préférez- vous essence ou évanescence?

Je suis hanté par l’essence. J’adore cette idée : la chose a beau ne pas exister, on ne se lasse pas de la réfuter ou de la définir par dérision.  On l’a toujours sous la langue. Les notions de la métaphysique sont à ranger parmi ces fantômes qu’on nomme si justement des revenants. Comme si, leur mort n’ayant pas réussi à les anéantir, ils revenaient sans but et donc sans fin.

Il n’y a pas de nature des choses. Le silence retombe enfin sur leur définition ; Elles ne cachent en aucun de leurs replis cette nécessité qui ferait d’elles ce qu’elles sont. Mais cette absence même veut un nom. Et pourquoi ne pas lui donner, comme mythe, comme illusion, comme vacance, le nom qu’elle s’est toujours donné ? Les choses ont pour essence leur absence d’essence. Leur évanescence.

Et ce perpétuel effacement de l’essence est pour nous comme une évasion, un évanouissement, comme une libération, un épanouissement. Car si nous avons une nature, c’est tout le reste qui nous est impossible. Et, à l’inverse, tout qui est possible, pour celui qui n’est rien.

Je peux toujours changer du tout au tout. Tous ces possibles sont ouverts par notre évanescence, et peu importe en ce sens quelle soit une absence de nature, ou son jeu perpétuel : dans tous les cas l’évanescence est une liberté de l’essence.

Dans cette définition par l’indéterminé, l’évanescence remporte une victoire ambigüe : l’essence n’existe pas, mais continue à nous définir.

5 réflexions sur “préférez- vous essence ou évanescence?

  1. Les parfums de l’être s’évanouissent plus vite que l’essence de la vie… et pourtant !

    Votre partage de ce soir plait à mon âme et nourrit de sens sa plume… Sans doute, parce que l’un de mes poèmes a pour titre « essence de vie » et l’un de mes recueils « évanescences essentielles »… et qu’un tanka « efflorescence » n’a pas encore trouvé ses pixels !

    Belle soirée et doux rêves philosophiques !🙂

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  2. J’aime beaucoup cette analyse. L’essence est peut-être en nous ce qui résiste indéfiniment quand on a consenti à tout perdre et que l’on atteint l’infinie liberté, dans un au-delà de la simple existence

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  3. L’essence nous trompe toujours, il est de son essence de nous égarer, de nous fixer à un terme ou à une signification. L’essence est désespérante et sans pitié. Elle nous rassure un temps dans la conformité d’une identité aléatoire et illusoire.
    Mais c’est vrai, pourtant on l’aime, l’essence, on aime sa configuration et son articulation sonore. Lorsqu’elle ne ressemble pas à l’ enregistrement administratif des consciences vagues, (l’essence à ce titre est un registre de population), lorsqu’elle s’écarte du caractère extensif, numérique et signifiant dans lequel elle s’enrégimente elle-même en y faisant plonger ce dont elle est la condition, lors qu’enfin lassée de la souffrance des hommes et de leur solitude, elle se nourrit des sens, alors l’essence est absence de contours, de limites définies, elle n’est plus ce Terminal pour sans-papier, ce Sangatte platonicien pour les déshérités du sens, elle admet enfin, libérée des systèmes logiques, cette force intensive, ce regard infini qui s’absorbe dans les effluves du monde, c’est à dire du monde lui-même. Alors, douce et paisible, forte et tourmentée, l’essence s’évapore comme un après-midi d’été après les dernières verres du midi, elle s’évanouit et se repose, jamais plus requise à comprendre, à saisir ou à découper. Elle quitte l’étal sanguinaire de la discursivité pour se répandre au sommet des montagnes inquiètes ou à la surface des fleuves anciens, seulement vue par les pèlerins nus, avides de paix et de péchers.

    Mourant encore un peu plus de ce dernier pas, l’essence s’évapore en bordure du monde qu’elle cerne de ses brumes fièvreuses.
    A ce titre, et seulement à ce titre et si seulement nous le voulons, l’essence s’enfuit du monde et même de la totalité la plus englobante. Elle ne fixe plus, aérienne elle porte dans la chaleur infinie du sans-lieu les âmes qu’auparavant elle aveuglait.

    L’essence n’est pas à définir, elle ne définit rien. Elle est le vent qui porte les nuages à travers les choses.

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  4. Je pense que même le mot « essence » n’arrive pas à contenir sa multiplicité, son mouvement perpétuel qui nous échappe. Cela me donne l’idée d’une entité invisible (donc évanescente) qui « concentre » en elle-même plusieurs qualités qui, à leur tour, restent indéfinies, font partie d’un TOUT…

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