Le cinéma est-il notre avenir ? Bric Lane market

Comme Camden, et d’autres lieux à Londres, Bric Lane s’emplit, le samedi et le dimanche, de petits marchés couverts, et noirs de monde.

Les magasins, petits et ouverts, s’installent chaque fois avec un air improvisé. On se croirait dans un souk, et pourtant nul retour à quelque commerce ancien: c’est l’avenir de l’hypercapitalisme qui se joue. Le vieux capitalisme figure ici comme un souvenir : il n’est plus qu’un local, ancienne usine ou entrepôt. L’heureux propriétaire des lieux se contente de les louer : en semaine, à des évènements, et puis le week-end, à plusieurs dizaines de commerçants, qui tous ont un autre travail la semaine durant.

Ces gens rejouent les colonies: tous ont l’air étranger, sauf les ruraux ou les artistes. Tous ont leur spécialité; l’étudiant cambodgien prépare ainsi le week-end des plats qu’il a vu de fort loin, mais qui doivent sembler typiques et naturels, voire organiques et sauvages à l’ensemble des chalands, qui sont des touristes d’une bonne partie de la planète. Face au monde entier, le monde entier vient se voir, ou plutôt s’imaginer.

Les prix sont modestes dans l’absolu, mais plutôt chers vu la réalité des coûts et surtout de la qualité, souvent médiocre des marchandises. Autrement dit, on achète ici plus cher ce qui semble venir tel quel du fond du monde. Le visage du commerçant est le label d’origine. L’algérien fait semblant d’être algérien. Le corse semble menaçant. Les bengalis n’entendent pas un mot de telle ou telle langue, et massacrent l’anglais.

Et ils ont bien raison, car ce qu’ils vendent, c’est le spectacle de leur pays, le temps que passe chaque passant à imaginer leur pays juste en les regardant.

Dans ces lieux, plus d’ouvriers, même plus un seul de ces ouvriers immigrés qui les avaient peu à peu remplacés. Ces immigrés, s’il y en a ici, sont devenus commerçants dans une sorte de film à grand spectacle, où il s’agit de faire imaginer leur pays à des gens qui l’ont si longtemps méprisé. Et c’est leur propre temps d’imagination qu’ils leur vendent sous la forme et le prétexte d’un objet d’artisanat douteux ou de cuisine maison. Le paysan, l’ouvrier et même le marché ne sont plus désormais qu’un spectacle dominical. Comme spectateur ou comme acteur, nous finirons tous au cinéma.

5 réflexions sur “Le cinéma est-il notre avenir ? Bric Lane market

  1. jouer un rôle……ici sur la toile ou dans notre milieu naturel
    qu’on le veuille ou non, il y a toujours des petits (ou beaucoup de) moments où l’on joue un rôle….y compris dans une file d’attente, devant un cinéma🙂

    Aimé par 2 people

    1. Ou des dessins animés! … Mais tout cela suppose que l’hypercapitalisme soit parvenu à ses fins de rentabilité par la déréalisation absolue. Mais ce n’est pas joué, d’autant que cela suppose la réalité de sujets spectateurs.

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