Faut-il tout créer?

Soyons résolument comme la vie : prolixe, prolifère et prolifique. Créons comme elle : gaiement et sans trier. Car c’est au fond terriblement joyeux, que tout cela puisse être. Et c’est au fond terriblement plaisant que l’on puisse, par la pensée, adopter tous les chemins possibles, et répondre à cette pluralité des possibles par une pluralité de notre pensée. Penser, c’est pouvoir tout être.

Prendre le parti de ce qui peut être n’est pas une triste modestie, mais une gaîté nouvelle, une sérénité. D’où la joie, proprement spéculative, de l’hypothèse la plus tordue, du paradoxe, de l’idée qui est terriblement tirée par les cheveux : il y a dans l’invraisemblable comme une fête, comme un festin pour la pensée, parce que seul le plus saugrenu peut ouvrir d’un grand coup tout un univers de possibles. Et ça c’est fête, c’est Byzance, c’est pain béni pour la pensée.

Pensons donc en tout sens. Croissons et multiplions sans compter. Soyons prolixes, inventifs et généreux. Créons sans supprimer. En cas d’erreur, n’effaçons pas : contentons nous de créer autre chose. Laissons être tout ce qui veut être. Aidons-le ; même sans raison. Enfantons ; même par erreur. Soyons toujours du parti de ce qui peut-être, face à ce qui interdit tout. Contre le fameux rasoir, la ludique prend résolument le parti de la barbe d’Occam : il faut multiplier les êtres sans nécessité.

13 réflexions sur “Faut-il tout créer?

  1. Il faut créer ce qui nous plaît, des histoires fictives qui en réalité parlent de la vérité, au moins d’une partie… Mais dans la vie réelle, je crois qu’il faut s’en méfier… Mais je suis plutôt une personne positive…

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  2. Voilà un texte qui éclaire les pensées assombries, limitées dans leurs intensités lumineuses, internes. Voici un texte qui escargote l’intérieur de la chair, de la chaîne de neurones. Il équilibre les croyances, désirs et volontés d’y installer tout l’extérieur, et les savoirs de ces faits inaccessibles, irréels dans leurs totalités, sauf à implanter les chairs des autres en nous. Il donne à penser que nous pouvons y installer toutes les immatérialités humaines. Tiens tiens tiens, il fait entrevoir que nous pourrions ne pas nous laisser entièrement digérer par une société cérébralement cannibale. Heureusement moins destructrice de nos chairs, quoi que les actualités sont tristes et mauvaises, à ces sujets, en ce moment. Acheter les pensées gratuites de Jean-Paul, elles redécoreront votre intérieur selon vos envies, vous laissant la possibilité d’être votre architecte propre. Sale temps pour les dictateurs de paradigmes, temps agréable pour les promoteurs de paradoxes. Vive la libert/ag en miroir.

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  3. Exceptionnellement je ne suis pas d’accord. D’abord, il est impossible de tout créer, l’homme est limité. Ensuite, créer sans but ne revient-il pas à s’épuiser pour rien ? Enfin, vouloir tout créer (ou tout dire), c’est s’éparpiller. Il serait peut-être préférable de créer de la qualité, plus que de la quantité. Il me semble que la création artistique ne cherche pas à tout faire, mais à faire quelque chose qui a de la valeur. Car après tout, l’on peut créer et créer, si nulle pensée n’investit l’acte créateur, alors cela ne vaut rien : n’importe qui d’autre aurait pu le faire. Je ne dis pas de réserver la création à une caste de pseudo-intellectuels aussi arrogants qu’idiots. Mais je n’ai jamais cru en l’art par tous. La création, s’elle requiert en effet du travail, ne consiste pas en la production effrénée et non réglée. Il me semble qu’il y a du talent à cultiver, au sens botanique du terme. Car la création est TOUJOURS double : il y a l’auteur et le lecteur : le lecteur participe autant de la création que l’auteur : il crée l’univers mental, il crée les personnages (quand il y en a). Idem pour tous les arts : la musique est tant le fait du compositeur que de l’auditeur ; la sculpture, la peinture, etc. Il faut nécessairement un public pour que la création ait un pouvoir quelconque ; et il me semble très triste d’espérer que tout le public soit ce public si particulier qui crée lui aussi. On ne peut pas tous créer, de même que l’on ne peut pas tout créer. Il est certes facile, aujourd’hui, de créer à tout va, de diffuser ses créations via Internet. Mais il me semble que cela ne fait que noyer la création, la fait paraître facile, et dévalorise l’heureux travail que l’on a à créer, à repasser vingt fois sur la toile son ouvrage. Faire croire que tout le monde est égal est aussi dans l’air du temps : je crois que nous avons tous le même potentiel, mais que le contingent nous nuance dès les premiers instants, et nous oriente : l’on n’obtient pas le talent créatif en le décidant : l’on peut avoir du talent pour les mathématiques, la gastronomie, etc., mais l’on l’a dès le départ : sinon c’est une racine pourrie dont on ne peut rien obtenir que des nuisances. Mais l’on s’écarte du sujet, qui est TOUT créer : j’ai déjà exprimé mon point de vue sur ce sujet-là.

    Merci en tout cas de partager ces réflexions, qui engendrent à leur tour la réflexion (et la fécondité n’est-elle pas aussi propice à la création ?).

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    1. Bien vu, cela suscite quelques réflexions en moi, ici transmises en soi. Tout créer par la matière se heurte aux limites technologiques matérielles. La non création immatérielle se heurte également à la matière, par exemple les matraques rodantes, pour que nous soyons peu sage, qui se dit rester bien sage dans le langage courant dans les groupes courants après les buts, vus comme des sommets tellement pointus que seul un pied peut y tenir.

      Ainsi, peu et bien sagement nous instaurons les matraques immatérielles dans nos propres esprits. Et chaque fois que j’essaie d’avancer vers le plus grand, sans espoir d’atteindre le tout, car humain au matériel à penser limité, je me donne à mes matraques instaurées.

      Je souhaite les en chasser, en tout cas essayer, et veiller à ce que d’instaurées elles ne soient pas ou plus instituées.

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  4. Soit. Mais peut-on, faut-il, faire des tris? Je voulais dire que l’art pose n’importe quoi, sans rien détruire.
    Quant aux grands, je crois qu’ils ont décidé leur talent, chaque jour. C’est une simple question d’emploi du temps

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  5. J’aime particulièrement le dernier paragraphe…
    J’aime cette invitation à l’absence de censure …
    En écriture ( en ce qui me concerne ) …je trouve cela primordial…
    Mais je ne suis pas encore au stade de ne pas effacer …
    Je peaufine ….( sourire )

    Amitiés
    Manouchka

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  6. Créer, oui, mais pas n’importe quoi, pas n’importe comment !
    Car une idée géniale de prime abord peut parfois se révéler être la pire des issues possibles.
    Prudence est mère de sureté.

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