Le cogito comme révolte. Voici une nouvelle interprétation du cogito : j’existe quand je veux !

Le cogito de Descartes n’est pas la découverte d’une évidence logique capable de fonder les sciences, mais bel et bien l’expérience intime et joyeuse d’une nécessité éthique, capable de fonder une politique. Ce n’est pas un savoir mais une révolte qui naît. Son but n’est pas de connaître, mais d’exister. Ce n’est pas une phrase dont on découvrirait en la disant qu’elle est vraie, mais une phrase telle que la dire la rend vraie.

En un mot, le cogito est le moment de la décision d’exister, ce moment délicieux où nous comprenons enfin que pour exister, il suffit de le décider, à tel point qu’aucun pouvoir, si puissant soit-il, ne saurait nous empêcher d’exister si nous avons décidé de le faire.

On n’a pas assez remarqué, et encore moins souligné que, du Discours de la méthode aux Méditations, Descartes passe de la fameuse formule : « je pense donc je suis », à l’étrange répétition : « je suis, j’existe », qui ne contient plus aucune mention de la pensée. Il est donc particulièrement difficile de comprendre comment son ressort pourrait être l’évidence à elle-même de la pensée. Pour qu’il y ait là une vérité, il faut quelle provienne du fait même de la dire. Et qu’est ce qui dans le fait de la dire pourrait la rendre vraie, en dehors de la fermeté du vouloir ? Il faut donc comprendre que le fait de dire « j’existe » suffit à me faire exister pour peu qu’il y ait assez d’énergie dans le fait de le dire, c’est-à-dire si je le décide avec suffisamment de détermination, ou, comme dirait Descartes, de générosité.

Or il est remarquable qu’une telle décision annule les pouvoirs, qui s’avèrent incapable de l’annuler. N’importe quel pouvoir peut certes me tuer, mais non faire que je n’ai pas décidé. C’est même uniquement parce que j’ai fait la preuve de ma liberté et de mon existence qu’il est contrait de me tuer, si bien que le fait même qu’il me tue est la preuve de mon existence.

Le grand moment de la libération est ici l’interpellation du Dieu trompeur : «  qu’il me trompe tant qu’il voudra, il ne saurait faire que je ne sois rien tant que je penserai être quelque chose. » On pourrait croire que la pensée fait ici un retour décisif. Mais la première édition, en latin, contient une formule omise par le Duc de Luynes : « ego etiam sum » : « moi aussi je suis ». C’est-à-dire j’existe tout autant que lui, que ça lui plaise ou non, parce qu’il ne peut rien changer au fait que je l’ai décidé, même s’il me tue.

Pour peu seulement que je le décide, j’existe autant que Dieu. (Car la persistance du mot « trompeur », alliée au très louche « je ne sais quel) indique bien la persistance du Dieu trompeur censé avoir été remplacé par le malin génie). Dans la décision de la volonté, ma liberté m’égale à Dieu.

Pour exister, il suffit au fond de se révolter. Plus que théologique, le sens est donc implicitement, mais très lourdement politique. Que voulez-vous que le roi puisse contre mon existence, si Dieu lui-même est impuissant face à elle ? Décidez d’être, et vous serez. Vous et vous seuls pouvez décider d’exister, mais votre simple décision suffit. Révoltez-vous et vous existerez, car rien ne pourra ni vous arrêter, ni vous annuler.

6 réflexions sur “Le cogito comme révolte. Voici une nouvelle interprétation du cogito : j’existe quand je veux !

  1. Merci, Jean-Paul, pour cette merveilleuse interprétation de la pensée de Descartes… cela fait des années que je soutiens qu’elle est si mal interprétée, et tellement réductrice, qu’elle a conduit la nation entière dans les ornières, dont il est difficile de sortir.
    Passer de cette fameuse pensée cartésienne à l’existence, voire à la liberté la plus totale de l’être humain, voilà une idée que j’adore.
    Nombreux sont ceux qui l’ont prouvé, même au fond d’une prison, personne ne peut nous ôter notre liberté car elle nous appartient… entièrement

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  2. 🙂 ferai bien une référence à des hommes de terrain, m’en veuillez pas : Gandhi, Mandela, Luther King, triplement pour leurs actions en fusion de Pensée de Belle Liberté en Dépassement de Soi envahissant, contestataire, révolutionnaire….

    et si par le Je, je m’affirme, me positionne, encore faut il que je reconnaisse aussi le Tout, le Néant, pour Me Voir…dans ce miroir…
    et si …… »Dans la décision de la volonté, ma liberté m’égale à Dieu »…
    je découvrirai ma Liberté en une Vérité en Soi, à Être dans ma Dimension avec la Sienne ….Unique mais si Essentiel en Unité, offrant à mon existentiel un Sens…où je Suis aussi son essence ….en ayant connaissance qu’elle aura sa Limite, et d’ici là Tout se donner, tout offrir… Être Présent…
    si un peu méli mélo..ma philo ..mais la vôtre m’inspire, et voudrai en dire, mais je dois raccourcir … sinon … pffff…:)

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