La vie est-elle roman, ou théâtre ?

Si la vie est indissociable d’une pluralité de narrations rivales dans leur égale possibilité, on pourrait penser que la notion cardinale pour la penser est celle de récit, en sorte qu’elle se résoudrait à une sorte de doute permanent sur le statut du narré, un jeu perpétuel entre roman et autobiographie. Le grand mérite du roman est de permettre un jeu permanent sur les points de vue. Le romancier nous fait entrer et sortir à sa guise des consciences, parfois de manière graduelle et comme indécise, et peut même nous faire adopter des points de vue que nul n’aurait pu avoir.

Il a aussi la possibilité de jouer à volonté sur les temps, qu’il peut comprimer ou dilater à sa guise, et quasiment sans limite. Cette latitude, qui est une des grandes libertés du roman, le rend peu apte à délimiter les scènes de la vie. Il fait de la vie un fondu-enchaîné, d’autant plus entrainant qu’il est moins susceptible d’analyse.

A l’inverse, le théâtre, et à fortiori le texte de théâtre, doit toujours répondre clairement à la question du lieu, fournir en permanence la liste des personnages présents, et surtout donner le plus clairement possible le découpage des scènes et des tirades. Le texte de théâtre, en raison de toutes ces contraintes, fournit un des meilleurs modèles de ce que pourrait être une analytique de la vie.

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30 réflexions sur “La vie est-elle roman, ou théâtre ?

  1. Parfaitement parfait ce que vous dites. Si nous lisons F.S. Fitzgerald et son Gatsby le Magnifique puis que nous passons à Pour seul cortège de Laurent Gaudé, nous accréditons votre thèse avec brio. Faites-moi plaisir, allez donc voir ce que j’en écris dans mes critiques de bouquins sur le blog que vous suivez. Vous fûtes mon premier lecteur et je vous en remercie. ce fut un grand honneur.

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  2. Merci beaucoup pour cette très intéressante problématique. Il me semble que le théâtre, c’est une situation, un conflit, une crise, et des forces en présence, comme souvent dans la vie, qui est avant tout une question permanente, une tension, et soudain le jaillissement d’une force, l’or d’une étoile

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  3. La vida (la mía, al menos) es un instante antes del relato. Un instante antes del lenguaje. Es el inicio de ambos. Desgraciados los que quedan atrapados en un relato, sea novela o teatro.

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  4. le téâtre: la notion du lieu, la listes des personnages présents, la decoupage des scénes… et si la vie se jouait principalement dans sa propre tête.
    qui dit que le lieu et la personne que je percois sont les mêmes que ceux que mon voisin percoit?
    le roman: jouer à volonté sur les temps… qui fait la notion du temps dans la vie? uniquement nous même. voir une journée dans la tristesse ou la peine versus une journée dans le bonheur.
    la vie, autant le roman que le théâtre, ou,… la vie, un concept qui le moment où je la nomme a déjà perdu sa propre signification.

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      1. ni l’un ni l’autre. j’ai cité vos mots.
        le temps, l’espace, cela sont des constructions mentales, je pense, qui nous aident à désigner quelque chose qui ne se laisse pas mettre en mot, donc pas designer.
        nous vivons ce paradoxe et il nous fais prendre conscience de notre vie.

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  5. selon moi, la vie est un théâtre, la vie est théâtrale, un roman c’est une intro un développement et une conclusion, l’existence c’est un Acte et deux puis trois etc jusqu’à la mort, avec des personnages qui changent et partent et se renouvellent, le théâtre on doit s’adapter à des choses imprévisibles, comme le jeu de la vie, ça arrive il faut alors faire avec, et composer même, un roman c’est plus stable et bien souvent ça termine bien : la vie c’est rarement une conclusion idyllique, enfin je regarde autour de moi c’est plus théâtrale que romanesque ! Tout pessimisme confondu le roman de la vie c’est l’autobiographie et encore, par contre tout ce qui la jalonne depuis la naissance c’est même parfois avec bonheur que l’on aime voir se baisser le rideau

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  6. Je vais probablement poser une question idiote (et qui en plus donnera l’impression que je n’ai pas lu vos précédents billets), en tout cas elle est très neutre: de quelle vie parlez-vous? S’agit-il de l’acte, ou de la mémoire de l’acte?

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      1. Désolé pour le petit jeu de mot, il était bien malgré moi, promis XD Donc par acte, je ne pensais pas de celui qu’on retrouve au théâtre, mais de l’action. D’ailleurs, je n’ai compris votre question, qu’après avoir médité un peu et rédigé une première ébauche de réponse au brouillon XD Au début, j’ai cru que j’avais dit une bêtise en qualifiant la vie / existence d’action … après coup, oui en fait c’était une bêtise, mais je vais peut-être retomber sur une nouvelle bêtise car je me dis à présent que la vie / existence est à la fois un acte (action) et un état (oui, je n’ai pas beaucoup avancé dans ma réflexion XD).

        J’en reviens à présent à ma question, en précisant ce qui l’a engendré, là où ma compréhension bute un peu. Vous dites, dans un billet précédent que la vie n’est accessible que par la narration, ce que je comprends : finalement les pensées, sensations, émotions et autres ne sont que le récit plus ou moins structuré du monde et de ses variations (la vie du monde) donné par le corps et plus généralement « l’inconscient » (je me méfie beaucoup de cette dernière notion, elle est un peu trop fourre-tout je trouve). Hors la narration est l’expression d’une chose déjà passée (mémoire) ou pas encore produite (spéculation), puisque le présent lui-même n’est pas accessible : il est déjà passé au moment où on le décrit (temps de réaction => il doit d’abord être narré à notre conscience avant que celle-ci se mette à le narrer à son tour). Du coup, la narration est l’expression de la mémoire de la vie, ou de sa spéculation, donc une image de la vie, donc une référence de la vie, donc une partie de la vie. Et quand je dis une partie de la vie, je devrais préciser que cette partie n’est pas propre à la vie, elle est plutôt commune à la vie et au référrant, et même plutôt propre au référant (puisqu’il peut modifier à son gré cette référence, ce récit). Donc, j’ai du mal à comprendre que la vie qui ne soit accessible [par l’être] que par la narration (référence), devienne narration (référence). Et de là vient ma question: parlez-vous de l’acte ou de la mémoire de l’acte?

        De plus, dans le présent billet, vous le rappelez fort bien tout ajoutant une nouvelle dimension (que je réalise en même temps que je vous écrit) : des narration concurrentes d’égales possibilités => donc la naration n’est pas forcément l’expression d’un fait avéré : l’histoire de la vie n’est donc pas la vie en acte (fait dans l’écoulement du temps) ou en état (fait dans l’instant ou l’absolu), mais la vie en puissance (potentiel, possibilité). Du coup, ma question devient subitement: parlez-vous de l’acte, de la possibilité de l’acte, de la mémoire de l’acte ou de la mémoire du possible de l’acte?

        Pour ce que j’ai dit quant au fait que la référence est plutôt propre au référant qu’au référé, vous le confirmez vous même en disant que le romancier nous mène là où il le décide : c’est bel et bien ce que peut faire le référant. Ce n’est donc plus vraiment la vie réelle dont il est question, mais plutôt la proposition d’un élément intérieur (car nous participons tous de la vie au sens global) ou extérieur (car sans rentrer directement dans la vie d’autrui, il nous faut au moins rentrer dans celle d’un autre référant pour en parler) à celle-ci.

        En fait, ma question aurait peut-être plutôt dû être : parlez-vous de l’acte, ou de la manière de l’approcher et de n’analyser ?
        J’avoue être parfois un peu lent à la détente et avoir dû mal à savoir où les gens veulent en venir ^o^ J’espère toutefois que ce pavé et ces questions ne vous importuneront pas ou ne vous sembleront pas impertinentes.

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      2. Il y aurait « la vie » et « vivre » ; ce qui induit que « la vie » ne serait pas toujours « vivre » , que la vie ne serait pas seulement narration ou analyse , … peut être que la vie serait pour certains tout simplement vivre .
        ?

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      3. Je me sens un peu idiot d’avoir posé la question ^o^’ Le silence est parfois préférable à tout discours.

        Et pour rebondir, je me demande si la vie ne serait pas plutôt accessible uniquement par le silence. Les mots après tout ne sont que des références à un connu qui n’appartient qu’au référant, et c’est la seule chose qu’il peut partager : des liens vers sa propre mémoire de la vie, sa propre vision en tout cas. Le mot « bleu » se réfère à une couleur … ou plutôt au vécu de cette couleur, qui lui est propre à chacun : un daltonien (mauvais exemple, c’est surtout pour parler d’une personne ayant une vision des couleurs différentes de la majorité), ne parlera pas de la même chose qu’un non daltonien quand il parlera de bleu (je ne parle pas d’un objet ayant pour caractéristique d’être bleu, mais de la couleur, de l’être « bleu »). Dans ce cas, la vie est-elle véritablement accessible par la narration? Je veux dire, sommes-nous véritablement capable de suivre les références vers ce qu’elles réfèrent (surtout si nous n’avons pas les mêmes capacités sensorielles que le narrateur*, ou moins d’érudition** au sujet de ce qui est narré)? Sommes-nous capables de voir la Lune lorsque le maître la pointe du doigt, ou regardons-nous plutôt le doigt? Et si nous suivons ces références, à quelle vie accédons-nous? Celle du narrateur? Ou plutôt la nôtre (par jeu de mémoire et spéculation)? Le narrateur nous emmène-t-il réellement là où il le désir, ou là où notre mémoire et notre imagination (qui se base sur la mémoire) nous le permet? Accédons-nous à la vie ou construisons-nous une vie parallèle? Qui façonne véritablement cette dernière? Ne nous éloignons-nous donc pas plutôt de la vie en cherchant à analyser/raconter la vie? Le silence aura peut-être alors au moins le mérite de laisser la vie parler d’elle-même, dans son langage propre, en nous intégrant à elle autant qu’elle s’infiltrera en nous (et pas juste dans la mémoire, mais également dans la chaire), donc de nous faire participer d’elle, de ce qu’elle est (action et état)? Parce que pour parler la vie, ne faut-il pas d’abord s’en retirer?

        * Si un requin (ou un serpent ou toute autre créature avec d’autres aptitudes sensorielles que les nôtres) pouvait parler notre langage (oui, ca va demander beaucoup d’imagination XD) et nous racontait la vie, qu’en comprendrions-nous?
        ** Petit crochet vers l’allégorie de la caverne

        PS: Désolé pour toutes ces questions, je suis un grand curieux. J’espère juste qu’elles auront selon vous un sens.

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  7. la vie serait bien une nuance de roman et de théâtre … liée à notre concept mental.., voir « généalogique, »
    l’âge, situation, évènements, etc … en tsunami ou platonique….entre ce qu’on était ou devenu…..
    et ferait de notre « plancher » sur papier toute la différence par le ressenti pour l’authentifier ainsi…..
    et semblerait être une évidence… d’être passé.. de l’un à l’autre…. à moins d’avoir été privilégié dès l’intro….

    quand à l’Ecriture….là incombe à l’auteur…. de faire fonctionner « son ressenti » et de le retranscrire…..au plus juste du Verbe….quelque soit la formule choisit, et sa réussite dépendra du lecteur, …de son « propre ressenti » romanesque ou théâtrale….pour l’impliquer….dans la stabilité.. ou dans l’engouement….d’imprévus…prévus… à cet effet….

    et comment situerait-on la vie en « poésie » ?

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  8. …et si je peux encore faire de la littérature, à faire concurrence à Dieu. Je crois que les Grecs avaient un mot pour cela, ils disaient : un démiurge. Est-ce qu’un écrivain n’est pas, d’une certaine façon, un démiurge ? (T.Djaout)
    – Je pense que nous voilà ramenés à notre propos du début. Je pense comme toi que l’écrivain est d’abord un créateur…le créateur d’un monde plus conforme à nos exigences profondes… Dans la mesure où celui que nous vivons nous heurte. Cela devient une question de définition. Le monde que le poète crée n’est crédible, n’est souhaitable, que s’il n’est pas absolument gratuit, s’il garde avec le monde réel des rapports tels qu’il emporte notre conviction. Quelqu’un…je ne sais pas exactement qui…a dit qu’écrire un roman ça consistait à mentir vrai.
    Entretien avec Tahar Djaout (poète, romancier et journaliste algérien) et Mouloud Mammeri ( écrivain, poète, anthropologue et linguiste algérien.)

    « Écrire un roman ça consiste à mentir vrai »…. J’ai fait mes recherches à la lecture de ce duo ou il est beaucoup question notamment de roman, d’écriture, de littérature et le théâtre ou jeu théâtral . C’est Louis Aragon qui avait utilisé cette tournure de phrase.

    Marie de Cœur, poète et auteur

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  9. A reblogué ceci sur Les Editions de l'Embellieet a ajouté:
    Côté cour et côté jardin
    Au milieu la scène
    Au-devant les manants
    Rideau !!!
    En coulisse : Pas d’artifices,
    Pas de personnages ou faux semblants,
    Pas d’applaudissements,
    Pas de sifflements…
    Derrière la scène : la vraie vie danse
    En inachevés romans ceux
    Des soupirs et silences
    Respectueusement !
    Marie de Coeur
    en impro sur un texte qui me parle bien Tintin !

    J’ai soulevé le rideau du silence,
    Nul son en apparence
    Simulacre seulement…

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  10. @Nabarha bonjour,

    Ne pas être désolé, non surtout pas ! Tant d’âmes sont déjà comment dire sans questionnement, végétatives enfermées dans un silence étourdissant qui a de quoi faire peur ! Se questionner et être curieux c’est être vivant ! Et moi j’aime et je ne boude pas ma joie… Nous sommes des êtres à jamais inachevés, toujours en construction, enfin en principe…disons que je me vois ainsi !

    Je connais le langage du serpent, oui, mais tu ne vas pas comprendre ce que par là je sous-tends et pourtant ! ( image et digression terminée… ;))

    « Le silence est parfois préférable à tout discours » : je suis assez d’accord avec ceci ou plutôt j’arrive à cette conclusion transitoire ou disons que le silence jalonne ma vie depuis longtemps, mais plus encore lorsqu’il faut taire et terre, en son repaire, pour mieux repartir, quand tout dialogue se rompt, de la futilité et de l’inutilité de ce qu’alors on pourrait nommer à juste titre « dialogue de sourds » ! Image forte qui résume tant de situations vécues ! Alors si le repos, ou disons la convalescence passe par cet état-là il est nécessaire de le vivre, nous en sortons toujours plus aguerri et plus fort ! Néanmoins, l’idéal reste toujours la voie du milieu (je parle pour moi s’entend aucune prétention, ni ajustement pour autrui, on le fit assez à mon encontre…) donc la voie du milieu se situe entre « silence » et « présence », entre j’écris pour moi pour être raccord avec le sujet présent et je positionne pour autrui comme tu le soulignes si bien au risque de n’être pas compris(e) puisque le narrateur, dans son vécu, dans son mentir vrai entre roman et théâtre joue ses chapitres ou ses actes, parfois accompagné d’autrui sous les salves ou pas d’applaudissements futurs ou en errance en plein désert, mais pourquoi écrivons-nous ? Positionnement que j’avais eu sur le réseau social un jour ? Il y a des réponses différentes et c’est tant mieux ! Que comprend l’autre dans les écrits ? C’est comme une peinture, l’affect est touché ou pas…Si pas d’échos il passe son chemin ou positionne son inverse avec courtoisie c’est toujours plus intéressant, mais ne rêvons pas… ! Ou bien quelque chose vibre en lui, car sommes-nous au fond si différents les uns des autres ? Ou quelque chose l’intrigue, ou il apprend, ou il devine, ou il veut découvrir et va plus loin ensuite…Tant de possibles…

    « Le silence aura peut-être alors au moins le mérite de laisser la vie parler d’elle-même… » Oui il est vrai, mais pas en continu, enfin il dépend de chacun ! Il y eut il est vrai des personnes qui décidèrent d’entrer en « silence » permanent se consacrant alors exclusivement à autrui et par voie de conséquence à eux-mêmes et à la vie !

    Je suis venue te lire hier soir tard et je reviendrai ! Belle journée à toi

    Marie de Cœur

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    1. Je crains surtout que ma manière de m’exprimer, un peu abrupte et affirmative soit perçue comme hostilité stupide, surtout que je ne suis pas philosophe ni même très érudit. Enfin, là j’ai encore le réflexe de me justifier, je suis incorrigible ^o^

      C’est vrai qu’il y a beaucoup de personnes qui semblent errer sans questionnement, ni curiosité, ni même passion en ce monde. C’est un peu effrayant d’ailleurs. Je me demande ce qu’il leur est arrivé (ou non) pour qu’ils ressemblent tant à des robots programmables, non-auto-programmable. C’est comme s’ils se voyaient finis … et je me regarde et je me demande si je n’ai pas un problème, car je suis dans l’autre extrême : je ne suis même pas commencé. Du potentiel, mais aucun effectif. C’est grisant pourtant, même vertigineux en fait … en puissance prend tout son sens! Et je pense comme toi que le monde et tout ce qui y est ne peut être achevé, finit. Rien n’est immuable n’est-ce pas? Et puis, s’il existait une chose finie dans l’ici-bas, ne serait-ce pas une perfection, puisqu’elle n’aurait plus besoin de rien changer, rien construire, rien déconstruire? Mais alors cette chose n’aurait plus la possibilité de mourir puisque la mort est une décomposition, un changement, est-ce que cela ne remettrait-il pas en question les lois de la physique (pour commencer)? Bon, là je m’égare ^o^

      Le langage du serpent? J’ai bien plusieurs idées qui me viennent, mais effectivement, je ne pense pas pouvoir comprendre puisque je ne suis pas toi. C’est douloureux d’ailleurs de ne pas pouvoir vraiment comprendre, d’être toujours dans l’interprétation, la croyance, surtout que tu piques ma curiosité triplement au vif : par l’expression elle-même, par ce qu’elle suggère, et encore plus par ce que tu dis ensuite, que je ne pourrai pas comprendre, c’est finement jouer! Une application positive de ce qui serpente? =D

      Le silence, le réel, en discontinu ? Je n’y avais jamais pensé. Je crois que je m’étais un peu trop égaré dans le « labyrinthe » à vouloir accéder, peut-être par caprice ou curiosité maladive, à ce qui m’est encore tellement inaccessible. Cela semble être une approche plus efficace. Cela me donne envie d’appliquer la discontinuité pour la contemplation, surtout que c’est « socialement plus vivable » (je ne parle pas du regard des autres, là il ne compte pas pour moi). Pour l’action en revanche, « entre silence et présence », résonne plus en moi. Je ne sais pas si ce que je vais dire est ce à quoi tu pensais ou s’en rapproche, mais ce qu’il ressort de moi à lire ces mots de toi, c’est que je pense aussi que la voie du milieu serait celle d’un silence dans la parole, d’un vide dans l’acte, comme cette sorte d’atmosphère de plénitude à la fois centrale et englobante qui naît, pour le regard extérieur, de ce jeu presque sexuel, fécond en tout cas, auquel s’adonnent ombres et lumières sur le lit des objets (avant imperceptibles) : lorsque l’ombre adoucit les tyrannies de la lumière pendant que les rayons transpercent les ombres possessives. Enfin, là je raccourcit énormément mon propos car ce serait fort long sinon, et malheureusement je le rend très flou par là même :/ J’espère qu’on aura l’occasion d’échanger à ce sujet. En tout cas, ca fait du bien de pouvoir se triturer un peu l’esprit, surtout si c’est pour baigner dans encore plus de questions : ca me rappelle à quel point le monde/vie est vaste et mystérieux, fascinant.

      Merci pour ta visite, les futures, ton commentaire là-bas, ton commentaire ici, et ta souscription, =D J’ai également fait quelques petites visites sur ton blog, et reviendrai assurément. Belle journée à toi aussi =D

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      1. Là ou tu crains une « hostilité stupide » je vois tant de vérités et si bien articulées ce qui ne gâche rien et me réjouis même si j’ai lu une fois ! Une réponse longue et argumentée que je vais relire….J’ai souri à ton propos là, ! Des mots, des évidences qui me font échos, me surprennent aussi pour un non philosophe, un non érudit…ôô mais alors comment pourrait-on dire ? Une vieille âme alors… ? A n’en point douter je le sens mais j’ai les pieds sur terre (moi aussi incorrigible je me justifie…lol). « comme cette sorte d’atmosphère de plénitude à la fois centrale et englobante qui naît, pour le regard extérieur, de ce jeu presque sexuel, fécond en tout cas, auquel s’adonnent ombres et lumières sur le lit des objets (avant imperceptibles) : lorsque l’ombre adoucit les tyrannies de la lumière pendant que les rayons transpercent les ombres possessives. » Dieu que c’est beau ! Je confirme que se masturber l’esprit est chose bonne et je ne boude pas ma joie également à nos échanges pour une fois qu’on ne me dit pas :  » Arrête, tu penses trop… » Ha ha ha….une petite dérision, un petit écart, moi, en ce silence quasi vaticanesque (lol) car je suis entre présence et silence et je te remercie pour cet échange que nous poursuivrons si tu le veux bien…bonne fin de journée à toi et à bientôt…
        Marie de Coeur

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      2. Bon, le sujet décidément me passionne, j’en frissonne et il m’es encore venu tant de questions! Désolé, je vais penser tout haut et cela risque d’être [à nouveau] un peu long (et il y aura malheureusement de la redondance même si comme les asperges, je n’aime pas ça).

        Posons d’abord que lorsque j’emploi le verbe « dire », je veux en réalité signifier « émettre l’hypothèse ». Donc, si je disais que l’être à trois états — l’être en puissance, l’être en stase et l’être en acte —, et si je disais qu’à la manière d’un hologramme chacun de ces états s’imbriquait — de manière à ce que le potentiel soit la stase de l’acte, la stase soit l’acte en puissance et l’acte soit la stase du potentiel (dans sa finalité du moins) —, faisant de chaque état un être (au risque de nous donner le vertige, et si je disais que le silence est à la parole ce que le potentiel (plutôt que la stase) est à l’action, alors ne pourrait-on pas dire — puisque le potentiel engendre l’acte qui s’éteint en stase qui ramène au potentiel, donc trois mouvements, trois variations (plutôt paradoxale quand on s’appelle stase) —, qu’à la fois cette phrase est horriblement longue et qu’il [le silence] est plus capable de transmettre la vie [phénoménale donc descriptible] (par émergence spontanée) [que la parole]?

        Oui, mais voilà, si le potentiel engendre l’acte, le silence engendre la parole, et en disant cela je me rend bien compte qu’effectivement on en passe toujours par la narration, comme si la conscience amenait irrémédiablement une séparation d’avec la vie, comme si elle devait contenir en elle la mort (transition acte -> stase), comme si pour fonctionner (agir, fournir l’acte) elle devait d’abord passer par un état de stase plutôt que de se maintenir dans la spontanéité d’un potentiel qui trop secoué façon orangina, pour pas que la pulpe elle reste en bas, s’éjacule (parce que c’est vachement fécond un potentiel) comme semblent pouvoir si bien le faire animaux et nouveaux-nés. En cela, la conscience est-elle une nouvelle réorganisation du cycle décrit dans le précédent paragraphe?

        Et pourtant, les mots maintiennent la séparation, la stase, car il faut bien accueillir d’abord pour interpréter ensuite (l’acte engendre la stase qui plus est), et l’interprétation n’est pas une stase mais un acte, contrairement à l’inspiration qui une stase et permet de puiser dans le potentiel (ou plutôt de le laisser s’exprimer) … alors est-ce que les mots auraient sur la conscience (en stase) ce pouvoir d’y faire écho pour qu’elle devienne inspiration (deuxième phase de la stase), comme un caillou qui ricoche sur l’océan du pas encore là pour que ça vienne enfin? Si oui, alors ce n’est pas la narration qui directement permet l’accès au contenu de la vie. Elle serait plutôt une suite de commandes (les sèmes), et le narrateur serait un genre de programmeur de conscience … d’ailleurs, ne nous suggère-t-il pas finalement des injonctions sous forme de descriptions (pas toujours)?

        Bon, là j’ai rendu mes neurones pneumatiques et je risque de terminer sur « une clope et puis dodo ». Donc, ne voulant pas [trop] être un goujat fini, et ayant déjà préparé le terrain avec mon petit modèle freluquet bricolé à partir du trinaire [de l’alchimie] taoïste (Nature-Logique-Forme (Sei-Ri-Kei, en japonais -> je l’ai mis en japonais car seirikeidô signifie alchimie, ainsi la boucle est bouclée)), je vais essayer de compléter ce qui m’était venu l’autre jour sur ton « entre silence et présence » (j’adore cette formulation). Si on part du principe d’une holographie de l’être et de ses états (axiome cher aux alchimistes d’ailleurs, mais plus que) et qu’on continue sur cette définition trinaire des états de l’être (même si ca reste un peu pauvre et bancale), alors tout acte ou présence (qu’elle soit stase ou acte d’expression radial de l’être — comme une fausse stase) ou parole, contient en soi le potentiel ou silence (en même temps, si on accepte ce trinaire, le silence est l’essence même de la parole puisque le silence y est définit comme étant l’état potentiel). Hors, si le silence est l’essence de la parole, toute parole contient du silence (holographie), et donc cet entre-deux, cette transition rendue figée dans le temps, serait l’instant exacte ou le silence franchit l’absolu pour se plonger dans le relatif (le monde concret, celui des choses comparables entre elles) et ainsi devenir acte (parole) : la frontière, encore et toujours (je sais, je fais une fixette sur la notion de frontière ^o^). Reste à savoir comment y parvenir à cette frontière.

        Je voulais aussi justifier le pourquoi du « central et englobant » : si le silence est l’essence de la parole, alors libérer cette essence ferait que le silence émanerait alors de la parole, donc central. Englobant, c’est plus l’impression que j’ai eu à chaque fois que j’ai perçu ce phénomène (qui si ça se trouve n’est que le fruit de mon imagination) : c’est comme si au moment d’atteindre la frontière transformant la puissance en acte (à partir d’un acte existant), ce qui était matérialisé, substantivé, cette réactualisation de l’acte/être, n’avait pas de direction (signification) particulière (toute en même temps) et ainsi l’acte/être semble comme rayonner le temps qu’une signification puisse contraindre ce qui fut plus tôt potentiel. Après tout, le potentiel d’une chose est forcément vaste puisqu’il s’agit de tous les états possibles de cette chose, et concrétiser ce potentiel, c’est comme faire du shopping : on sélectionne le produit qu’on veut, mais d’abord on flâne entre les rayons (inspiration).

        Bonne journée à vous deux, et merci pour votre écoute (et votre patience) et l’inspiration fourmillante que vous me donnez 🙂

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