La fourmi, l’araignée et l’algue.

La ludique est la pensée qui se joue des contraires. Dès que l’on dit « c’est impossible », elle dit : « ça m’intéresse ». Ce qu’elle veut, c’est changer de point de vue. Au lieu de se demander ce que je pense du mur, elle se demande ce que le mur penserait de moi. Elle adore prêter la pensée, trouver des conseils dans les choses, ou dans les animaux, qui nous présentent tous les possibles. Lequel choisirons nous ?

La fourmi par exemple dit qu’il faut toujours choisir.

Imaginez une fourmi qui monte dans un arbre. A chaque fois, la fourmi est obligée de choisir sa branche, et d’abandonner toutes les autres. On ne monte jamais que sur une seule branche. Vous me direz que la fourmi peut toujours redescendre puis  remonter le long d’une autre branche. C’est parfaitement possible, mais sa trajectoire, demeure alors linéaire. La ligne de sa vie revient sur ces pas mais demeure parfaitement continue.

Cette fourmi est une image de notre vie. L’arbre, c’est l’arbre des possibles, c’est le jardin aux sentiers qui bifurquent de Borges : tout y est possible, mais successivement. Il n’y a pas de liberté plus grande, mais cette liberté nous condamne à un temps irréversible.

Bien sûr, nous ne vivons plus dans les arbres, nous vivons sur Internet. Oui, mais voilà : Internet est comme un arbre. A chacune des pages, des dizaines d’autres pages sont possibles, mais on ne peut jamais qu’en choisir une à la fois. Choisir, c‘est se réduire toujours plus à une série de choses faites, c’est échanger toute la liberté contre un peu de réalité.

C’est exactement ce que refuse l’araignée. Elle nous propose sa tactique : il faut rester libre en refusant de choisir.

Un choix, pense l’araignée, c’est une liberté qu’on assassine. Si vous avez des ennemis,  proposez-leur des choix. Car tout choix repose sur l’exclusivité des contraires. Et donc, sommé de choisir, votre ennemi va faire comme la fourmi : il va diviser lui-même sa liberté en deux, et il s’engagera, volontairement, sur la branche qu’il aura choisie, et ainsi de suite, jusqu’à se retrouver dans la cellule que vous avez prévue pour lui.

Dès que vous admettez que les possibles s’excluent, vous amputez votre liberté. Un véritable partisan de la liberté devrait être un adversaire du choix. Mais comment refuser de choisir ?

Alors que la fourmi, bêtement, choisissait une branche, l’araignée, patiemment, tisse sa toile d’une branche à l’autre. Non seulement elle refuse de choisir, mais elle fait  de son refus un lieu à vivre. Elle prend les branches incompatibles, et en fait le support de sa toile, qui est son gagne pain, et quasiment sa maison.  Le choix de l’araignée, c’est de vivre entre les possibles, d’attendre et de manger tout ce qui passe entre les contraires. C’est un peu comme si l’araignée disait « Je ne vais pas choisir l’un des contraires, je vais prendre goulûment tout ce qu’ils excluent.».

L’araignée, c’est l’animal des réseaux, qui vit de la toile. C’est l’animal qui tisse, qui vit du texte, l’inlassable tisserand immobile, l’écrivain. Elle pense que seul un texte peut relier les possibles qui s’excluent. Il suffit alors d’attendre pour que s’y prennent les objets réels, nourrissants et féconds. Le choix de l’araignée, c’est de retourner toute exclusion en une invitation à quelque fête perpétuelle.

Mais du même coup, elle reste entre les possibles. Est-elle heureuse de vivre sans choisir?

Heureusement, il y a une autre possibilité.  On peut choisir tout : c’est la stratégie de l’algue

Il y a toujours une solution tout autre, celle qui résout tout et qu’on n’envisage même pas, parce qu’elle est impossible.  C’est la métasolution, que l’on reconnaît immédiatement, car elle est aussi absurde que parfaite.  Ici la solution n’est pas de monter à l’arbre, ni d’attendre en bas, mais de devenir l’arbre.

Une métasolution, cela ne s’invente pas, cela se trouve. Tous les problèmes sont déjà résolus, mais tout à fait ailleurs : il suffit de trouver, quelque part dans le réel, l’impossible que l’on cherche. Rien de plus facile, par exemple, que devenir un arbre. Longtemps avant l’homme, la vie a pris la forme de l’algue, précisément parce qu’elle est absence de forme, et, donc capable de toutes les formes possibles.

L’algue est le jeu de forme par laquelle le rien est capable de tout, précisément parce qu’il est rien. La découverte date de Diderot et de son Paradoxe du comédien : « peut-être, disait-il, est-ce parce qu’il n’est rien qu’il est tout par excellence, sa forme particulière ne contrariant jamais les formes étrangères qu’il doit prendre ».

Diderot a ouvert la voie de la ludique, qui est l’inverse de la métaphysique. La métaphysique est ce qui part des choses pour nous mener au rien, alors que la ludique est ce qui part du rien pour nous rendre chaque chose. Alors que la métaphysique démontre que tout est rien, la ludique veut que le rien soit tout, et c’est cela le jeu.

L’algue est un jeu qui se reproduit, qui se dédouble et se reproduit encore. C’est la croissance d’un rien qui aurait décidé de tout être. Ultra rapide, comme un éclat. Un univers qui naît. Un bébé univers, qui est aussitôt immense. Elle est la vie, le vif éclat du rien. Et chacune des ses formes est une algue. Ainsi, elle peut prendre toutes les formes, comme une trajectoire qui, partirait à la fois dans toutes les directions.

Elle est explosante fixe, car elle refuse de choisir parmi les avenirs. Elle saisit dans chaque choix la possibilité extraordinaire, celle de tout choisir, de tout faire, et de devenir tout. L’algue nous donne l’idée, l’image et l’envie d’une liberté non exclusive, qui ne choisit pas un avenir contre les autres mais avec eux. Il ne faut pas choisir, il faut tout faire.

L’algue nous dit de rire de ceux qui veulent nous empêcher de tout prendre. Car tout est à nous, rien n’est à eux : leur richesse et leur pouvoir ne sont jamais que le temps qu’ils nous ont pris en nous faisant travailler ou imaginer pour eux, notre temps qu’ils ont accumulé au point de pouvoir nous le revendre sous forme de marchandise, ou nous en menacer, sous forme d’arme ou de pouvoir.

Faces aux contraires, l’algue ne choisit pas: elle se prolonge dans les deux directions, et prolifère, pour devenir tous les possibles. Elle est plus libre que le comédien de Diderot, qui qui joue successivement tous les rôles, car elle les joue tous à la fois.  C’est cela, la ludique : tout à la fois, et que ça saute !

Lorsque nous assumerons notre condition d’algue rieuse, nous pourrons enfin être à la fois tristes et gais, doux et cruels, solitaires et solidaires, jeunes et vieux, morts et vifs. L’algue est le plaisir d’être contradictoire, le bonheur d’être humain.

< Ce texte a été lu lors de la dernière nuit Remue, et publié sur Remue.net. >

25 réflexions sur “La fourmi, l’araignée et l’algue.

  1. « L’algue est le plaisir d’être contradictoire, le bonheur d’être humain. » mais passer son temps à apprivoiser ses contradictions peut-être épuisant. Un paradoxe résolu par quelque vieux sages ?

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  2. La solution de l’araignée est tentante , interessante….Théotiquement ,nous pouvons être « araignée » ,nous le voudrions…Mais avons nous encore la possibilité de tisser notre toile ???????Ne sommes nous pas cnditionnés à ne pas chercher à le faire ?
    Interessant billet
    F.

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  3. Quel gosse n’a pas, dans un accès de hubris et d’omnipotence, saccagé avec malice et satisfaction une fourmilière que ses occupantes avaient eu le tort de situer trop près du domicile parental ? Si je n’en tire a posteriori aucune gloire particulière, force m’est d’admettre que je me suis laissé aller à l’exercice. Or, face à mes bottes de tortionnaire, j’ai constaté que toutes mes victimes ne se trouvaient pas sur un pied d’égalité. En effet, à côté des ouvrières, ces trimeuses dont je me demande à présent si elles étaient rémunérées à la hauteur de l’ingratitude des tâches qu’elles accomplissaient, il y avait toute une tripatouillée de fourmis ailées, plus armées pour lutter contre mes assauts. Animé sans doute d’un esprit robespierriste précoce, j’ai décidé alors, en prenant conscience, de concentrer ces derniers sur ces dernières. Et là – une fois de plus, je suis au regret de le confesser –, c’était l’extase ! J’avais le sentiment d’agir comme un libérateur vis-à-vis des fourmis prolétaires que j’avais épargnées : pas une seule de leurs consœurs ailées n’a survécu. Pouvais-je me douter, à cet âge, que c’était précisément elles qui étaient chargées d’assurer l’expansion de l’espèce en s’envolant, au moment propice, les entrailles chargées des futures larves qui, une fois écloses, composeraient, à quelques mètres à peine de la première, le gros des troupes originelles de nouvelles fourmilières en devenir. C’est, autant le dire crûment, toute l’aristocratie que j’avais massacrée, une aristocratie qui, sitôt atteint le nouvel éden, était pourtant programmée pour se débarrasser de ses frêles ailes…

    Parler de fourmi est équivoque. Se rapportant à elles, seul le pluriel fait sens. N’en déplaise aux créateurs de Ferdy, cette tentative anthrocentrée de sensibilisation des enfants à la vie fantasmée des lilliputiens sur cette Terre, il n’y a pas d’individualité, de singularité, de fourmi. Certes, la nature concrétisant tous les possibles, il est envisageable que l’une ou l’autre de ces créatures se distingue de la masse par une forme de rébellion solitaire, mais ses chances de survie, dans ces conditions, sont minimes. En effet, point n’est besoin d’avoir lu Werber pour observer et constater que la société des fourmis est, sinon totalitaire – ce mot a-t-il un sens à cette échelle ? –, collectiviste et pyramidale. Les ressources y sont mises en commun et chacun y joue le rôle qui lui a été de facto assigné pour assurer la perpétuation et la prospérité de la société nommée fourmilière. A ces rôles, l’homme a attribué des titres et une importance variable qui trahissent sa propre perspective : la reine, supposée clé de voûte de l’ensemble, pourrait n’être, en effet, qu’une catin…

    Il est intéressant d’observer, par ailleurs, le mouvement de la piétaille en quête de provisions. Y a-t-il, parmi cette infanterie miniature, des lieutenants que rien ne nous permet de distinguer d’éventuels trouffions, ou simplement un surcroît d’énergie de certaines unités par rapport à d’autres ? Toujours est-il que c’est, au nom d’une certaine efficacité sans doute, laquelle tourne en effet le dos à toute une série de possibles, sous la forme d’escouades, de pelotons, qu’elles se meuvent, les éclaireuses –lieutenantes ou non, aînées expérimentées peut-être – sécrétant sur leur passage des phéromones qui guideront les suiveuses, pour qui le sentier est battu. C’est ce qui explique les courtes hésitations que l’on peut observer parfois chez ces dernières, qui aboutissent toujours non à des choix, encore mois à la résultante d’une hypothétique « volonté », mais à la mise en conformité de leur parcours avec la voie toute tracée par leur (grande) sœur, et toutes les autres fourmis qui les précèdent. La notion de choix utilisée dans ce contexte me paraît donc hasardeuse…

    A plus d’un titre, il me semble que nos sociétés humaines suivent le même schéma, pour le pire. A un titre au moins, la société que vous qualifiez d’hypercapitaliste s’en écarte, quant au meilleur : malgré l’individualisme de pacotille dont on ne cesse de nous rebattre les oreilles, l’architecture dans laquelle nous évoluons est profondément collectiviste. Rien, pas même notre intimité, n’est supposé échapper à la promiscuité de la fourmilière. La privatisation massive des ressources et des modes d’exploitation de celles-ci, depuis au moins quinze ans, n’a pas réduit d’un iota leur accumulation ; elle a uniquement réduit leur mise en commun, conférant un cachet de réalité à la pyramidalité d’apparat qui caractérise l’architecture de la fourmilière. En effet, les catins (l’aristocratie bourgeoise, si l’on préfère), si elles continuent de dépendre de la force de travail des ouvrières, ne se soucient plus, quant à elles, de leur rôle dans l’ensemble. En outre, elles ne se débarrassent plus de leurs ailes une fois arrivées à destination, mais les gardent, de sorte que si, par leur négligence coupable et leur intrinsèque inutilité, elles laissent décrépir une fourmilière entière, elles n’auront que l’embarras du choix pour en trouver une autre. C’est ce qui en fait des parasites, et ce qui peut, chez certains, raviver, à juste titre cette fois, l’une ou l’autre passion d’enfance…

    L’araignée est une antithèse possible de la fourmi : elle est essentiellement solitaire. C’est sa toile qu’elle tisse ; malheur à l’une de ses congénères qui s’y aventurerait. L’araignée n’est pas l’animal des réseaux (considérant ce que j’en ai dit, je serais plutôt tenté d’écrire que le réseau est, au contraire, l’environnement caractéristique de la fourmi…) ; elle est le réseau à elle seule. Et elle effectue bel et bien des choix : elle ne tissera sa toile qu’après avoir trouvé l’endroit idéal pour appâter ses futures proies, de préférence à proximité de plantes susceptibles d’attirer celles-ci, ou aux confins de buissons à forte densité de population. Ces choix, elle les effectue en fonction de critères donnés, qui limitent les possibles, ici aussi dans un souci présumé d’efficacité. Et si, en fait, c’était, les ailes en moins, en araignées aux toiles adjacentes que s’était muée l’aristocratie hyménoptère métaphoriquement humaine ci-dessus esquissée ? Si la quantité de proies que se réserve l’araignée est sans commune mesure avec celle des proies de cette dernière, sa technique, en revanche – les immobiliser vivantes dans un sarcophage (de toile) et leur ôter la vie à petit feu –, pourrait s’y apparenter…

    De la thèse de la fourmi et l’antithèse de l’araignée, l’algue serait la synthèse. Y aurait-il, dans les parages, comme un air de fumette, celle dont les douces et apaisantes volutes permettent d’entrevoir – à titre récréatif, bien entendu – le vaste horizon des possibles qui échappe à la conscience « première », prisonnière de la routine et du temps convenu ? Quoi qu’il en soit, le symbole, dont vous traitez à satiété dans d’autres articles sur votre blog, est séduisant à première vue, en son caractère polymorphe.

    Mais s’il est séduisant, la « promotion » que vous faites de ses qualités n’en brouille pas moins singulièrement la distinction fondamentale que vous établissez par ailleurs (ici, et dans « aux sources de la ludique : le paradoxe de l’algue ») entre ludique et métaphysique, notamment lorsque vous évoquez l’algue (dans « l’idée de ludique ») comme ferment formel originaire du vivant.

    Dans un autre article, qui porte ce titre, vous affirmiez que « l’ontologie est l’inverse de la métaphysique ». Au même titre que la ludique, alors ? Les deux se fondent-elles l’une dans l’autre, ou l’ontologie est-elle une pensée dont la ludique constitue une méthode (l’unique ?) ? Par ailleurs, même pour vous, qui êtes friand de paradoxes et de contradictions (ce qui est louable, dans toute pensée complexe), il semble très ardu de concilier, selon les définitions respectives que vous en établissez, dans le même article, métaphysique et ontologie, qui y apparaissent non pas nécessairement antithétiques, mais en tout cas incompatibles. En outre, en quoi la première démontre-t-elle, comme vous l’écrivez, que tout est rien ? Comment, à ce stade, le pourrait-elle ?

    Enfin, si « tout choisir, tout faire et […] devenir tout » est le mot d’ordre que l’algue nous inviterait à suivre (mot d’ordre, car tout choisir implique de pouvoir choisir de ne pas tout faire…), pourquoi choisir entre la fourmi, l’araignée et l’algue et, de manière plus large, entre les animaux (cf. votre interrogation en queue de paragraphe introductif), et qu’est-ce qui nous habiliterait à le faire ? Le seul choix, ici, ne se limite-t-il à celui entre la variété in globo et la linéarité du semblable (conforme) ? Choisir, au sein de la variété (ce qui n’est pas équivalent, à l’échelle humaine, à corriger, voire éliminer, certaines tares prénatales « déterminantes »), n’est-ce pas, en effet, renforcer l’attitude linéaire qui a mené à la domination sans partage de l’homme sur le reste des êtres vivants, faussant la sacro-sainte sélection naturelle de Darwin, puis à la domination de certains hommes sur les autres (cf. Ubik, de Philip K. Dick) ? Pourquoi et comment l’algue, attachée aux fonds marins (et donc pas aussi « libre » qu’un oiseau, ou même qu’un nuage) pourrait-elle, telle une référence unique, primordiale, résumer l’immense variété des possibles du vivant ?

    Question subsidiaire : dès lors que « les règles de la raison ludique sont des droits » (cf. « interdits logiques et droits ludiques »), cette dernière m’apparaît salutaire, mais permet-elle pour autant à la philosophie de cesser d’être uniquement « le commentaire d’un mode d’asservissement » (cf. votre article précédent, consacré à Agamben) si, parallèlement, cette ludique n’a que le rire à opposer à l’asservissement et qu’elle « se propose le plus accessible des buts : laisser le monde en l’état » (cf. « l’utopie par le rire ») ?…

    (NB : ceci annule et remplace le commentaire précédent)

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  4. En lisant ce texte, je comprends que la ludique est une pensée de la pluralité et (donc) un moyen d’échapper au(x) pouvoir(s) de domination : être libre, c’est refuser de devoir choisir. Ce refus est aussi un acquiescement. Mais je suis encore trop abstrait… Il faut que j’éprouve davantage ce que je crois comprendre.

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  5. J’ai su retrouver dans ces allégories existentielles les multiples formes que j’ai tenté d’épouser. Je dis cela non pas à la suite d’une caresse de mon ego, mais bien parce que je saisis la portée d’une telle déclaration et parce que je désirais vous faire part de mon respect le plus profond.

    Bonne journée!

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  6. Je peux choisir donc je suis libre ? Je peux choisir donc j’existe ? Un peu trop cartésien certainement. On choisit toujours et à chaque instant. L’araignée choisit de réconcilier les contraires. Elle choisit de ne pas choisir. L’algue qui a trouvé le moyen de s’offrir tous les possibles semble les obtenir au prix d’un certain immobilisme.

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  7. A reblogué ceci sur Live and Think and commented:
    Des frisson incessants sur cette route à double sens menant l’esprit au cœur et inversement. N’est-ce pas ça, faire vibrer l’âme ? C’est insensé : « Lorsque nous assumerons notre condition d’algue rieuse, nous pourrons enfin être à la fois tristes et gais, doux et cruels, solitaires et solidaires, jeunes et vieux, morts et vifs. L’algue est le plaisir d’être contradictoire, le bonheur d’être humain. »

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  8. Chercherait-il alors effectivement, cet odieux Dieu, à nous priver de liberté ? A nous inciter à nous laisser passivement porter par nos obscures sensations diverses, à renoncer à nous efforcer de comprendre ce qui nous entoure pour acquérir une certaine maîtrise dessus, à nous résigner au monde tel qu’il est sans chercher à le rationaliser et tenter de l’améliorer ? Son but serait-il de garder toute la puissance pour lui en nous enjoignant de nous en remettre aveuglément à lui ? D’ailleurs, son existence même ne nous rendrait-elle pas totalement impuissants, dans la mesure où tout dépendrait alors de lui, et rien de nous, dont la pitoyable raison serait en fait fondamentalement dépassée par tout ? Et pourtant, s’il avait vraiment voulu nous priver de liberté, Dieu, croyez-vous vraiment qu’il nous aurait laissé faire le mal comme nous savons si bien le faire ? Lui le tout-puissant, n’aurait-il pas été à même de faire des hommes doux comme des agneaux ? Bien sûr, qu’il l’aurait pu, puisqu’il est censé tout pouvoir ! Donc, à votre avis, pourquoi aurait-il pris la peine de nous créer alors même qu’il savait pertinemment (parce qu’en plus, bien sûr, il sait tout, le bougre) que nous allions commettre les pires horreurs ? Pourquoi, si ce n’est parce que, justement, plutôt que des agneaux (déjà faits,et même des en peluche, encore plus doux), il aurait décidé de faire des hommes libres (« à son image »), c’est-à-dire capables de choisir par eux-mêmes, tous seuls, sans la moindre programmation divine, entre le meilleur et le pire ? Comme un père absolument parfait, il nous aurait généreusement donné non seulement la vie, mais aussi les moyens d’en faire ce que nous voulons indépendamment de ses désirs à lui, de voler de nos propres ailes même si elles doivent nous mener plutôt à la chute. A nous de nous débrouiller (lui, maintenant, il se repose, vous savez bien).

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