Risquer sa vie? l’amour du précipice

Au bord du précipice, on ne voit rien. La vue ne voit qu’en face, ou en hauteur, alors qu’au bord du précipice, tout est en bas, très loin ; où m’attend mon cadavre. Car le précipice n’a qu’une idée : saute ! Pourquoi ne pas sauter ?

Le précipice n’a pas d’autre raison que le vertige vertical. Abrupt. Brutal. Brut. Il fait sauter les raisons de ne pas sauter. Les meilleurs arguments semblent vains dans sa vanité. C’est un appel du néant réfléchi par le vide. C’est une caverne de Platon, mais où il n’y aurait rien, même pas les parois. C’est un abyme offert comme une raison suffisante de s’y abîmer.

Mais on est toujours seulement au bord du précipice. En un des lieux où l’on comprend le mieux que tout bord est tout contre.  Il est tout proche et tout contraire. Est-il quelque assassin, comme ces serviteurs apparemment soumis qui prennent grand soin de border tout doucement, pour mieux être la mort de ce qu’ils bordent ? Ou bien quelque sauveur, qu’on aurait jusqu’ici craint à tort comme quelque menace mal encore connue ? Pour être au bord du précipice, il faut n’avoir pas sauté.

Le précipice n’est jamais qu’une illusion du bord. Nécessaire et délicieuse. Le bord du précipice me procure le plaisir de n’avoir pas sauté. C’est le plus aisé des suicides : rapide et sans danger, le suicide imaginaire me procure instantanément la joie bien innocente de lui avoir survécu. Le bord du précipice est un chemin tranquille et rassurant, qui ne suggère la mort que pour nous en sauver. C’est une des rares manières de bénéficier de son suicide.

Car l’idée de suicide, le plus souvent, est livrée dans l’angoisse. Avec la terreur d’une imminence. L’inquiétude des préparatifs. Une menace vague que fait retentir tout début d’exécution. Grâce au bord, le précipice est le seul suicide dont on sort rassuré. Soyons gourmands des confins ; il y a une vie après chaque mort qu’on ne s’est pas donnée.

15 réflexions sur “Risquer sa vie? l’amour du précipice

  1. « Il y a une vie après chaque mort qu’on ne s’est pas donnée. »
    Très belle et bien juste parole à glisser au creux de l’oreille.

    Le sujet m’intéresse, mais le temps me file entre les doigts.
    Alors le temps de ne pas sauter, et je prends mon envol.

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  2. Le bord du précipice c’est une page à tourner, un tourment que l’on veut effacer, avec un égoisme exacerber, un individualisme que je rejette en bloc aujourd’hui, mais qui sait pour demain ..
    Qui peut dire qui peut affirmer qu’il y a une vie après la mort que l’on ne sait pas donné ?

    Le bord du précipice c’est un lieu puissant, où il est bon se voir du bon coté du bord …. border par un bon nid douillé et puis à l’abordage sans être sage , une collusion entre la mort et la vie.

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  3. L’amour du précipice ou les vertiges de l’Amour
    Quel risque peut-il y avoir devant l’orgasme?
    Comme vous le dites « Soyons gourmands des confins »
    Formule soit dit en passant plutôt masculine.
    Cela dépend du point de vue voir du point de la chute
    C’est vrai il y a une vie après la petite mort.

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  4. Journal de Tom . La séparation de maman, son wisky et sa clope .

    Y’a comme un vide qui s’intalle .
    Lorsque dans un monde presque idéal .
    L’aimé s’efface et s’en va loin de vous .
    Lorsque celui ci pars sans un autre rendez vous .
    Il vous laisse en plan , la vous et votre clope .
    Pars je ne sais ou , sans penser à la belle époque .
    Vous , vous etes la à comprendre ce qu’il vous arrive
    Pendant qu’il prend la première rive ,
    qui l’emportera , en enfer espérons le .
    Au paradis , regrettons le .
    Vous fumez votre cigarette sans avoir l’envie .
    Vous aimeriez avoir une scie
    Tranchante , aussi grande que vous pour le découper
    Soigeneusement en petit morceaux puis le jeter a la rive , vous devenez
    Lors de ce laps de temps , un criminel au idées noirs
    L’instinc de tueur vous prends et vous jette dans ce foutoirs
    D’esprit malsain , et destructif . Il y ‘ a en vous tellement
    De haine et de peine , qu’importe – vous souhaitez le voir en sang .
    Moi je vous voie , vous noyez dans le reflet de vos verres
    De wisky , tout en pensant à votre homme , votre chien
    Qui passe la porte . Vous préférez boire , et vous évadez dans l’ivresse
    C’est la qu’on voit que : Le mot amour est inexistant , croyez moi .
    TOM.

    Qu’en pensez vous

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  5. « Le précipice n’est jamais qu’une illusion du bord » et j’ajouterais, de la mort..Je viens de lire Akira Yoshimura (mort le 31/07/2006) « Voyage vers les étoiles » le saut dans le vide, la fin du livre est sublime… »il attendait de pied ferme le choc frontal. Mais, étrangement, il ne sentit aucune douleur, seulement des ténèbres épaisses qui enveloppaient son corps…Etait-ce cela la mort ?.. »
    Il y a surement un vrai plaisir à sauter.Ne pas sauter donne de l’amertume, de la honte et du dégout. J’ai essayé une fois à l’âge de 17 ans (pour 2F50 que mon frêre me devait et ne voulait pas me rendre, des Escudos on était au Portugal en vacances…). J’étais fou de rage et me suis présenté au dessus de la falaise. J’ai encore honte aujourd’hui de ne pas l’avoir fait, tellement j’étais enragé contre lui, tellement je voulais le punir ! Maintenant il est mort….il y a bientôt 4 ans et il me semble toujours là.
    Bigre, je suis en train de raconter ma vie !
    Tout ça pour te dire que ton évidence sur « la vie après la mort qu’on ne s’est pas donné… » me semble une lapallissade ridicule (mais tu n’as pas peur du ridicule n’est ce pas !). Bien sûr il y a une vie, mais une vie de rancoeur et de honte !
    Mieux vaut ne pas essayer de se présenter devant le précipice, je vous le dis !

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  6. C’est jouer à se faire peur, pour déjouer la mort et faire mourir sa peur en toute quiétude car le bord du précipice est là Comme un rempart rassurant qui nous de tester notre réalité.

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  7. il y a une vie après chaque mort qu’on ne s’est pas donné. cette phrase là elle claque ! elle va directement rejoindre mon petit cahier rouge de phrases essentielles. Il y a des mots magiques qui sonnent comme des mantras modernes. J’ai la vague sensation qu’un magicien malicieux se cache derrière l’agrégé en philosophie ! belle journée à vous !!!

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    1. On dit aussi qu’on peut les entendre murmurer au passage de chaque étage : « Jusque là, ça va… Jusque là, ça va…. Jusque là, ça va… »
      Et puis il y a ceux pour qui le vide est derrière, pas devant, et ils le quittent.

      Mais c’est quand même curieux, cette idée associée de précipice que le billet met au premier plan..
      Il peut être intéressant de considérer que le suicide, motivé par des raisons variées comme le désespoir ou l’engagement ultime vise toujours à une élévation, jamais à une chute (et qu’il est toujours difficile de le définir en matière de courage ou de lâcheté)

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