Comment faire une justice avec deux injustices ?

Si vous donnez votre temps ou votre argent contre rien, cela vous semblera injuste. Mais si vous faites les deux à la fois, et qu’ils aient exactement la même valeur, cela vous semblera juste, car l’un vous apparaîtra comme  juste prix de l’autre. C’est l’illusion de tous ceux qui s’adonnent à l’un ou l’autre des écrans en vigueurs : le temps que vous passez à imaginer vous plait au point que vous payez pour l’effectuer, vous payez pour travailler.

La chronophagie a  découvert un nouveau mode d’exploitation du temps, qui est à le fois le plus complet pour le bénéficiaire, et le plus plaisant pour la victime. Les uns donnent deux fois, les autres reçoivent, et tout le monde est heureux, les uns parce qu’ils ont tout reçu, et les autres parce qu’ils ont donné la seconde fois exactement autant que la première. Un redoublement de l’injustice peut apparaître comme une justice, pour peu que les deux injustices soient perçues comme équivalentes et suffisamment inverses. Or la consommation est bien l’inverse de la production, et le loisir, l’inverse du travail. Il suffit donc d’établir entre ces deux activités une équivalence de durée pour que le temps qu’on nous prélève dans l’un puisse apparaître comme le juste prix du temps qu’on nous prélève dans l’autre.

23 réflexions sur “Comment faire une justice avec deux injustices ?

  1. « Si vous donnez votre temps ou votre argent contre rien, cela vous semblera injuste.  » sauf peut-être si c’est le chemin, le parcours qui est important pour vous… une sorte de militantisme « évolué😉 Je me dis cela en voyant l’exemple de l’encyclopédie Wikipédia qui s’est développée et s’est imposée en un temps record grâce aux dons en temps et argent de ces contributeurs pour une cause qui transcende chacun : la création d’un réservoir de savoirs… Utopique, peut-être… mais Wikipédia existe…

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    1. C’est tout le problème:
      le bénévolat est-il la solution, ou le comble du problème?
      En théorie, je ne crois plus guère à la contradiction:
      j’ai donc envie de dire les deux, ce qui complique beaucoup,
      à moins de vouloir se libérer par son oppression elle-même,
      ou du moins par une partie présentable du système oppressif,
      opposable à la partie la moins présentable…
      Merci, et à bientôt…

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      1. A l’échelle de la société, le bénévolat demeurera un pis-aller illusoire tant que, face à un pseudo-pouvoir politique focalisé sur la superstructure, qui s’écarte de plus en plus effrontément de l’idéal démocratique, méprise et réprime la contestation populaire et ignore les propositions cohérentes de « réformes » qui bénéficieraient à la communauté tout entière, il ne s’accompagnera pas d’une violence rationnelle et irrésistible dirigée avec méthode depuis la base contre les oppresseurs.

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        1. A moins d’avoir mal compris,
          j’ai envie de vous dire que Je n’aime pas plus
          votre violence rationnelle que toute autre violence.
          Le peuple n’a pas besoin de violence, il a le nombre.
          La violence vient donc d’ailleurs,
          mais de quel droit?

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      2. Je vous lis depuis plusieurs mois à présent et, sans vouloir paraître présomptueux, je me doutais que vous me répondriez cela. C’est une chose de ne pas apprécier la violence : par définition, elle est l’adversaire de tout humaniste qui se respecte. C’en est une autre de demander à ceux qui subissent quotidiennement la violence organisée (« rationnelle », elle aussi) du système que vous définissez comme « hypercapitaliste » que de tendre en permanence l’autre joue. Ecrivant cela, je pense notamment à feu Mohamed Bouazizi, à ses alter egos grecs de plus en plus nombreux, à ces familles que des banques rapaces sauvées du naufrage par leurs impôts notamment jettent impunément et en masse à la rue, en Espagne, en Grèce, aux Etats-Unis, tandis que des milliers de milliards de $ et d’€ sont parqués dans les paradis fiscaux. Je pense aussi à la répression de plus en plus musclée des polices anti-émeutes, même face à des manifestants pacifiques (Seattle, Madrid, Rome), ainsi qu’à l’application du « deux poids deux mesures » entre la criminalité des pauvres, particulièrement celle qui relève de délits dont s’est inspiré Hugo pour Valjean, et celle en col blanc.

        Face à un tel cocktail, qui trahit ouvertement, désormais, le refus, de la part de nombre d’autorités publiques, du dialogue avec le peuple, avec « la rue », et face aux vexations impérialistes autrement plus frustrantes qu’ont à subir toutes sortes de peuples localisés du « mauvais côté » de la barrière, face, enfin, à l’estompement de la notion de justice qui a fait dire à l’un ou l’autre responsable politique de premier plan, après un raid à moitié illégal au Pakistan, que Satan avait été liquidé par les shérifs et que justice avait donc, en toute logique, été rendue, je n’ai pas honte d’affirmer, en effet, que je préfère intellectuellement une violence réfléchie dirigée avec méthode contre la lie de l’humanité à une réédition épidermique d’attentats de masse qui coûteraient la vie à je ne sais combien d’innocents de plus, ainsi qu’à la répétition d’émeutes idiotes et irréfléchies, comme celle de Londres en 2011, dont ont eu à pâtir de pauvres hères qui partagent pourtant les conditions sociales des hooligans à la manoeuvre.

        Comprenez bien que je ne pratique aucun amalgame, que je n’esquisse les contours d’aucune catégorie particulière autre que celle composée des rapaces (des individus, donc) qui assument pleinement et font mettre en oeuvre par leurs valets les politiques qui mènent aux dégâts ci-dessus décrits,.et ont allumé les mèches cramoisies de l’essentiel des guerres récentes que le monde a traversées.

        Je l’ai écrit dans l’un de mes articles : le « Projet de Paix perpétuelle » de Kant m’a fasciné par sa candeur désarmante. J’y souscrirais sans réserve pour le temps présent si les conditions de l’atrophie générale de la violence étaient réunies. Elles ne le sont pas, malheureusement, en raison de l’arrogance d’un groupe restreint de happy few immensément riches qui impriment, depuis leur réalité parallèle (voir « Cosmopolis » de Cronenberg), leurs désirs mégalomaniaques et narcissiques au reste du monde, qu’ils pillent systématiquement.

        Or, face à l’uniformisation des options politiques « convenables », en matière socio-économique, quel poids pourrait donc revêtir « le nombre », étant entendu que je suppose que c’est aux élections que vous faites référence, les manifs bien encadrées n’ayant plus, comme je l’ai écrit, la moindre influence en la matière ? Je ne puis ici m’empêcher de tracer, toutes proportions gardées, des parallèles avec le nombre de sans-culottes face à l’Ancien Régime. Car c’est bien de cela qu’il sera, à courbe inchangée, progressivement question, selon moi, sous des atours modernes et dans un contexte de post-répartition des richesses, de post-Etat-Providence, qui tourne le dos au bien commun général. Prend-on, pensez-vous, suffisamment la mesure des conséquences de la suprématie de plus en plus affirmée (et de plus en plus soutenue politiquement) des Übermenschen contemporains aux commandes de la vie des hommes « ordinaires », qui refoulent leur appartenance humaine avec tant d’aplomb ? Que vous évoquent, par exemple, la qualification de « serfs » utilisée, selon feu Aaron Russo, par Nick Rockefeller, pour décrire ceux-ci, à l’occasion d’une discussion amicale qu’il avait tenue avec lui ?

        Mais voici que des voix s’élèvent : « théorie du complot », les entends-je scander en choeur. Que nenni : ce serait trop simple ! Coalition tout ce qu’il y a de plus « humainement » classique d’intérêts marginaux dominateurs suffira amplement. Cela posé, à supposer que toute violence sociale soit à proscrire, comme vous le soutenez, et considérant que je pense avoir démonté en quelques lignes l’influence du nombre, que vous mettiez en avant par ailleurs comme la panacée (Démentez-moi si tel n’est pas le cas.), quel serait donc votre remède pour permettre aux sociétés de se défaire du joug (même relatif) d’une domination, en l’occurrence celle de la plupart des détenteurs du grand patrimoine ? Vous écrivez que vous avez envie de me dire que vous n’aimez pas plus « ma » violence rationnelle que toute autre violence. Mais la violence anti-sociale brièvement illustrée ci-dessus n’est pas un leurre. Comment proposez-vous, dès lors, de la contrer ?

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        1. Je suis en train de préparer un ouvrage là dessus.
          Cela prend du temps, car on n’a pas le droit de faire d’erreur sur ces questions
          quant on mesure le prix des erreurs (devenues des horreurs)
          de nos prédécesseurs les mieux intentionnés.
          Pur le dire en un mot,
          toutes les idées sont bonnes
          lorsqu’elles rassemblent l’humanité,
          du plan le plus intime au plan le plus mondial,
          contre la rentabilité, l’hypercapitalisme, l’hypertravail.
          A nous, d’avoir des idées rendant le nombre capable de peser.
          Beaucoup de gens aimeraient agir sans savoir comment.
          Pourquoi pas une couleur, un symbole, un horaire, des lieux,
          des pétitions, des reblogs, des liens, des jeux?
          Je cois que nous manquons de mots communs,
          au plan interculturel, au plan mondial
          Nous manquons d’utopie, aussi.
          la gratuité, par exemple, nous attend.
          Un petit groupe, plein d’idées,
          pourrait faire de grandes choses
          simplement par ses idées.
          Si nous boudons cet effort,
          d’autres le feront,
          mais ce sera contre nous.

          Je vous lis toujours avec un grand plaisir
          A bientôt

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      3. Qu’est-ce donc là que cette forme ? Celle du hasard ? D’une espèce d’hippocampe rabougri ? La représentation de la visqueuse arme à feu « charnelle » d’ExistenZ, peut-être ?

        Je ne sais à quelles horreurs vous faites références. En ce qui me concerne, je suis sevré contre celles auxquelles je pense. Et j’en viens à m’interroger sur d’autres. Prenez Cuba, par exemple (pas celui du film) : dictature sans embargo ?…

        Conscient des dérives intrinsèques des « bonnes intentions », qui ont sans doute le tort de concevoir une vertu absolue (encore qu’essentiellement subjective) appliquée à une créature par conception duale, je le suis aussi de leurs interprétations hâtives, perverses et erronées : si je détermine, moi, après réflexion et analyse, que la piste des cibles à atteindre trouve son origine dans le Dow, le Cac et leurs équivalents, plus interconnectés que jamais, comment pourrais-je empêcher un autre de se laisser aller, par pulsion, à choisir les cibles de son choix qui n’ont objectivement aucune part dans le cours du monde tel qu’il va actuellement ?

        C’est la question à résoudre, en effet, et la modification de fond en comble d’un enseignement antédiluvien dans son contenu, son organisation et sa structure, qui devrait intégrer uniformément (c’est-à-dire de manière égalitaire) les nouveaux supports, mais aussi favoriser la participation ET SURTOUT l’esprit critique, être le plus transversal possible et accueillir enfin plusieurs disciplines cruciales qui fondent le citoyen et la personne et y font jusqu’à présent défaut est à cet égard fondamentale.

        Est-il logique que l’enseignement secondaire, nommé « humanités » en Belgique, ne dispense pas ne fût-ce qu’une introduction notionnelle au droit, dès lors que la Justice est l’un des trois piliers officiels de toute « démocratie » ? Est-il concevable, pour vous qui êtes français, que l’enseignement secondaire de mon pays soit expurgé de toute philosophie ? Et, par conséquent, est-il souhaitable que ces matières, pour ne retenir ici que celles-là, n’effleurent JAMAIS, s’ils ne sont pas autodidactes, ceux qui, ayant la chance pécuniaire d’entreprendre des études universitaires par la suite, optent pour des filières qui ne les intègrent pas ?

        Pour autant, évacuer la question de la violence sociale, sans même s’autoriser à y réfléchir est-il philosophiquement pertinent (De toute évidence, vous ne le faites pas, puisque vous m’annoncez que vous publierez sur la question…), a fortiori si l’on est dépourvu d’alternatives claires, étayées et pensées (pas à elle, mais in globo, elle y compris)? Aurait-on pu mettre fin au nazisme sans violence rationnelle et irrésistible (comparaison n’étant pas raison en toutes choses) ? Ne tend-on pas parfois à oublier que, si elle est extrêmement confortable, innée même en ce qui me concerne (J’ignore votre âge…), la société pacifiée est une réalité de courte germination, par ailleurs extrêmement localisée (aux dépens d’autres latitudes et longitudes ?) ?

        « Pourquoi pas une couleur, un symbole, un horaire, des lieux, des pétitions, des reblogs, des liens, des jeux ? » vous interrogez-vous. Toutes ces propositions sont louables et elles ont tant ma faveur que je les ai toutes entreprises, comme tant d’autres de mes congénères « inexistants ». Mais se pose la question de la compatibilité des « langages » : doit-on s’adapter, si l’on veut faire mouche, au mode d’expression de son « interlocuteur » (en l’occurrence la rapacité abominable du système financier), au risque de se laisser soi-même progressivement transformer, ou demeurer, au contraire, égal à soi-même, « en hauteur » et positif, en toutes occasions ? La question se décline sans doute largement en fonction des spécialités de chacun.

        Quoi qu’il en soit, faire mûrir les esprits et les coaliser requiert du temps (individualisé, pour partie). Or, si la politique est oisive, l’argent et sa concentration vont, en revanche, très vite, de plus en plus vite. Ainsi, une chaîne de télévision belge rapportait il y a quelques jours que la nouvelle chaude tendance, dans les salles de notation, était le délit d’initié en secondes : plusieurs firmes spécialisées effectuent régulièrement, sur base d’une collection détaillée d’indicateurs économiques et de chiffres d’entreprises, des prévisions à court et moyen terme, qu’elles communiquent aux agences de presse à une heure donnée de la journée. Or, de nouveaux acteurs sont apparus, qui ont pour mission, au nom d’intérêts surpuissants, de payer les premières de confortables sommes pour bénéficier desdites informations quelques minutes ou secondes à peine avant les autres, de sorte qu’introduits en avant-première dans des réseaux d’ordinateurs surpuissants, ces derniers se chargent en une fraction de seconde, à l’aide de logarithmes hypersophistiqués, de rapporter parfois des centaines de millions aux employeurs des poseurs d’ordres concernés…

        Si, au moins, nous pouvions compter sur les adjuvants politiques progressistes classiques, ceux dont on se demande avec insistance comment ils peuvent continuer de recueillir le nombre de voix qu’ils recueillent, pour freiner certaines évolutions des quatre fers (au G8 et ailleurs), à défaut de réorienter la barque, et commencer à organiser la « recitoyennisation », la situation n’apparaîtrait sans doute pas aussi désespérante…

        Sachez que loin de bouder, je m’enthousiasme à votre idée. Mais vous savez comme moi que sans l’adoubement requis, point de salut à une échelle significative…

        Bonne journée !

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        1. Je suis d’accord avec bien des choses
          Je crois qu’il faut réfléchir à la fois
          aux fondamentaux: Qui contre qui, pourquoi, comment, vers quoi, etc.
          Au comment, avec quelques initiatives possibles
          au avec qui, et mettre en commun
          A très bientôt

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  2. Moi aussi beaucoup de mal à comprendre ce raisonnement. Relu trois fois…toujours rien qui accroche. Deux mots qui me décrochent : « argent » et les relents politico-sociaux du mot « exploitation »…Finalement le mot vérifié dans le dico : chronophage me retient. Il s’agit bien de la perte du temps qu’on juge trop long dans certaines activités. D’où ma réflexion :
    Faut-il attacher de la valeur au temps…Et si le temps qu’on passe n’était pas qualifiable ? Quantifiable certes, il l’est en mn, jours et années mais qualifiable ? Celui que l’on passe, jugé comme perdu injustement, peut avoir une valeur infime. Faut-il chercher des équivalences sur des quantités qui, en les regardant en dehors du sens commun, ne sont pas comparables ? Qui ne peut se rappeler d’un souvenir agréable et de la valeur immense qui s’y rattache ?
    L’intention est le ferment de notre action, et du temps qu’on estime utile d’y consacrer. L’argent est utile, il faut la gagner semble-t-il. Les nantis de naissance sont plutôt à plaindre s’ils restent dans l’oisiveté, ils n’ont aucune excuse de ne pas produire des choses utiles pour la société (puisqu’ils ont tous les moyens)… et puis un jour ils devront tout quitter, et là, papa ne sera plus là, comme tout à chacun !

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