Unicité du mal et pluralisme du bien (Nous avons eu raison de manifester et de ne pas manifester)

L’actualité nous rappelle l’existence du mal, et d’un mal indiscutable. Le mal, c’est tout détruire, jusqu’à soi-même. C’est pourquoi le mal ne se limite pas au terrorisme, mais existe également dans les bombardements opérés par notre propre armée. La destruction des terroristes elle-même, si souhaitée qu’elle ait pu être et si rassurante qu’elle ait pu sembler, reste un mal, puisque, si nécessaire soit-il, un mal reste un mal, en sorte que tuer est toujours un mal. Le mal est toujours double et unique. Double, en ce sens qu’on n’est jamais méchant tout seul, mais toujours face à une méchanceté dont on tire prétexte et que l’on développe. Unique, en ce sens qu’il est toujours le même, y compris lorsqu’il anime chacun des camps en conflit.

Mais l’actualité nous montre aussi que face à ce mal unique, le bien est toujours plural, et même pluraliste. Par exemple, certains, parmi les êtres soucieux de critique et de résistance, sont allé manifester, et d’autres non. Les uns comme les autres ont eu profondément raison, car nous avions deux devoirs incompatibles : protester et rester libres de toute manipulation. La marche d’unité nationale a tenté de nous diviser, en nous plaçant devant le choix entre protester, mais en cautionnant une grande messe pro-Hollande, et rester libre, mais en se séparant de l’hommage et de la protestation du peuple français. Surtout ne nous opposons pas là-dessus.

Considérons plutôt que face au piège, nous avons à nous tous inventé une stratégie nouvelle, autant morale que politique : le pluralisme connivent. Car il y a plusieurs biens, et autant de devoirs. Pour les respecter tous, il suffit de choisir en équipe, afin que chacun puisse à sa guise respecter tel ou tel. Tous les devoirs seront respectés par et dans un groupe où chacun choisit lui-même le devoir qu’il préfère, ou juge le plus urgent. Face au piège tendu par la marche républicaine, ceux qui ont marché et ceux qui n’ont pas marché ont inventé et réalisé à eux tous, par leurs choix opposés, cette protestation lucide dont nous avions besoin.

28 réflexions sur “Unicité du mal et pluralisme du bien (Nous avons eu raison de manifester et de ne pas manifester)

  1. A reblogué ceci sur betadeuxdoset a ajouté:
    Le « pluralisme connivent » : une stratégie collective de la dispersion ?

    J’aime cette idée, que je comprends comme une invitation à être solitaire et solidaire quand bon nous semble.

    #pluralisme_connivent (à ajouter à mon abécédaire)

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  2. D’accord avec presque tout…. Je n’ai toutefois pas ressenti que c’était une « messe pro-Hollande » …. (même si je conçois bien que les communicants utilisent les images dans un souci de faire remonter F.H. dans les sondages, ce qui par ailleurs ne devrait pas tarder….

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  3. Un texte billet terriblement simplificateur, et largement tiré par les cheveux, reposant sur deux principes de base très largement erronés : 1- Le bien et le mal sont aisément identifiables, avec une frontière bien nette entre les deux ; 2- La marche était forcément un piège politique déposé sous les pieds du bon peuple par les suppôts du hollandisme. Un peu court…

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    1. 1 je ne crois pas que la position de contraires également fondés soit simplificatrice: elle serait plutôt trop complexe, voire peu compréhensile.
      2 je fournis une définition du bien, et je la crois supposée par notre condamnation des attentats: est mal tout ce qui détruit. Vous faites bien la distinction entre détruire et construire, non?
      3 quant à Hollande et le bon peuple, si vous ne vous êtes aucunement senti manipulé, c’est que vous faites confiance à nos médias, ou que vous avez la chance de figurer parmi les les onze pour cent favorables à notre président. C’est votre droit le plus strict, mais beaucoup ont partagé mes doutes, y compris parmi les manifestants, dont j’ai fait partie .

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  4. merci d’inventer, par vos mots et votre réflexion, le réel que nous vivons, de ces rassemblements qui séparent en ré-assemblant ce qui ne ressemble à rien, ou à pas grand chose, mais que nous vivons!

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  5. François Hollande… Peut-on vraiment critiquer quelqu’un comme ça ?😉
    La question du mal ici concerne hélas également le Droit. Le sort des preneurs d’otages et assassins présumés*, en ce que leur mort arrête toute instruction, viole le droit. La peine de mort est interdite en France et n’est pas rendue aux forces de Police… il y a donc aussi violence faite à l’Etat de droit. Or, les circonstances dans lesquelles ils sont morts nous sont rapportées par une unique version officielle et non corroborée par des photos, images, témoignages, etc.
    D’ailleurs tout le monde s’en fout, à part peut-être les Juges d’instruction qui avaient constitué des dossiers depuis des années sur ce réseau. On les prive d’une source de renseignements. Mais…. bravo à la compétence des forces de police…

    * »présumés » est un terme juridique et n’est pas utilisé à dessein de choquer, car ayant été « neutralisés » (terme policier pour dire « assassinés »), aucun procès n’établira légalement leurs liens, leurs culpabilités ou leur niveau d’implication etc…

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  6. Merci pour ce billet dont je partage une bonne part. Ce qui me semble court, mais c’est je crois terriblement difficile à traiter, c’est ce qui tourne autour d’une, des ?, manipulations. A dire qu’il y eu une sorte de stratégie pro-hollande vous courrez le risque que l’on vous range parmi la catégorie sulfureuse des complotistes. Je crois plutôt que certains, et pourquoi pas Hollande, surfent sur les événements pour en tirer bénéfice, et ce n’est qu’un début sans doute, mais presque on pourrait lui reprocher de ne pas le faire si c’eût été le cas et l’accabler encore davantage de cette incompétence à saisir l’opportunité politique qui se présente.

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  7. « Pluralisme connivent », je retiens car comme une coulée de miel ça descend plutôt bien :=) A rapprocher, même si ce n’est pas tout à fait le même registre avec « leadership collectif », difficile à traduire en français, peut-être « décider ensemble » ? C’est dans l’air en ce moment ces approches de consciences partagées, ces valeurs communes sur ce qui nous rapproche. Un monde où « tout serait bien » ou le contraire « tout serait mal » est quelque chose d’impossible objectivement, mais peut-être accessible subjectivement ? Comme disait Michel de Montaigne « jouis du présent, tout le reste est inaccessible »…;=)

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  8. Mais le leadership collectif décide-t-il pour d’autres? ===> C’est une formulation inclusive : les autres font partie du processus de décision, ou du moins devraient-ils y être invité. Grosso modo on s’éloigne du cadre actuel « démocratique » qui fonctionne sur une base de de 51/49 pour emporter les décisions, mais sur un trsè large consensus, 80/20 au moins. Ce qui oblige à l’écoute, à la discussion et aussi à la « dispute ». On est proche du « pluralisme connivent », ou plus exactemernt dans la même mouvance de l’intégration collective large et consensuelle.

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  9. Qui peut avoir unetelle majorité? ===> N’importe quelle assemblée ou communauté qui prend lapeine de s’écouter. C’est une écoute non jugeante, bienveillante et inconditionnelle. Cela demande aussi un effort pour dépasser les schémas collectifs de comportement clanique. Au niveau de la conscience collective, cela demande de dépasser le niveau de la « Horde »
    par quel moyen et à quel prix? ===> écoute et questionnement collectif avec epokhé sur les a priori. Il y a du boulot, pas simple et ça passe aussi par l’Education. Dans une optique « socratique » ce serait mieux ;=)

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    1. Vous émettez des voeux (d’ailleurs sympathiques)
      mais il y a bien peu de mesures significatives
      qui aient pu être votées avec une majorité de 80 %
      (hormis situation exceptionnelle, menace ou corruption)
      Je crains donc qu’une société démocratique
      ne puisse atteindre une telle unanimité
      en restant démocratique

      quant à Socrate,
      il a fait la majorité,
      mais contre lui…

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      1. Je suis complètement d’accord et réaliste en même temps sur le chemin qu’il nous reste à parcourir. C’est certainement parce que nous sommes encore dans une démocratie faussement participative (?) où les gens discutent sans chercher vraiment un large consensus. Si on peut s’imposer avec le minima (51%, voire 49∕3), pourquoi aller plus loin ? Il est dommage de constater que les grandes décisions qui impliquent plusieurs générations (énergie, économique, environnement, éducation, etc) se décident avec de faibles consensus. Pour l’Histoire, on se souvient encore des idées de Socrate, pas de celles des Sophistes… Il y a quand même une sagesse populaire :=)

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