De l’inexistence à l’existence ……… (article de Jérome Lebrun sur J.P. Galibert)

Le blog de Jean-Paul Galibert est une publication nécessaire. Discrètement (thème WordPress standard, simplicité de l’aspect graphique), il porte sur le réseau mondial une pensée singulière.  Il existe depuis bientôt 4 ans, a franchi depuis novembre 2013 le seuil des 5 000 abonnés, changé de nom en mars 2014 après plus de 400 articles publiés (des traductions en anglais, en castillan, en portugais, en italien). Ce blog change une nouvelle fois de nom, dimanche 14 septembre 2014. Jean-Paul Galibert continue d’y penser le vide très encombré de l’existence.

En mars dernier, le passage de l’inexistence à l’existence marquait une première modification : « jusqu’ici, j’ai souligné le noir, la part d’ombre, le silence, l’absence et toutes les formes du manque à vivre si souvent occultées. » Un premier changement d’angle qui affirmait la continuité du même questionnement, un nouveau point de vue sur le même monde. Le lexique s’élargissait, quittait l’ombre d’une métaphysique du rien.

La pensée du rien occupe le théoricien critique de l’hypercapitalisme. Comme une conséquence : après avoir déduit, avec rigueur, que notre système économico-politique nous pousse toujours davantage à donner ce que nous avons − notre temps, nos forces et jusqu’à notre imagination − en échange de quoi nous obtenons de moins en moins ce dont nous croyons avoir besoin à plus ou moins juste titre (cf. les Chronophages, éd. Lignes, 2014), la pensée galibertienne du rien semble changer de tempo. La conclusion que rien est ce qui existe et n’existe pas est dorénavant prémisse. La difficulté n’est plus d’appréhender la présence du rien mais d’en apprécier la valeur : « Je pose le rien aujourd’hui comme la saveur de l’existence, la riante palette de ses formes et de ses goûts. Car si tout est contradictoire, tout ce qui n’existe pas existe, en sorte que tous les manques, tous les fragilités, toutes les intermittences sont à verser au grand pot commun de l’existence », écrit-il dans son post du 4 mars dernier.

Autrement dit rien n’est rien. Et par conséquent le rien est bien quelque chose pour nous. Quelque chose de subtil, ni noir ni blanc et qui nous surprend de se trouver davantage dans le blanc de la page non écrite que dans l’obscurité de la nuit : « C’est le noir, toujours le noir, qui fait tout apparaître. Sans lui jamais rien ne se produirait sur la page impavide du rien. […] Et surtout ne dites pas que l’ombre est l’absence de la lumière. Ne voyez-vous pas dans la fadeur du blanc toutes les choses disparaître ? Et dans la dure noirceur s’avancer le relief, le village, le visage, la silhouette ? […] Ne nous extasions plus sur la beauté du mot « photographie », qui veut dire « écriture de la lumière ». Car c’est une erreur, ou un mensonge : c’est avec l’ombre que l’on écrit lorsqu’on photogaphie. […] J’ai ici même chanté le blanc, comme un pur rien, comme une base absolue, indispensable et tolérante, où tout peut être. Le blanc comme un écran. Autre erreur… lisez donc le blanc de ce texte ! »

une image sans appareil

On peut ne jamais révéler la pellicule photographique ou ne pas charger l’appareil que l’on utilise. On peut aussi photographier sans réellement produire d’image, simplement avec un crayon et un carnet. « Avez-vous un carnet ? Un petit carnet. Je l’ai toujours en poche, et souvent à la main. Pouvoir à tout instant y noter quelque chose change le regard qu’on porte sur les choses : il le ralentit, l’aiguise et l’alourdit. Le carnet rend le regard perçant. » (le 3 décembre 2013). Ascèse du curieux, le crayon pour écrire noir sur blanc est l’instrument minimal pour travailler sa propre acuité.

saveur de l’existence

Quel sens, au fond, peut bien avoir cette activité d’écriture ? Éclairer notre époque ne semble pas être le but de cette philosophie plus sérieuse que le sérieux de ce qui nous est hyper-médiatiquement asséné.

« Au fond pourquoi me soucierais-je du temps qui passe ? C’est son problème exclusif. »

« Être sans être, concilier en un point improbable tout l’avenir et le passé. »

Écho à cette définition de l’âme par Michel Serres (dans les Cinq sens) : « un quasi-point où le je se décide ». La saveur de l’existence implique un certain oubli du temps que l’on abandonne à ses paradoxes. Cette saveur implique aussi un certain délire : les pages se succèdent, révèlent la puissance de la pensée appliquée à toute l’existence… jusqu’à la présence des fourmis sur la pizza.

existence !

Et ce matin, un point d’exclamation s’ajoute à l’existence. Il s’agit toujours d’exister. Ce blog atteint aujourd’hui l’âge de l’exclamation. Créons ! « Le temps / sans doute est venu / d’insister sur l’existence / et de dire qu’elle n’est jamais / un fait, mais toujours une exigence », non seulement un désir et non seulement une exigence, toujours un impératif de création qui périme ce qui prive d’être.

 

Écrit parJérôme Lebrun,

Publié le dimanche 14 septembre 2014 19:01

sur  InRevue : http://inrevue.net/critique/sur-le-web/91-philosophie-de-l-existence

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