Pour aller au fond des choses 1 AVEZ-VOUS LA CLEF DE L’EXISTENCE ?

Exister, me direz-vous, c’est avoir plein de problèmes avec plein de choses. Mais alors, pourquoi n’essayez-vous pas sans les choses ?

Mais non, rassurez-vous, nul besoin de les détruire : il suffit de cesser un instant de les faire, ou même simplement de remarquer que c’est vous qui les faites.

Car pourquoi, au fond, y-a-t’il quelque chose plutôt que rien ? Mais parce que vous parlez ! uniquement parce que vous parlez… C’est la parole qui découpe les choses dans un fond qui sans elle demeurerait indifférencié.

Ce fond, très divers mais uni, indivis, indifférent, peut aussi bien se nommer le rien, parce que la parole n’y a pas encore découpé les choses, que l’infini, parce que la parole n’y a pas encore inscrit ses limites. Tout y est, mais rien n’y est différencié, rien n’y est défini. Par rapport à ce fond, toute définition est négative : il est le sans chose, le sans limite.

C’est pourquoi tous les mots pour dire et vivre l’infinie positivité du fond sont négatifs. La toute-présence se dit et se vit comme une absence. Il est l’absence de bruit, le silence, l’absence des gens, le désert, l’absence de sens, l’absurde, l’absence de tout, l’attente. Et l’on finit par croire qu’il est hors du monde, alors qu’il est simplement sous les choses.

Tous vos problèmes, vous les avez avec les choses. Toutes les solutions, vous les avez au fond, sous les choses. Car dissoudre toutes les choses dissoudrait tous vos problèmes : au fond, il n’y a pas de problème. De là, votre joie du bain, du lit, et de la marche. Toutes vos joies, au fond, viennent du fond et vont au fond. Car au fond les contraires, enfin, s’estompent et s’allient. De là votre besoin de silence et de musique, de solitude et de foule, de travail et de repos, d’espace et de temps.

Moins de choses et plus d’infini, voilà la clef de l’existence.

13 réflexions sur “Pour aller au fond des choses 1 AVEZ-VOUS LA CLEF DE L’EXISTENCE ?

  1. Car dissoudre toutes les choses dissoudrait tous vos problèmes ..dissoudre toutes les choses ? Comment vivre avec le vide? Se trouver n’Est-ce pas le faire aussi dans tout ce qui nous attire à travers les autres et des choses? Sommes nous condamnés à vivre en ermite pour donner de l’importance à notre vie?

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  2. « L’intelligence, à mon estime, inclut ce que l’on appelle par convention l’intelligence, qui naguère s’appelait la pensée discursive, c’est-à-dire la pensée logique eu égard à notre cadre de référence scientifique et philosophique actuel, mais elle inclut aussi, selon moi, l’intelligence au sens d’une conscience (*) générale, une conscience à un niveau non conceptuel et non verbal. Il nous faut les deux. Je pense qu’il est important d’insister dès le départ sur le fait que nous vivons dans de nombreux univers divers – et même, d’une certaine manière, incommensurables – au même moment, et que notre raison d’être (**) dans la vie est de faire pour le mieux non pas uniquement dans les deux mondes (car il y en a plus de deux), mais dans tous les mondes. […] »

    (*) Le mot anglais utilisé ici est ‘awareness’, qui peut également se traduire par ‘sensibilité’.

    (**) Le mot anglais utilisé ici est ‘business’, qui permet toute une palette de traductions.

    Cette citation d’Aldous Huxley est issue de son interview avec le psychologue Herman Harvey. Je souhaitais la superposer à votre texte pour en mesurer les variations de nuances et de perspectives.

    Votre propos contient, me semble-t-il, une lacune fondamentale, à savoir qu’outre qu’elle peut se décliner de mille manières et que ses déclinaisons actuelles les plus prégnantes sont sans doute aussi les plus pauvres, la parole n’est pas l’unique mode de langage. Si la parole segmente, en effet, n’est-il pas d’autres modes d’expression qui unissent sans pour autant s’inscrire nécessairement dans l’indifférencié et l’absence, encore moins dans l’attente ?

    Autre point de désaccord : si la toute-présence peut se dire, ne la voilà-t-elle pas ironiquement segmentée ? Quant à la manière dont elle se vit, elle me semble davantage relever d’une inclusion. Une inclusion sans rite et sans cerbères, qui ne requiert nullement le silence absolu (juste quelques gammes délicates et propices), confère le sens, et est ainsi la négation de l’absurdité des choses.

    Enfin, j’aurais pu souscrire à la proposition selon laquelle, au fond, « toutes les joies […] viennent du fond et vont au fond » s’il n’était les exemples que vous citez, qui peuvent tout aussi aisément, comme tant d’autres, relever de l’habitude, de l’endoctrinement, ou de la matrice sociale…

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    1. Je n’ai pas peur de l’indifférencié.
      La musique peut dire sans mot, et elle segmente moins.
      Mais je ne sais pas si elle est si loin du silence.
      Comme la poésie, d’ailleurs.
      Peut-être sont-ils parmi ces modes du langage
      plus respectueux et plus appropriés
      pour témoigner du fond,
      mais ils jouent aussi avec l’attente.
      Pour dire le fond, il faut un mode du langage
      qui n’ait pas peur du désert.

      Aimé par 1 personne

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