Faut-il vaincre le mal ou le prévenir ?

On ne peut pas faire la guerre au mal, parce que c’est toujours lui qui gagne. En effet, même si vous parveniez à le vaincre, ce serait encore lui qui triompherait en vous, puisque c’est lui qui vous a suggéré le désir de le vaincre, et toutes les méthodes de la violence et de l’extermination. Le mal est si malin qu’il vous rend comme lui. Malignité du mal, si bien montrée par Levinas.

Il faut combattre le mal à la chinoise : ne jamais attendre qu’il dispose telle ou telle de ses guerres entre lui-même et lui-même, mais couper court d’avance, dès le premier indice d’exclusivité. Le mal est aisé à ne pas naître : il suffit de débrancher la moindre exclusivité. Bloquez le mal à l’état naissant, riez du simple projet d’exclure, portez directement la barrière au musée, égarez d’emblée votre code, planquez le filtre, brouillez la caméra.

Puisque personne ne peut arrêter la bataille, c’est l’idée de guerre qu’il faut périmer, et rendre ridicule. Le mal, de même, est invincible, mais il a un point faible : l’instant de son début, lorsqu’il n’est encore que l’idée du mal. Et l’idée du mal, précisément, c’est l’exclusivité. L’exclusivité est le mal à l’état naissant, le mal pris à l’instant même où l’on peut encore s’en dispenser. Coupons court, désamorçons, rions de l’exclusivité, et nous préviendrons le mal.

10 réflexions sur “Faut-il vaincre le mal ou le prévenir ?

  1. Bonjour Jean Paul
    Pourquoi le prévenir , si c’est pour qu’il vienne quand même ? Il vaut mieux le combattre pied à pied , sinon l’homme n’inventerait plus rien et ne ferait que subir
    Bonne journée
    Cordialement

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  2. Oui mais … depuis un petit moment, je me demande quoi faire du désir de vengeance qui survient à la suite d’un souffrance imposée par la force ou par négligeance ou par … je ne sais pas moi, par quelque chose d’extérieur à soi et qu’on a (à tort mais le plus souvent à raison) le sentiment de ne pas avoir mérité ? Je vous dirai d’avance que je ne crois pas aux vertus du pardon.

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  3. Bonjour, l’idée d’associer le mal au mot « exclusivité » plutôt qu’exclusion par exemple, est une belle idée. Pourquoi belle? Parce qu’elle rejoint les contrées de l’esthétique, c’est-à-dire peut-être du spectacle: ces phrases toutes faites qu’on entend souvent liées à la publicité et aux communicants, slogans décidés d’avance: « en exclusivité sur votre chaine » « dernière exclusivité du magasin »… Qui peuvent plus précisément servir à présenter un artiste, un film, un produit. Certains produits culturels sont exclus de l’exclusivité!! Plus rare sont les livres présentés ainsi mais cela existe aussi, encore plus rare une oeuvre dans un musée ou un artiste plasticien, etc. Ce que je veux dire par là, c’est que la culture et l’art qui se prétendent « sérieux » évitent il me semble, l’usage de la notion d’exclusivité. Pour moi le terme exclusivité sonne fort résonne dans un ampli proféré par un animateur de fête foraine et de supermarché. Mais quelque chose me gêne dans cette réflexion: comme s’il y avait une culture « haute » et une « basse » et encore une fois, que nous condamnions la culture populaire. C’est mal de l’exclure, … Je ne pense donc pas que nous puissions hiérarchiser entre intérêt noble et le reste. C’est pourtant ce qui continue d’avoir lieu, il me semble, lorsque le terme de résistance par exemple est utilisé par certains pour évoquer les forces de surrection d’une certaine culture par rapport à une autre (ouvrir un livre plutôt que le poste de tv – ne pas aller tchater sur internet). Je feuilletais récemment une revue d’art spécialisée et ses anciens numéros. Durant l’année 80, celle-ci consacre sa une de couverture au très jeune Guy Debord (c’est-à-dire présenté dans ses années de jeunesse). Puis des maquettes de ses batailles navales et ses cartes de la ville étaient reproduites. A quand une esthétique qui ne s’emploierait pas à réinvestir une terminologie guerrière? L’imagerie constituée autour de cet écrivain artiste alimente l’idée assez en vogue d’un art guérillero, qui agirait par surprise, qui s’immiscerait dans notre société par des coup d’éclats ponctuels qui chercheraient à créer l’événement, à rassembler sur la place publique, etc. Si j’étais honnête, je devrais vous en montrer des exemples et faire des recherches là-dessus. Renoncer à l’exclusivité, c’est renoncer à toute une façon d’être et de se comporter actuellement, jusqu’à l’idée même d’avant-garde. C’est s’opposer au jugement de mise à mort qui risque d’être prononcé à l’encontre de l’auteur de l’attentat de Boston, et à tous ceux qui, dans mon for intérieur, me semblent les plus éloignés de l’idée que je me fais de la culture. C’est donner une seconde chance au pire des ahuris de la planète et arrêter de croire que j’en suis exempt, de l’ahurissement. Si le moi se construit sur des différenciations, par exclusion d’un système à l’autre, alors le Mal est constitutif du sujet mais il n’est pas un universel: à chacun son mal, sa bêtise, ses étroitesses de vues, ses railleries, par conséquent, à chacun sa bonhomie, ses allégeances, son appréciation du réel, son sourire. Je me demande ce qu’en pense la psychanalyse (Freud – Lacan), existe-t-il une morale de l’analyse, une analyse du rire? « Bonjour, je viens vous consulter pour Monsieur Sourire »

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