En hommage à Rémi Fraisse : quelques questions à multiplier sur le pouvoir, l’Etat et la mort.

 

Peut–on commander

sans menacer de mort ?

Car cela,

que l’un fasse ce que l’autre dit,

n’est-ce pas le pouvoir ?

Or cela

est-il possible sans une menace implicite ?

Et si nous nous

moquions des premières menaces

de quoi nous menacer, sinon de la mort elle-même ?

Donc un pouvoir est-il possible

sans se fonder sur une administration de la mort

qui est seule capable d’exécuter la menace ultime ?

Mais tout cela n’est-il pas l’Etat ?

Donc

un pouvoir est–il possible

sans se fonder sur un Etat meurtrier ?

Max Weber définissait l’Etat

par un euphémisme resté célèbre :

le monopole de la violence

physique légitime.

Mais,

si l’on va jusqu’au bout,

on retrouve la définition de Canetti,

aussi claire et cruelle

que son objet :

comme

il le montre

si puissamment

dans la guerre,

l’Etat trouve

sa forme et son fond

en faisant un tas de morts :

l’Etat a pour fin fond un tas de mort.

Et son pouvoir se mesure

à la taille de ce tas.

Comment oublier

les pyramides et

les temples incas?

Comment oublier

Hiroshima ?

Mais

Alors

que faire

contre tout cela ?

Faut-il lutter contre l’Etat ?

Faut-il faire front, alors qu’il ne cherche que cela ?

Pourquoi ne pas essaimer ?

Pourquoi ne pas,

au lieu de tenir tête,

multiplier l’espace des têtes ?

Pourquoi ne pas

prendre

la parole,

multiplier la parole

la faire rebondir à l’infini,

comme dans une forêt où chaque chose parlerait

de cela et de tout le reste à toutes les autres ?

N’en n’avons-nous pas envie ?

N’en n’avons-nous pas besoin ?

N’en avons-nous pas

les moyens ?

mais alors

Qu’attendons–nous ?

15 réflexions sur “En hommage à Rémi Fraisse : quelques questions à multiplier sur le pouvoir, l’Etat et la mort.

  1. L’État devient-il le petit dieu d’une nouvelle forme de tragédie ? Ses édiles des agents suicideurs ? Dans le monde virant au morbide, la liberté nécessite d’être en lutte avec le pouvoir. Un pouvoir casqué, qui a une tête lourde et qui comprend peu.

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  2. Bonjour Jean Paul

    Attendons-nous réellement ? Et puis je crois que vous avez répondu dans une de vos questions « N’en n’avons-nous pas envie ? »
    Désolée, je n’ai pas de réponse toute faites! Mais la violence, la haine, la colère amèneront toujours la violence, la haine, la colère.
    On ne peut attendre de qui que ce soit, sauf de comprendre soi-même que le changement est dans notre comportement ainsi plus nombreux nous seront et plus vite nous trouverons le courage d’élire le bon gouvernement non assoiffé de pouvoir et d’argent!

    Il nous faut des personnes humbles qui s’inquiètent du juste.
    C’est très égoïste de voter pour quelqu’un qui nous promet monts et merveilles!
    Alors qu’en pensant aux autres, nous faisons de biens meilleurs choix.

    Je vous prie de m’excuser, voilà trois ans que je ne regarde plus la télévision. Je sais qu’il se passe des choses terribles en ce monde et ai décidé depuis la découverte d’internet que le seul moyen de changer les choses est de parler d’Amour.
    Le réseau est d’une violence extrême car nombreux l’utilisent en montrant des images plus horribles les unes que les autres!
    Nombreux croient protéger leurs enfants, mais c’est eux-mêmes dont il est question! Car tout ce qu’ils perçoivent de négatif, ils le transmettent inévitablement. Car un enfant, c’est très sensible et innocent.

    Sans compter, le nombre conséquent qui tombe dans la dépression!

    Parler de ce qui se passe et tenter de trouver des solutions, oui! C’est nettement plus constructif et amène ainsi l’être humain à réfléchir.
    La philosophie est selon moi, la forme d’évolution la plus approprié en ce monde.

    Avec toute ma tendresse,

    Valérie

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  3. toutes ces interrogations ne peuvent que faire couler beaucoup d’encre électronique …
    parler d’Etat c’est aussi parler de la responsabilité de l’Etat, non seulement de l’Etat mais de ses administrations. Mais quand tout est professionnalisé celà a t il encore un sens pour les personnes présentes à ces postes depuis fort longtemps ou que la fonction a infantilisé par rapport à la « mère » patrie ?
    l’Etat c’est quoi, un système où vivent des personnes, ne faudrait ils pas d’abord les responsabiliser, en commençant par les cadres et en les éduquant aux valeurs humanistes avant de les éduquer à la culture du chiffre, du profit, du capital et de l’autorité sans responsabilité …
    qu’attendons nous ? peut être les bases d’une nouvelle constitution …

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  4. Le décès de Rémi Fraisse occasionne chez moi une grande tristesse et n’est qu’une fois de plus la preuve qu’on n’ a rien compris et que la guerre et la violence sont toujours la seule réponse que l’on ait pour gérer un conflit.
    Lorsqu’il n’y a pas menace, il y a manipulation. Et je crois que nous en faisons l’objet chaque jour. Nous même pratiquons cette menace auprès de nos propres enfants. Merci pour cette réflexion importante, car elle gouverne notre monde.
    Multiplier la parole, pour convaincre que la vie vaut mieux que la mort. Et en même temps, comme disait Sully Prud’homme :
    Qui sait mourir n’a point de maître.
    Même dans l’acte de convaincre, il y a une menace déguisée. Maintenant, chacun pourra la légitimer dans le bien fondé de la démarche.
    C’est pour ton bien, dira-t-on. Plier, déformer, corrompre… Le pouvoir ! Le seul qui vaille la peine est celui de l’amour.

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  5. Ces quelques lignes m’ont donné fort à réfléchir, tant le sujet est pertinent, et je vous en sais grâce. L’état, le pouvoir, la mort, la parole, … mais aussi la vie.
    Comme si les réflexions suscitées ne se suffisaient pas en elles-mêmes, d’autres questions m’ont assaillies … à propos, par exemple, des plaisirs procurés par l’expression corporelle et l’exaltation de la transgression, mais aussi par le voyeurisme … Et j’avoue humblement que je me suis perdu.

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  6. Au risque de faire hurler je vais ici noter ma pensée. Je pense être impartial en relevant cela :
    Oui il est bien triste que Rémi y ai laissé la vie, car il était là, pour passivement, empêcher ce projet de se faire, pensant qu’il n’était pas juste. Il avait le droit de démontrer sa pensée, droit que nous autorise notre pays.
    Mais en se mettant face à un tel projet et les forces de l’ordre, il était évident que cela ne pouvait perdurer, car il y a des enjeux derrière celui-ci. Chaque partie dans cet événement à de bons et de mauvais arguments.
    Il est bien qu’il y est des personnes qui essayent d’arrêter ou de modifier des projets qui ne sont pas forcément positif. Mais il est évident qu’en participant à ce mouvement, il y a prise de risques. Celui, certes de se faire malmener mais aussi de faire un séjour en prison, ici hélas cela a coûté la vie.
    Quoi qu’on fasse ou qu’on dise il y a toujours une répercussion, le risque zéro n’existe pas. Aujourd’hui c’est un de nos jeunes, hier c’était une personne des forces de l’ordre…
    Pour autant, je suis attristée du décès de Rémi Fraisse et je respecte la cause qu’il défendait. J’ai aussi une pensée pour ses parents, sa famille, ceux qui l’entouré…

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  7. Il y a une théologie du pouvoir et de ses instruments ; il est banal de parler de l’association sabre et goupillon, qui est devenue banque et groupements sectaires, plus ou moins occultes, agissant dans l’ombre, diffusant leurs morales, et leurs idéologies , comme on l’a vu dans ces définitions sur l’axe du mal . Tout cela crée une étrange ambiance sur la planète ; Est-ce que tout ceci ne signifie pas quelque chose de vraiment très profond, ancré dans la mémoire , comme l’idée d’un destin humain en jeu ? peut-être, une interrogation sur les liens qui fondent les sociétés, mais désormais sans aucune autre référence que l’homme et la nature, beaucoup plus mystérieux que ce qu’on a toujours voulu nous faire croire .
    En tous cas , merci pour votre texte, et cet hommage à ce jeune garçon , mort pour avoir voulu vivre autrement . Je fréquente un peu les Zad , notre dame des landes, les mille vaches, et il en ressort en ces lieux, un esprit de parole libre, et d’échanges tout à fait extraordinaire, et simple. C’est tout à fait symptomatique d’un espoir qui veut s’exprimer .

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  8. J’adore votre texte et son questionnement🙂
    Pourquoi je souris? La réponse est dans les questions😉

    Il faudrait, appliquer le « principe » d’anarchie, dans le sens étymologique du terme : déjà c’est l’absence de principe! Aïe – L’absence de règles/lois, re aïe!! L’absence de gouvernement donc d’état, ouille ouille ouille !!!
    Remettre l’humain au centre et donc le respect de l’humain, donc de soi et des autres de façon parfaitement identique, équitable etc.
    Le rêve! L’utopie diront certains. On dirait bien que oui😦

    Mais si on décortique ce qu’il y a comme devise sur nos frontons rien qu’en France : « Liberté, Égalité, Fraternité » c’est bien le principe même de l’anarchie vraie (pas le truc dévoyé, révolutionnaire avec effets violents) On est Libre, mais tout le monde l’est !! Et pour que cela marche il faut tous se considérer comme frère … oh là!!

    Vaste programme qui va au-delà de la politique telle que pratiquée, de la philosophie telle qu’enseignée, au-delà de la religion, Il englobe le tout dans l’unique = « soi » tel le maillon, semblant ridicule et inutile, d’une chaîne renforcée de chacun de ses maillons. Arrêter d’attendre des autres, donc de l’état et l’état n’aura plus de raison d’être. Lutter contre l’état, bof! Contre soi-même oui!!
    Mais on est faignants, trouillards et j’en passe (je me mets dans le lot😉 ) d’où l’Utopie décrite plus haut… pourtant si on voulait C’est d’une simplicité !!!! Mais quand ça veut pas, ça veut pas…

    J’arrête sinon je fais une thèse et depuis l’antiquité il y en a eu des quantités !!😀

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