Etes-vous jetables ?

Stagiaires, précaires. Contrats à durée déterminée. Flexibilité. Licenciements. Chômeurs en fin de droits, personnes en fin de vie. Tous nos mots disent à quel point, au fond, on a bien peu besoin de nous. Quel est le sort qui nous attend ?

Bertrand Ogilvie nous pose cette rentrée une question aussi terrible qu’inévitable : comment sommes-nous devenus jetables ? Comment concevoir, dans l’histoire de la violence, cette nouvelle relation de pouvoir et ce nouveau statut, qui, au-delà de l’exploitation de notre travail, nous désigne d’avance pour une sorte de liquidation programmée ?

Sous le titre, superbe et tranchant, de « l’homme jetable », Ogilvie rassemble une série d’essais convergents, une série d’étapes d’un cheminement pour penser cette violence extrême qui est devenue aujourd’hui notre quotidien le plus spectaculaire et le mieux dissimulé, dans le fait même de son ordinaire.

Suite de l’article à lire sur Le littéraire.com: http://www.lelitteraire.com/?p=2939

46 réflexions sur “Etes-vous jetables ?

  1. Oui, nous sommes hélas devenus jetables. A nous de sous efforcer de ne pas être jetés. Le sociologue et philosophe Zygmunt Bauman parle fort bien de ce phénomène dans « La vie liquide ». Les réalisations individuelles ne peuvent se figer en biens durables car, en un instant, les atouts se changent en handicaps et les aptitudes en infirmités. Les relations humaines aussi, sont devenues jetables. Tout comme les « nouveaux prodiges » et autres « stars ». Enfin ce qu’il en reste, et quand elles parviennent à durer plus d’une ou deux saisons. Un monde difficile où il faut s’accrocher et user parfois de stratagèmes. Pas mal de gens jettent l’éponge, ne peuvent plus suivre cette célérité oppressante et permanente, cette injonction à « y arriver ». On peut les comprendre.

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      1. Un des stratagèmes consiste à se démultiplier. Jouer des identités et des vies multiples en s’aidant des réseaux. Ainsi quand on nous « jette », il n’y a qu’une parcelle qui est jetée, mais pas tout l’ensemble.

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  2. Jetables si l’on reste dans son coin. Je pense qu’il faut avant tout se faire sa place en jouant des coudes et donner l’impression que l’on reste indispensable. Ne pas se faire oublier, pour ne pas être jeté

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    1. Il me semble qu’il est important de ne pas avoir peur d’etre seul. Personne ne peut avoir le pouvoir de nous jeter si nous refusons de leur accorder ce pouvoir. Au-dela de la voix consciente de chacun git une voix plus intelligente, voire eternelle.

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  3. Absolument. Mais où et comment trouver des solutions ? c’est une tragédie grecque
    préprogrammée. On en parle. Est-ce qu’il y a des choses qu’on puisse faire. Je fais, au niveau individuel , mais …. Et cela n’est pas « dissimulé » .

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    1. J’abonde en ce sens aussi. On jette un peu tout. L’employéE qui travaille bien ou non, son petit copin ou sa petite copine, ses amiEs (pour autant que le terme ami soit galvaudé, évidemment), ses animaux…tout. Alors pourquoi ne pas accepter d’être jetéE aussi!

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  4. La société aime brûler ce qu’elle a adoré…et vice-versa. Cela se vérifie encore aujourd’hui y compris avec les « icônes » du sport (terme galvaudé s’il en est).

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  5. Je l’ai été, longtemps….bien trop longtemps. Maintenant, je refuse et, même si ce n’est pas facile tous les jours, j’ai fait de ma passion mon métier.
    Cette société est malade, surtout de peur et tant que nous acceptons, cela ne changera jamais

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  6. Thanks for this article Jean-Paul.
    This situation is however nothing new, but more akin to a return to the early days of capitalism and the advent of the factory system.
    Value is not fixed but generated by various forces, some psychological and some physical.
    The elites have always tried to treat ordinary people as disposable and it is only during the second half of the 20th century that it appeared otherwise.
    The strength of so-called ordinary people is in their organisation and unity, and this is what has been attacked continuously by big business and their supporters in government. We have been bombarded with the idea that unions were bad for the wider society and that we should now see ourselves as individuals who are free to make choices about our lives and consumption.
    But this freedom for most people is but a dream as they haven’t the economic power to compete with the rich.
    The great majority of people need to work together to create a society that values everybody equally and protects the weak. The idea that we are in competition with our fellow humans is a lie foisted upon us by those who benefit from our division. Competition as a guiding principle must be replaced with cooperation, and we have to move away from the male-defined society that is based on violence and domination.
    We can achieve this, but we have to effect a paradigm shift in our thinking and organisation. I am calling for a complete reversal in the focus of human affairs and a shift to a more traditional feminine inclusive approach in all our dealings with each other and all life on the planet.
    If we do not make this change I fear for the future.

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  7. Je ne vais, évidemment, pas soutenir la logique économique du  » travailleur jetable « , surtout que je me suis fait jeté… et encore moins celle des  » amours jetables « , question de valeurs. Mais la première forme de résistance contre une  » logique absurde  » est déjà d’en parler et ce forum, dont je ne partage pas toujours les opinions d’ailleurs, a déjà le mérite de servir de tribune d’expression à ceux et celles qui n’en ont pas toujours ailleurs. Merci de l’initiative, monsieur Galibert.

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  8. Je conseille l’oeuvre de Zygmunt Bauman, qui introduit l’idée de « Vie liquide », voire de « corps liquide ». Et où le thème de la jetabilité est déjà forgé…En écho à ce texte que je compte bien découvrir.
    La question du temps est ici cardinale.
    La résistance ne passe t-elle pas par là, par l’art d’inscrire son action dans le temps et ainsi la voir se déployer et s’enrichir par la fidélité des liens que l’on noue?

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  9. nous sommes tous « jetables ».. simplement ce n’est pas parce que nous sommes « jetables » que nous devons forcément être ou se faire « jeter » !!!
    Nul n’est indispensable dans ce bas monde, et quelle que soit la place dans la hiérarchie, puisque hiérarchie il y a…..

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  10. Bonjour,
    Je suis passée ici par hasard et…
    J’ai hésité longtemps à poster ce commentaire car je me sens bien petite et candide, n’ayons pas peur du mot, à coté de vous tous. Mais comme je ne peux pas m’empêcher d’ouvrir le bec..

    Pourquoi toujours vouloir mettre des étiquettes sur ce que nous vivons? Nous sommes toujours catalogués de ci ou de ça.
    Plus jeune, on me disait instable car je voulais tout faire, tout toucher, et alors? Si j’étais restée dans mon coin on m’aurait traitée de renfermée.
    On jette et on a tous jeté.. de tout. Ou pas? Tout dépend de ce que l’on entend par jeter. Je ne me suis jamais sentie jetée. J’ai vécu des fins d’histoires, de tranches de vie, mais jamais je ne me suis sentie jetée. J’ai moi même terminé des situations, mais jamais jeté.
    La liberté dont on parle beaucoup, c’est cela. Se sentir bien dans ses actions, dans ses décisions et dans l’acceptation de ce qui arrive. Après tout, il faut bien qu’il nous arrive des choses ! Bonnes ou mauvaises.
    Combien de nous savent changer ou terminer une situation avant qu’elle n’atteigne une limite insupportable et que l’autre (employeur, amant…) ne doive nous « jeter »? J’ai toujours eu cette liberté de changer ma vie quand j’en sentais le besoin.. En être la protagoniste active et non passive . J’ai vécu dans différents pays. J’ai fait des tas de choses, mais jamais je me suis sentie jetée ni ai senti que je jetais les autres.
    Je ne peux pas me sentir jetée, car je me sens trop bien dans ma peau comme être humain, comme femme. Je ne pourrai jamais me comparer à un chiffon. Et jamais je ne jetterai personne car je respecte trop l’autre.
    Voilà, j’ai essayé d’être limpide.. désolée si ce n’est pas le cas.

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  11. J’essaie de suivre le commentaire. Je suis anglaise mais je suis ravie de tomber sur ce site ou on discute des choses importantes.

    Candide a de la chance de se sentir si bien dans son peau de resister des attaques du monde. Quelquefois, surtout dans certain domaines du travail, je pense, ici en UK les individus sont consideres plutot comme les unites de production, plutot des personnes. Il me semble qu’il devienne de plus en plus un monde ou on jette les gens d’une meme facon qu’on jette les articles. De nos jours les commodites sont devenues dispensables, soit des articles, soit des etres humains.

    Que pensez-vous?

    Ravie, egalement, d’avoir la possibilite de pratiquer mon francais. Merci

    Corinne a soulsnet.com
    ou on discute egalement des grandes choses, j’espere et si vous voulez pratiquer votre anglais, vous etes vraiment bienvenu.

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  12. Oh que oui l’humain est jetable dans cette société de gaspillage, de l’éphémère. Le considérer comme tel, c’est l’aboutissement ignoble pour mettre l’humain au service de la société, et de ses créations.

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  13. Bien évidemment,nous sommes « jetables » et…….non recyclables (de moins en moins en tous cas) et ceci dans tous les domaines,pas seulement dans le milieu du travail ……(Voir les « mouroirs » pour vieillards)

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  14. Hommes objets à usage unique ou même réutilisable, tout un programme.
    Autrement dit Léviathan sociétal.
    J’ose espérer que l’esprit humain trouvera un jour un moyen de changer ça.
    Sans pour autant que ce soit encore pire…
    De toute façons, l’évolution de la société se fait malgré nous, sans nous, même
    si nous y sommes, résistants, militants, luttant, la bête des masses écrase toujours
    tout. Nous devons peut-être juste apprendre à être, reprendre les rênes d’une vie saine,
    remettre le véritable objet à sa place d’outil, décroître tranquillement et mourir en paix.

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  15. Des catégories d’hommes ont toujours été « jetables », à toutes les époques et depuis toujours. La différence avec l’homme moderne, c’est que ce dernier s’est lamentablement couché devant le ou plutôt les pouvoirs. Plus de résistance, excepté les ridicules « indignés »… triste résistance.
    Aujourd’hui, les patrons vous jettent sans se soucier de la loi, parce qu’ils ont compris que même avec un procès, ils ont largement le temps de provisionner en 3 ou 4 ans vos indemnités.
    La télé participe à cette éducation du « rabais »…. votes, votes, votes (et paye en plus) pour ou contre… Pitoyable mais efficace.
    La politique est le plus bel exemple. Depuis quand n’avez-vous pas voté POUR un homme ou une femme? Ben non, c’est plus simple de voter CONTRE. Pourtant ça fait 40 ans que ces gens mentent et manipulent (et ça ne m’empêche même pas de voter !!).
    L’éducation et la connaissance, qui sont le propre de l’homme, ont été jeté dans les fours du recyclage, et remplacer par la « technologie » de geek inutile et abrutissante.
    Nos cultures (dans le monde entier) sont brulées sur l’hôtel du conformisme et de la peur.
    Tout ça a une cause : L’argent facile.
    Et bien moi, je me tape de tout ça et la famille et les ami(e)s sont les seules choses qui comptent.
    Et il y a aussi ces bons petits moments d’échanges sur des sujets sérieux ou non, avec de parfait inconnus, grâce aux blogs.
    Et pourtant, même là c’est compliqué, parce que la plupart des discussion sont pitoyables, réservé aux analphabètes grossiers et incultes. Une puissante démonstration de l’abaissement de la réflexion, du refus d’apprendre et d’écouter, et en ça, c’est une immense victoire pour ceux qui nous traites comme des objets. Il est pourtant évident que l’on a ce qu’on mérite, et bien que les individus soient intéressant, ce monde n’a plus aucune raison valable d’être.
    Autant le jeter…

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  16. La lecture de cet article m’a entrainé à revoir mon interprétation négative du Mouvement contre la hausse des frais de scolarité des étudiants ‘Carrés Rouges’ du Québec. .
    Répondre à votre question par un ‘non’ catégorique et réaliser que ses actions vont dans l’autre sens ne peut être qu’une merveilleuse prise de conscience. Je vous en remercie.

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  17. Grazie, a nome di una « jetable » divenuta tale perché disabile, perché gravemente malata, perché intellettuale che ha puntato (molto? tutto?) sulla cultura.
    Mi dispiace di poter, sì, leggere in francese, ma non scrivere.

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  18. Etes-vous jetables ?
    Oui, bien sûr, et il est même possible se rendre jetable soi-même de par son imagination, sa propre essence, ses facultés, sa sensibilité, son histoire, sa personnalité…
    Et tout cela, sans s’en même apercevoir….
    Homme liquide ou poupée jetables ? Homme fragile ou poupée de sable ?

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  19. Etes-vous jetables ?
    Oui, bien sûr, et il est même possible se rendre jetable soi-même de par son imagination, sa propre essence, ses facultés, sa sensibilité, son histoire, sa personnalité…
    Et tout cela, sans même s’en apercevoir….
    Homme liquide ou poupée jetable ? Homme fragile ou poupée de sable ?

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