Pour une résistance des existences : LA REEXISTENCE

Sans les relier, étrangement, le numéro de juin de Philosophie  Magazine nous offre trois grandes leçons de résistance de l’existence. Trois lignes, trois signes, trois voix pour suggérer des milliers de voies, pour exister à nouveau.

Julien Assange vit confiné. Menacé d’arrestation, réfugié à l’ambassade d’Equateur à Londres, le fondateur de Wikileaks présente son nouveau projet : il ne s’agit plus de provoquer la transparence des Etats ou des entreprises, mais de crypter nos messages en sorte qu’ils ne puissent plus les lire, les ficher ou les transformer. Face aux sociétés privées qui surveillent et conservent tous nos messages à des fins de délation ou de profit, il s’agit d’obtenir l’inobservable, l’infalsifiable, une sorte d’indélébilité de la signature qui garantirait l’éternité du texte.

Liao Yiwu est un poète dissident Chinois. Il a imaginé et décrit Tien an men quelques jours avant le massacre. L’expérience de la prison lui révèle un monde qu’il découvre en sortant être le sien. Il prévoit l’effondrement de la Chine actuelle, minée par la corruption des dirigeants et des entrepreneurs, prêts à fuir le pays avec ses richesses.

Boltanski ne se lasse pas de refléter le monde. Joncher de vêtements le sol d’un musée, c’est offrir aux enfants un riant espace de jeux, provoquer chez les adultes un profond malaise, suggérer aux asiatiques quelque vide originel. Cet usage intempestif des objets quotidiens touche à l’éternité.

Trois existences en quelques pages, que seule relie leur irréductibilité : trois leçons de résistance de l’existence. En deçà des surveillances, par delà les répressions, au-delà des dépendances, elles tracent des voies pour cette existence irrépressible, insoumise et créatrice qu’il nous faut reconquérir et réinventer.

Résistance de l’existence : on sent l’idée qui point et cherche un mot : ce sera « réexistence ». Car résistance est un idéal du passé. Il suppose une occupation et vise une libération, mais il conduirait à une enquête sur les origines nazies de l’ordre actuel que bien peu sont prêts à regarder en face.

Qu’elle soit personnelle ou culturelle, toute existence aujourd’hui est fascinée, captée, menacée de disparaître. Les classes sociales se tendent en classes vitales : les personnes et les cultures doivent se vendre ou disparaître. Cessant d’être un fait, l’existence devient un projet quasiment utopique.

Face à tout cela, la réexistence n’est pas seulement une résistance de l’existence. Elle propose une alliance avec le réel, pour une réelle existence. Elle s’annonce comme une époque, aussi humaniste et baroque, aussi libre et inventive que la Renaissance. Car elle ne se contente pas de refonder la culture contre les arbitraires des commerces et pouvoirs en vigueur qui nous empêchent d’exister. Comme la Renaissance proposait de sortir de la mort, la réexistence propose d’en finir avec l’inexistence.

www.philomag.com/

Advertisements

9 réflexions sur “Pour une résistance des existences : LA REEXISTENCE

  1. Ce que j’aime dans cette façon de nommer c’est ce que cela implique une reprise à son compte de l’existence, une manière de sortir de la soumission. Il me semble que cela rejoint ce que propose les créatifs culturels d’une certaine manière, non ?

    J'aime

votre réponse:

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s