L’ échange chronophage

Tout contre rien : telle est la norme de rentabilité de notre nouveau système économique. Dans un sens, il vous donne « rien » : il est l’hypercapitalisme, la promotion de tous les riens, depuis l’imaginaire jusqu’à la destruction. Dans l’autre sens, il vous prend tout : il est la chronophagie, le premier mode de captation, d’exploitation et de destruction de tous les temps.

La règle est simple : vous imaginez, et les chronophages prospèrent, riches à la fois de votre temps et de votre argent. Le plus rentable des échanges est ainsi instauré : les chronophages  conservent les deux termes de l’échange en vous laissant pour seule satisfaction que les termes soient équivalents, et les images plaisantes.

Nous proposons d’appeler « chronophages » à la fois les objets qui nous prennent du temps, et les personnes qui nous prennent notre argent. Le chronophage, c’est celui qui capte le temps que je passe à imaginer et me le revends : il se rencontre comme un objet, qui n’est rien sans un réseau, qui est contrôlé par un propriétaire. Plus on sacrifie à l’objet, plus le propriétaire bénéficie. Le chronophages est à la fois l’objet sacrificiel immédiat et le bénéficiaire ultime d’une rentabilité sans précédent. Le chronophage est ce qui obtient une rentabilité absolue par votre sacrifice absolu, et néanmoins plaisant, par la grâce de l’imagination.

Ce sont les premières lignes des Chronophages, à paraître les 15 Janvier, aux éditions Lignes

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10 réflexions sur “L’ échange chronophage

  1. Rien n’est moins immatériel que l’économie du numérique et rien n’est moins mystique qu’une marchandise. La première vend du rapport social visible issu de fermes de serveurs masquées, la seconde vend des objets visibles et dissimule un rapport social. Dialectique, tout est dialectique !

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  2. Jacques Ellul disait : « dans une société, quand on parle surabondamment d’une certaine donnée humaine, c’est que celle-ci n’existe pas… si on parle surabondamment de liberté, c’est que la liberté a été supprimée ». Dans son livre, le système technicien, il dénonçait également « le terrorisme feutré de la technologie » et « la dictature invisible ». Aujourd’hui nous pourrions parler d’esclave feutré, invisible. L’esclavagisme c’est voler le temps, la liberté et le fruit du travail des ilotes, autrement dit leur vie, pour engraisser les maîtres. Vos chronophages ne sont-ils pas les négriers du 21e siècle ? Certes ils n’ont plus de fouet dans les mains. En fait ils n’en ont plus besoin, ils disposent d’armes psychologiques beaucoup plus efficaces. Elles font accepter la condition d’esclave avec le sourire, elle permettent d’asservir, non plus quelques tribus conquises, mais une population mondiale. La multinationale est l’instrument de cet asservissement où l’homme doit céder sa vie, corps et âme, pour avoir simplement le droit de vivre. Mais quand l’homme perd son corps et son âme, il meurt.

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  3. L’imaginaire ne l’est pas tant que ça. Nous le croyons c’est exact mais, ne nous ne sommes pas éveillés par des fragments de souvenirs qui naissent d’une mémoire oubliée? Où de rêves inavoués? Ne nous sommes pas esclaves de ce qui fait que nous sommes un et multiples? Je ne sais pas..

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