Lancement d’un débat: le mal est-il le même pour tous?

Il est peut-être vrai que deux personnes dont les morales sont fort distinctes peuvent discuter éternellement sans parvenir à se mettre d’accord sur la valeur morale de tel ou tel acte que l’une juge être un bien et l’autre un mal. Cela au fond importe peu, car il est absolument certain que n’importe qui peut mettre fin à la discussion en les tuant tous deux. C’est très exactement cela, le mal pur. Un déchaînement de violence, qui supprime toute discussion possible, et jusqu’à l’auteur de la violence. Tant que deux personnes s’opposent, au fond, tout va bien. Le mal absolu, c’est quand tout le monde est mort. C’est ce mal absolu qui permet de mesurer tous les autres maux comme tels, comme autant de destructions partielles.

Tout détruire est le mal pur, la seule chose qu’il soit possible et nécessaire d’interdire absolument, c’est-à-dire universellement. Or le néant consiste précisément en un tel anéantissement, donc le néant est le mal. Nous ne voulons pas dire l’inverse, que le mal est le néant, comme si le mal n’était qu’un défaut de quelque Bien identifié à l’être, défaut qui le vouerait au non être. Nous voulons dire que le projet d’annihilation qui sous-tend la plupart des destructions massives, appelle nécessairement une condamnation universelle et absolue. Nous voulons dire que le néant et le mal sont tout à fait réels, et qu’ils sont, pour tous, la même chose.

25 réflexions sur “Lancement d’un débat: le mal est-il le même pour tous?

  1. Non, je ne le pense pas, le mal fait partie de chacun de nous et propre à chacun d’entre nous (pauvre mortel que nous sommes). De par notre éducation, nos valeurs, nos convictions, nos émotions, nos sentiments. Il n’est pas néant, puisqu’il est propre à la vie.
    Ceci est ma vision du mal et n’engage que ma personne, a chacun d’y méditer et d’y trouver sa réponse😉
    Bonne soiré

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  2. Je comprends votre perspective, à laquelle souscrira tout esprit sensé, mais je voudrais l’insérer dans un panorama plus vaste. Lorsqu’une étoile arrive en fin de vie, elle s’affaisse sur elle-même si, dans sa composition initiale, se retrouvaient suffisamment de métaux lourds. Ce faisant, elle devient trou noir, et ce trou noir ne se contentera pas d’engloutir la matière environnante ; il propulsera aussi à des distances impressionnantes des faisceaux d’énergie surpuissants, vecteurs de création de nouvelles étoiles. Or donc, est-ce là le néant ? Or donc, est-là le mal ? Si tant est que nous nous soyons collectivement affranchis du syndrome chrétien pré-copernicien et, dans un second temps, pré-galiléen, grande est la tentation de penser que ni la Terre, ni les Terriens, ni leurs structures sociales n’échappent à certaines forces cosmiques universelles. Pareille extension du domaine de l’analyse philosophique, à l’aune des derniers développements de la technique, me semble donc revêtir une importance toute particulière, dans laquelle la philosophie contemporaine – un jeune ami philosophe me le disait encore il y a quelques années – brille par son absence. Car, si la question du souhaitable est tranchée, est-il possible de « tout détruire » ? Et, dans l’affirmative, comment donc irions-nous l’interdire ? Pourrions-nous proposer froidement que, à de telles échelles en particulier, destruction est réagencement et néant, bien au contraire, fixation ? Si tel est le cas, quel est donc l’intermédiaire ? L’aspiration au bien, dans son acception humaine, est-elle conciliable avec « le mal cosmique » ? Peut-elle même le transcender par l’intelligence ? Et la socialisation suffit-elle à en expliquer l’ordre, « l’occurrence », l’émanation ? Ou n’est-elle elle-même qu’une résultante ? Et, dans ce cas, de quoi ?

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    1. Le mal, et donc le néant, sont strictement humains.
      la destruction n’y est qu’une extermination que se retient.
      en ce sens « tout détruire » est sans doute impossible,
      et pourtant bien l’intention du mal

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      1. Dans leur manifestation, leur perception ou leur qualification ? Quelle est (quelles sont) la (les) cause(s) de cette « extermination qui se retient », et qu’est-ce qui la fait se retenir ? Quelle est cette humanité exclusive ? Et si cet anthropocentrisme du mal est avéré (Le chacal ne tue-t-il pas par plaisir ?), comment qualifier la destruction / recréation cosmique, dans la perspective de l’humain ?

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  3. Je pense un peu comme Fanfanvaconsin, que nous possédons tous en nous quelque chose, que je nommerai plutôt comme des zones d’ombre. Non conscientisées, elles peuvent nuire et apporter beaucoup de souffrance.
    Mais j’aime aussi beaucoup votre idée d’anéantissement

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  4. Le mal est une chose, et la violence en est une autre, bien que la violence soit considérée comme étant mal! Le « mal » est une notion qui varie d’un individu à l’autre, d’une culture à une autre… alors que la violence est un mal de vivre, un cri de l’intérieur en réponse à un vide trop profond, que l’être qui l’exprime n’arrive pas à combler autrement que par la destruction.

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  5. Le mal existe, à croire que c’est le défaut majeur des humains pour s’auto-réguler, puisqu’il n’a plus de prédateur.
    Mais le néant, c’est rien…rien du tout. Le mal ne peut pas être affilié au néant. Le néant n’est ni gentil ni méchant!

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  6. De même que geneghys, j’ai du mal à concevoir le néant comme le mal, puisque le néant n’est rien et qu’il n’y a ni bien ni mal dans le néant. J’ai du mal à concevoir un bien et un mal absolus étant donné que tous deux sont relatifs aux perceptions, aux sensations, aux sentiments et aux valeurs des êtres vivants (encore que, il y a peut-être un mal et bien pour les cailloux). L’idée d’une morale absolue me semble dangereuse et difficilement envisageable. Un sadomasochiste (désolé pour cet exemple un peu risible) prendra pour un bien ce que la plupart considèrent comme un mal. Détruire les deux personnes qui s’opposaient dans votre exemple sera peut-être un bien pour ceux que le conflit empêchait de vivre en paix… Mais ce relativisme moral ne doit pas nous mener à l’absence de morale. En ce sens je vous rejoindrais peut-être puisque je considère le nihilisme comme un mal en ce sens qu’il est la négation de toute valeur. J’en profite pour vous dire un bravo pour « Suicide et sacrifice » que j’ai lu il y a peu et vraiment apprécié.

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  7. Le mal est-il le fait d’une volonté (quelles qu’en soient les causes) ou de l’ignorance ? Toute action visant à en réduire la portée dépend de la réponse à cette question. A l’ère de l’estompement, pour le pire et le meilleur, de la morale en Occident, comment imaginer une morale commune qui ne s’impose pas du haut en bas ? Que vaut, en effet, une telle morale décrétée qui ne requiert que l’assimilation et la répétition de principes imposés, laissant en friche ou annihilant la pensée individuelle ? L’Inquisition n’était-elle pas, après tout, un mouvement basé sur une morale ? Avons-nous besoin d’une morale contemporaine ? Mieux : la morale (déterminant défini), et l’implication de dépositaires qu’elle charrie, est-elle adaptée au temps contemporain, en Occident ? N’était-ce pas, au fond, le sujet du fumeux débat sur l’identité nationale qui s’est tenu en France à une époque obscure pas si lointaine ? Pour reformuler ce qui précède, convient-il, en effet, de passer au rouleau compresseur ce qui reste de ’68 avec l’objectif de retourner à un ordre patriarcal ou s’agit-il, dans la bonne compréhension de cet héritage affranchissant, de définir les moyens susceptibles, aujourd’hui, de susciter en chacun le développement d’une éthique individuelle, étant entendu que la somme de ces éthiques, si elle ne serait pas dénuée de contradictions assumées, devrait en revanche être exempte de tentation dominatrice, a fortiori annihilatrice, de ses composantes ? L’ampleur du défi justifie-t-elle qu’il ne soit même entrepris ? J’y pense, tiens : rude me semble la compétition, pour le titre de mal absolu, suprême, entre exclusivité (cf. l’un des articles précédents) et domination…

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  8. Je viens de terminer « La théorié Gaïa » de Maxime Chattam, un roman, même s’il s’agit d’une pure fiction l’histoire me fait penser au mal, dans l’œuvre le mal est dans le cortex, reptilien, l’homme est programmé à sortir le pire après un certain temps sur Terre… Au fait c’est génétique chez l’homme, un sens de survie… Bien, c’est juste un roman, mais il me fait réfléchir sur le mal.

    Si le mal est en nous tous, si nous sommes programmés à devenir des meurtriers le jour où la Terre a rejeté l’homme, nos instincts de survie ne sont que du mal d’après le livre, ou plus un pur instinct qui permet à un être humain de survivre. Donc ma question est : S’il est un instinct, s’agit-il vraiment du mal ?

    Mais le livre parle également des quatre types de criminels, le loup-garou qui ne peut pas contrôler ses actes, les autres jours il est normal. Le vampire est un manipulateur qui se nourrit du sang, pas nécessairement boire du sang. Le démon est comme le vampire un manipulateur, mais il sait jouer un rôle à la perfection pour satisfaire ses besoins. Le quatrième, Frankenstein est solidaire comme le vampire, mais ne peut pas vivre avec les autres, une bête solidaire…

    Sont-ils le mal personnalisé ? Je n’en sais rien, mais le sadisme chez le vampire et le démon me semble être du mal… Le plaisir de faire du mal à un être vivant devrait être le mal…

    Juste une réflexion après la lecture…

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  9. La encore vous opposez le mal au bien. Vous êtes dans le paradigme manichéen qu’on traine depuis le moyen âge. Le mal a sa fonction de détruire c’est mesurer par l’entropie qui augmente partout dans l’univers. 10% de l’univers est visible, 30 % matière noire qui attire et le reste qu’on ne connait pas : énergie noire qui repousse. Quelle est la fonction du bien ? Nous faire croire à la vie éternelle ? Il n’y rien à interdire, pas de mal à condamner (il aura le dernier mot de toute façon : la mort de l’observateur) seulement écouter comprendre et briser les catégories qui pèsent sur la morale, éviter d’en créer d’autres…tout un programme, un nouveau paradigme à inventer mais pour déraciner l’autre (le manichéen), on va avoir du mal (euh, non ! je veux dire ça va être difficile !)…

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  10. Bonjour…bien que je n’ait jamais poursuivit aucune étude en philosophie, de part mon simple vécu et en ayant si souvent méditer sur le sens de la vie, j’ose bien humblement laisser ce commentaire. L’existence du bien et du mal tel que les générations passées le conçevait, semble bien ne pas répondre à la réalité du monde actuel quelques fois! Le mal est-il le même pour tous? Non, évidemment…car chacun est différent et à ses propres valeurs et ses perceptions des choses et de la vie. Jamais les décennies de l’humanité ne pourront s’entendre et définir de façon juste et lucide ce qu’est le mal…car jamais ce mot n’aura le même sens pour chaque individu…donc, le mal ne peut avoir le même sens pour tous. Ce qui est à jeter aux abîmes pour l’un sera peut-être lumière pour un autre. Ainsi, le mal pourra continuer d’exister à travers les regards des gens…jusqu’à ce que le Mal ne soit plus, ce qui est une illusion! Très intéressant comme article…et tout le blog également! Merci.

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  11. Bonjour !

    Vaste débat !

    Cette question de ce qui est « mauvais » pour l’un pouvant être « bon », voire « acceptable » pour un autre, se retrouve dans le fameux court-métrage brésilien « L’ïle aux fleurs »(1989)de Jorge Furtado :
    http://pepscafeleblogue.wordpress.com/2013/04/23/notre-regard-surnotre-propre-regard/

    D’autre part, certaines réflexions sur le mal m’inspire celle-ci : le mal, ou « une part d’ombre », est-il propre, « naturel » à l’homme, dans le sens « d’essentiel », « d’indispensable » pour exister ou pour construire son identité ?
    Il semble que non. Jésus-Christ, à la fois pleinement Dieu et pleinement homme, et seul juste, « sans péché »(Jean 8v46), qui n’a jamais cherché sa propre gloire(Jean 8v50)-un indice sur la question qui nous occupe ?-le prouve.

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  12. Citation:pour moi, « être vrai », c’est avoir une cohérence entre ce que je pense, dis et fais. C’est également, et surtout, oser dire ce que je pense et qui je suis aux personnes en face de moi. Je ne dis pas que j’y arrive toujours, mais c’est ce à quoi je tends.Donc si je ne suis pas d’accord avec une personne, je trouve bien plus sain de le lui exprimer, plutôt que de la laisser dans le doute, ou la laisser croire que je suis d’accord avec elle si ce n’est pas le cas.Certaines personnes me reprochent cette franchise.Pour ma part, j’ai vu que les relations qui m’ont fait le plus souffrir n’ont pas été celles dans lesquelles les personnes disaient ce qu’elles pensaient, mais justement, celles où les personnes NE DISAIENT PAS ce qu’elles pensaient, laissaient croire qu’elle étaient d’accord avec moi, faisaient tout pour me faire plaisir, mais n’étaient en fait pas du tout en phase avec moi, et ont soudain complètement retourné leur veste.Pour moi, ça, c’est bien pire qu’une confrontation, ou que quelqu’un qui me dit ‘ là, je trouve que tu agis d’une manière étrange avec laquelle je ne suis pas en accord…’Ce genre de phrases, même si elle n’est pas forcément facile à entendre sur le moment, m’indique qu’au moins la personne ose me dire ce qu’elle pense, et que les contacts sont authentiques, et je sais au moins où en est l’autre.J’ai été confrontée plusieurs fois à des personnes qui me reprochaient cette authenticité, qui sous prétexte de non-jugement, n’acceptent aucune ‘contestation’, aucun avis contraire au leur, pas plus qu’elles ne se permettent d’exprimer leur éventuel désaccord à l’autre. Que pensez-vous de ça? comment vivez-vous cela dans vos relations?comment êtes-vous « vrai » avec les autres?

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    1. Intéressant mais hors sujet …Etre vrai pour le bouddhiste que je suis c’est savoir écouter l’autre et comprendre à travers ses mots qu’il souffre tout comme moi. C’est ensuite qu’on peut donner son point de vue, quand on a écouté l’autre. Bien souvent les gens ne font qu’écouter et ne veulent entendre que ce qu’ils disent eux-même.

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  13. Le mal s’appuie souvent sur des concepts ( par exemple la religion ), …. ce qui n’est pas conforme aux prétextes est mal… donc hérésie, excommunication ( qui dit bien son sens – ne rentre pas dans la communication )… inquisition, censure… etc…
    voir ce qu’en dit ce site: http://www.inquisition.ca/fr/serm/excommunication.htm : l’excommunication est un concept sociologique, qui apparaît nécessairement dès qu’on a des institutions.

    Le mal est dit mal, justement lorsqu’on n’est pas dans le « conforme »

    Il provient également de lectures et interprétations différentes différentes…même si la source est la même


    d’où mon texte: http://ecritscrisdotcom.wordpress.com/2013/06/20/le-livre-des-langages-rc/

    Le Livre – des langages:


    Ligne de conduite zigzag hésitant,
    Voyante convoquée, l’aire des paroles dites.
    Des paroles définitives, écrites, comme gravées dans le marbre.
    Ce sont comme les tablettes de la loi.

    Une épée suspendue au-dessus de ma tête.
    Ce qui est écrit, s’y lit comme vérité première.
    Chacun apprend à lire,
    Apprend le conforme. Apprend à se conformer.

    Il est dit que le Livre, les tablettes de la loi,
    Qu’on dit d’inspiration divine, sont là.
    Elles sont là… point à la ligne …
    Personne ne discute !

    Mais encore il faut s’entendre,
    Et sur la terre, bien d’autres langues cohabitent,
    Et la traduction hésite. les caractères diffèrent…
    Chaque langue existe, mais ne se sont point concertées.

    Et les livres ne disent pas tous la même chose,
    Et s’ils parlent, des milliers de bouches parlent.
    Mais pas le même langage… avec , chacun sa vérité,
    Et sa lecture inversée…

    RC – 19 juin 2013

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