Peut-on libérer tous les plaisirs ?

Michel Onfray, qu’on sait si prolixe, et même volubile, nous présente son œuvre, sa pensée, en 70 pages et une idée, l’hédonisme, le parti pris du plaisir. Mais peut-on libérer tous les plaisirs ? (…)

Pour Onfray, si l’on combat en nous toutes les formes d’interdiction arbitraire, tout le plaisir est possible. L’érotique sera solaire ou ne sera pas. Entendez que toute sexualité non violente est permise, sauf l’amour. Car l’amour, avec son lot de fidélité, de monogamie, de procréation, et même de cohabitation, est une réduction de nos possibilités de plaisir. (…)

Ainsi,  pour tout libérer, il convient toujours d’interdire ce qui nous opprime, ce qui, dans le cas d’une vie aliénée, peut interdire bien des choses que nous faisons, peut-être même avec plaisir, comme une vie de couple, mon corps tel qu’il est, ou ma libre création, fut-elle hantée par la mort ou le concept.

Onfray est attachant par ses paradoxes. Il pousse un cri de liberté qui ne va pas sans quelques interdits, voire quelques normes. Il propose de commencer l’altruisme par soi-même. Mais pourquoi une pensée serait-elle toute simple ?

(Ces trois passages sont extraits de ma chronique sur l’ Abrégé hédoniste de Michel Onfray, qui vient de paraître sur le littéraire.com. Pour lire le texte entier : http://www.lelitteraire.com/ )

17 réflexions sur “Peut-on libérer tous les plaisirs ?

  1. Il y a un détail qui me dérange tjs un peu par rapport à ce genre de questions (mais bon, ça se trouve aussi que je n’ai pas compris toute la teneur de celle-ci, admettons…), c’est que pour moi, la volonté de dépasser les interdits veut dire que ces interdits ne servent strictement à rien. Or, je me souviens très bien que, étant enfant, j’avais envie de finir tous les gâteaux, ma mère me l’interdisait. Ha ce qu’elle est méchante ! C’est ce que je me disais à l’époque car je ne comprenais pas encore le lien entre manger trop de sucreries et être malade après. A mon avis, pour la plupart des interdits (même ceux existants pour les adultes, c’est comme ça, il y a bien une raison pour laquelle ils existent et le fait d’être adulte implique justement de savoir patienter et accepter qu’on ne peut pas toujours tout avoir…

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    1. C’est la différence entre hédonisme et épicurisme (mot affreux s’il en est). En effet, l’épicurien accepte tous les plaisirs du moment qu’ils ne sont pas un frein à la répétition de ces mêmes moments de jouissance. Autrement dit, il évitera les excès auxquels se soumet l’hédoniste. C’est le principe de la modération. L’hédonisme n’a pas cette préoccupation des conséquences et peut vite conduire au dérèglement des sens et ultimement à l’autodestruction, mais c’est peut-être ce que l’hédoniste cherche contrairement à l’épicurien qui, disons-le, est assez bourgeois dans son approche. L’hédonisme est une philosophie de l’excès.

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  2. ..l’attente est un réel plaisir, démesuré par rapport à ce qu’on a tout de suite…. L’amour est indissociable de cette attente…et du plaisir.

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      1. Peut-etre *c’est* un condition de la liberte, parce que quand nous avons le libre arbitre, il doit avoir un choisir. Peut-etre quand il n’y a pas le choisir, il y a le meilleur liberte, ou le absence totale du liberte. Asservissement totale de chaque personne; au Bien ou le Mal.

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  3. Merci à Jean-Paul et Tahmineh d’avoir engendré le dialogue qui devient trilogue, avant d’être quadrilogue, multilogue et servir à nouveau, à créer une suite à penser et agir. Michel Onfray, Jean-Paul Galibert et Tahmineh orientent la réflexion sur l’opposition des permis et des interdits, instaurés en règles de vie, l’hédonisme en action, en moyen de circuler autour de ces règles dans la vie. Les limites sont montrées par chacun, visibles dans la construction et la destruction des vies. Mais quelles limites ? Le plaisir du dirigeant payé à prix d’or pour imaginer, anticiper, phantasmer la suite des mouvements économiques humains, selon un schéma à penser incomplet ? Le plaisir et le déplaisir de l’oeuvrant à qui l’ont donne ou retire ses sources et ressources hédonistiques ?

    Vous m’amenez à concevoir les limites des quantités de gâteaux et nourritures de tous genres, matérielles et immatérielles, en lien avec les limite des capacités digestives des corps constitués d’organes attirant naturellement les contentements, repoussant naturellement les frustrations. De la nature au monde social, vous trouverez des corps attirant les frustrations et repoussant les contentements, en inversion idéologique qui me laissent pantois.

    Voilà une fin de semaine qui sera riche en indigestion réflexive. A moins que mes foi-e-s soient capables d’y rebondir.

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  4. Du moment que tout ceci reste gratuit, spontané, et authentiquement partagé, où est la limite ?
    Accepté en pleine conscience, l’hédonisme peut-être un belle façon de finir une vie, une fois la reproduction assurée, la descendance devrais-je dire. Il suffit d’être d’accord pour le partager. La mise au point est essentielle. Et les remises en questions possibles, si cela parait trop compliquer de lâcher-prise aussi loin.

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  5. Vouloir abolir des interdictions ne fait que les renforcer. Être anti-quelque chose n’est qu’une façon de reconnaître, d’une certaine façon, la légitimité de ce quelque chose. N’ayant pas lu l’ouvrage de M. Onfray, je ne peux m’opposer à sa conception. Cependant, je trouve cela effroyablement limité de considérer que le couple est une interdiction, une limite, une réduction des possibilités de plaisir. Peut-être est-ce vieux-jeu de dire cela, mais il y a au contraire un plaisir intense, infini même, une véritable libération dans le couple, dans l’amour, s’il peut s’épanouir et n’est pas une vague monotonie, un train-train ennuyeux. L’amour est, à mon sens, aussi créatif que l’art (peut-être est-ce même un art) : il permet d’être, d’exister, ou du moins de sentir que l’on existe, de prouver que l’on existe. Mais la recherche effrénée du désir, qu’on recouvre du joli nom d’hédonisme, semble être commune mesure aujourd’hui, globalement accepté : c’est pourtant le meilleur moyen pour abolir sa propre existence : s’éparpiller, se répandre dans des désirs, des désirs de consommation, se perdre dans toujours plus de jouissances, gaspiller sa vie dans des choix aléatoires, parce que l’on ne pourra jamais tout éprouver, on ne pourra jamais vivre tous les plaisirs possibles. Et l’homme de chercher malgré tout à s’exploser, à se disloquer dans tous les plaisirs illusoires qu’il trouve. À ce titre, je préfère de loin cultiver un plaisir vrai, un bonheur illimité qui est la capacité de l’homme à aimer incroyablement, à dépasser ses facultés d’entendement et d’imagination en éprouvant un amour sans limite. Et un couple qui grandit dans un tel amour surpasse en bonheur toutes les jouissances éphémères rassemblées.

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    1.  » Et un couple qui grandit dans un tel amour surpasse en bonheur toutes les jouissances éphémères rassemblées. »
      Tellement d’accord avec vous.

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    2. Pourquoi opposer les deux? Si je vous suis bien, en me fiant aux épithètes que vous employez, vous êtes en train de nous dire que vous avez trouvez votre satisfaction paroxystique dans la vie de couple. D’autres l’ont trouvé ou la cherchent ailleurs sans préjudice pour votre propre quête.

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