Création: l’existence qui prend forme

Créer serait être réel. Dans la création, un réel de mon fait s’ajoute à la pensée, et le fait est que je l’ai fait. Et ce fait, de l’avoir fait, fait de moi un fait. Ainsi, lorsque je fais quelque chose, un seul et même faire fait cette chose et moi. Je ne saurais donc rien faire sans que mon fait, mon faire et moi, nous ne soyons des faits. Il suffit donc de faire pour exister en fait, c’est-à-dire réellement, comme un corps parmi les corps, une cause parmi les causes, un être enfin réel.
Pour peu que je fasse quelque chose, et que cette chose ait la moindre existence, cela suffit à me faire exister. Le premier rien venu, pour peu que je l’aie fait, suffit à me prouver, puisque, sans moi, il ne serait rien. Mais ne l’est-il pas déjà ? Et l’est-il moins après ? A quoi peut bien servir une création qui irait du rien au rien ? Ne serait-elle pas rien, elle-même ? Par ailleurs, si faire un rien suffit pour exister, tous les riens qui en font d’autres ne devraient-ils pas exister ? Et si ce que je fais est rien, comment ce rien peut-il prouver que mon existence n’est pas un rien ? Pourquoi avoir fait un tel fait me rendrait-il plus réel que ce fait même ?
Tout cela serait vrai, si l’existence ne concernait que le réel. Mais exister, c’est unir l’être et le réel. Il faut donc, pour qu’une chose existe, qu’un être s’ajoute à du réel. De ce fait une existence peut se produire sans grand changement du réel. Ainsi, je peux créer un tableau sans créer la toile et les couleurs, qui étaient déjà réelles avant, et ne seront pas plus réelles après. Pourtant, elles n’étaient rien que des matériaux, encore inutilisés, et ne seront jamais rien de plus que des couleurs sur une toile. Le réel n’est donc ni plus réel ni moins rien après qu’avant ma création. Faut-il en conclure que je n’ai rien créé ? Nullement. Car ce rien, réel et constant, a pris une forme nouvelle, qui ne vient pas de lui, mais qui est celle que je voulais, ou du moins celle qui a résulté de mes gestes. Cette forme que je lui ai imposé comme son devoir être, c’est l’être. Dans la création, une forme, venue de l’être, devient réelle, tandis que le réel prend l’empreinte de l’être.

24 réflexions sur “Création: l’existence qui prend forme

  1. Quand je prends une photo, j’essaie de capturer un instant à ma façon, c’est à travers mon regard que vous, les autres, voyez ce que j’ai vu, mais vous l’interprétez à votre manière… Mais c’est bien un fait réel, même si je peux créer quelque chose de mon imagination avec un objet, il suffit de prendre la photo d’un autre angle et cela change tout… Mais l’objet était déjà là, ou j’aie une idée sur une photo…

    Mais je suis d’accord…

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  2. Le fait de faire, nous le faisons tous les jours et de façon naturelle.
    Mais ceci n´est pas l´action de créer. Créer implique une invention, voir éventuellement une réinvention, un remaniement, une transformation, comme réinventer la roue ou la poudre de manière à ce que l´oeuvre soit personnelle et pleine d´identité. L´oeuvre sera donc vraie et caractéristique.
    Juste une impression spontanée et honnêtement Irréaliste.
    Cordialement
    Frédéric Iriarte, Artiste Plasticien Irréaliste
    http://www.iriarte.info

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  3. Bonjour Jean Paul et bonne année à tous
    Le fait d’avoir écrit votre texte est déjà un fait et tout ce que vous y relaté sont des faits , donc le texte existe et les faits aussi
    bonne et douce journée
    Amitié
    Ma santé fait que je suis moins présent a l’ordinateur

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  4. Enter love, you do not ‘create’ it but you experience it and you share it, hopefully with the one you love! Then creation comes alive, the table, the canvas, the thought, the idea .. its all dissolves away. The experience, the creation joins with the creator and in a soundless moment, it all makes sense.

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  5. bonjour Jean-Paul,

    je reste dans un vide, après avoir pensé il est possible de proposer une logique verbale permettant de décrire l’articulation de l’ensemble des valeurs économiques et sociales, humaines et naturelles, matérielles et immatérielles, objectives et subjectives, réelles et irréelles, rêvées et imaginaire, architecturées entre elles en un système structuré, et organisées entre nous. Il est supposé qu’aucune valeur n’est irréelle, qu’elles ont toutes une part de réalité. Parce que pour penser l’irréel, il faut d’abord penser, ce qui est en soi un acte dont le résultat a une part réelle, l’agitation de nos méninges, et une part imaginaire, le résultat de l’agitation de nos méninges, une image mentale, un souvenir.

    Par convention initiale, le travail s’effectue en considérant, par rapport à soi même, et en première approche, les objets matériels réels comme des avoirs en substances, les objets matériels imaginaires, comme des programmes en images, les objets immatériels réels comme des concrétions émotionnelles, et les objets immatériels imaginaires, comme des impressions d’informations. Les sujets matériels réels sont considérés comme les instances des êtres, les sujets matériels imaginaires comme des représentations de projets, les sujets immatériels réels comme des abstractions sentimentales et les sujets immatériels imaginaires, presque irréels, comme des expressions de symboles.

    Echo audible, miroir visible ?

    Yves

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  6. Très stimulante pensée. J’aime toujours autant ces petits textes qui sont grands par la capacité qu’ils possèdent de nous faire avancer. Meilleurs voeux et encore merci pour cette dose de réflexion régulière.

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  7.  » I-

    Une Idée, une Forme, un Être
    Parti de l’azur et tombé
    Dans un Styx bourbeux et plombé
    Où nul oeil du Ciel ne pénètre;
    (…)
    _ Emblèmes nets, tableau parfait
    D’une fortune irrémédiable,
    Qui donne à penser que le Diable
    Fait toujours bien tout ce qu’il fait!

    (…)  »

    Baudelaire, Spleen et Idéal, « L’Irrémédiable »

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  8. J’ai eu du mal, je l’avoue, à suivre tout ton raisonnement…il me semble plutôt par une réflexion « intellectuelle » plutôt qu’intuitive, donc créatrice….mais je crois en avoir saisi l’essence.
    Je crois que c’est Eckhart Tolle qui parle du non-révélé. C’est, je crois, la source où puise les créateurs..Pourquoi cette source ne serait-elle pas l’inconscient collectif auquel chaque esprit humain pourrait avoir accès. Le réseau internet me semble en être une parfaite illustration « virtuelle »…..il y a aussi cette idée que ce qui est « révélé » (réveillé ?), donc créé, mis au monde, ne peut exister que par l’existence du non-révélé. Les choses existent parce qu’elles « sortent » du néant.
    Je rappellerai aussi la citations de Rodin : « J’enlève tout ce qui n’est pas cheval »

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  9. Tout est création et non être du fait que la création à tendance à disparaître un jour ou l’autre et la seule création qui revient sous une autre forme est vivante et n’est pas comparable à une création qui n’a pas le pouvoir de redonner la vie …

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