuellement et collectivement, j’en suis persuadée. Il peut y avoir une contagiosité du bon vouloir, du regard changé sur l’autre, du petit geste qui révolutionne. Rien ne nous oblige à la déréliction, au passéisme, tout peut donc se faire.

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  2. « Politique de l’existence » : belle formule – en fait l’existence de la politique (à l’époque des Grecs et de la « politis ») porte en elle-même ce but, hélas souvent dévoyé.

    Il est utile de le rappeler après les attentats du 13 novembre et les votes du 13 décembre.

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  3. Il y a toujours eu une constante suicidaire dans la société (Bourdieu ) mais il faudrait montrer que les chiffres actuel augmente ou que la méthode bascule en devenant des assassinats-suicides.
    Combien de cas de suicide supplémentaires par rapport à cette constante « normale » nous pouvons observer des cas de suicide plus fréquents tous les jours dans les faits divers il y a en plus des cas de suicide qui augmente c’est celui d’entraîner sa famille avec soi alors que le suicide semblait un acte individualiste cela rend effectivement cette thèse un peu plus sérieuse et fondée. l’autre comme suprême vengeance.
    Le désespoir et les drogues et l’alcoolisme hatise la désinhibition jusqu’à agir de manière de plus en plus barbare jusqu’à l’anéantissement des autres en même temps que soi .
    la perte de son humanité reflétant la déshumanisation du capitalisme et de ses agents qui le vehicule, comme un virus vampire ou zombie, ceux là toujours plus avides de fric.

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  4. Tout de même, de Belgique, on s’interroge aussi : quatre islamistes radicaux viennent d’être licenciés d’une société de transport où ils travaillaient, où ils étaient intégrés, contrairement à ce qu’ils faisaient pour les autres, s’isolant pour manger et refusant de parler à leurs collègues femmes. Si notre société pose de multiples problèmes, ne peut-on aussi dire que les religions dans leur ensemble, l’islam surtout dont l’idéologie est aux mains d’imams à peine éduqués, doit se poser des questions. On ne peut pas toujours jeter la faute sur les autres. Il faut aussi se remettre en question constamment : ceci vaut pour nous-mêmes et pour l’islam aussi.

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    1. L’islam est une religion, et beaucoup d’imams sont fort cultivés.
      N’oubliez pas que pendant cinq siècles les musulmans ont eu pour eux seuls
      les philosophes et les livres grecs qui avaient été chassés par la Grèce.
      quant à l’attitude d’isolement dont vous parlez,
      elle est sans fondement dans le Coran.

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  5. Bonjour…, » Pour qu’existe une politique de l’existence… », paisible, dans les années à venir, je souhaite que nous arriverons tous, à nous remettre en question, quels que soient nos situations, cadres entrepreneurs, médecins, enseignants, ingénieurs, ouvriers, employés, etc. Nous devrons penser à instruire nos enfants sur le bien fondé de la politesse, du respect de l’être humain tel qu’il soit. Nous devrons retrouver le goût de nous sentir honnêtes vis à vis des autres et de nous-mêmes, donner où que nous nous trouvons, l’exemple civique à notre progéniture, le respect d’autrui, les désirs de la compréhension et du partage. (Arrêtons de nous cacher derrière les autres au volant de notre véhicule, en pensant que nous passerons au travers des contrôles, parce que c’est bien souvent le premier de la file des conducteurs qui se fait épingler, rarement le deuxième, même si celui-ci pousse à la faute.) Arrêtons de nous réunir seulement après un drame, il devrait avoir tellement d’occasion sincères pour cela. Comme vous dite, Monsieur, « Il se peut que commanditaires et buts de la guerre soient au Proche-Orient, mais c’est bel et bien notre société qui a produit les auteurs directs des attentats, en les rendant suicidaires. » Dans notre société française dite:moderne et démocratique, nous le constatons chaque jour, les individus se laissent manipuler, influencer par la peur de l’autre, le désir de plus de sécurité, -sans se rendre compte qu’ils s’emprisonnent eux-mêmes- par le désir de se sentir toujours mieux que les autres, -différents ou pas- quitte à ne pas voir ou comprendre certaines réalités politiques, sans aussi prendre en compte un seul instant, que les plus grandes menaces extérieures, présentes, se situent dans leur ignorance,(la mienne aussi) leur manque de réflexions, de compréhensions et de partages. Vouloir comprendre, ce n’est pas approuver… C’est essayer de réfléchir sur les causes et les effets, lorsque cela est possible. Nous avons aujourd’hui certains moyens de recherches pour les informations… Lorsque nous aurons en nous cet intérêt, celle-ci devenue supérieure, nous pourrons espérer réparer certaines de nos erreurs. Nous sommes tous responsables pour ce que nous vivons de beau ou de laid. Mais là, nous préférons oublier notre participation, parfois inconsciente. (Pourtant la France n’a pas accepté les mensonges, ni n’a participé à la deuxième invasion de l’Irak… Mais il existe le passif des décennies précédentes…) Pour qu’une nouvelle société plus humaine voit le jour, pour que règne -c’est un doux rêve- le bien être générale, ou une autre sorte de confiance, il serait nécessaire dès à présent d’instruire différemment nos enfants, les jeunes filles et les jeunes gens, de leur montrer d’autres exemples. Cela ne devrait pas être trop difficile, puisque nous sommes dans une société en pleine mutation. Parce que ce sont eux et non nous qui dans une ou deux décennies devrons reconstruire, devenus adultes et responsables à leur tour, la confiance, le progrès d’une autre sorte de prospérité, de fraternité.
    Je sors à peine du sujet, je m’en excuse :C’est exactement comme le problème que dénoncent les femmes, qui se plaignent du manque de parité entre les hommes et elles, dans les entreprises, en politiques, etc. Pourtant celles qui revendiquent, continuent de traiter, de regarder leurs enfants, garçons, comme des princes, au détriment de la sœur, de la cousine ou des autres filles. Regardez bien et observez se qui se passe, si ce n’est pas déjà fait.
    Il faudra encore bien des années pour trouver une forme d’égalité, si les mentalités ne changent pas. Certains suicides ne consistent pas seulement à s’ôter la vie. Si nous ne changeons pas de cap là, après toutes nos manifestations, nos discours, nous allons tout droit vers un grand suicide mental, en plus de celui de notre avenir, de nos intérêts, de nos valeurs. Cessons de suivre les exemples médiocres. Il n’est pas trop tard, j’ai confiance.

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  6. C’est en effet le manquement des sociétés qui excluent, les sociétés capitalistes en font partie. Seules quelques rares sociétés tribales inclusives subsistent dans des coins perdus mais ne sont malheureusement pas prises en modèle pour ce qu’elles ont d’humain. Garder l’espoir qu’une politique de l’existence existe un jour me semble difficile…. Néanmoins merci pour cette lueur d’espoir.

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