Etes-vous?

Notre temps a choisi la voie du rien. Le fait qu’il est inacceptable ne le perturbe en rien. Le fait que pour des millions d’hommes, l’existence elle même y est impossible n’y change décidément rien. Le fait qu’une chose n’existe pas n’empêche en rien  certains de la vendre et les autres de s’en contenter. Rien, c’est ce que la plupart ont pour vivre, et ceux  qui ont beaucoup plus n’ont guère davantage. Car n’avoir rien n’empêche nullement d’être fort bien exploité. C’est même la condition pour que s’accumule un capital dont ceux qui l’accaparent craignent eux-mêmes qu’il finisse par se réduire à ce qu’il est au fond : très exactement rien. L’humanité toute entière s’épuise pour gonfler une bulle spéculative.

Nous voulons faire une philosophie de ce temps. Nous voulons prendre le parti de l’être face au temps du rien. L’être n’est plus qu’une exigence, mais ce sera la notre. Elle n’est pas négociable. Car c’est l’exigence d’être qui seule nous permet de maintenir que l’existence, fut-elle impossible, est un droit inaliénable. C’est l’exigence d’être qui peut seule proclamer que s’il n’y a rien, c’est un scandale. C’est l’exigence d’être qui peut seule transformer cette pensée de l’être, dont nous héritons, en cette critique du rien, dont nous avons besoin.

24 réflexions sur “Etes-vous?

  1. Cette réflexion sur notre impuissance à lutter contre ce rien m’évoque des conversations que j’ai eues récemment. Avec un ami nous nous moquions gentiment d’un épisode dont il a été témoin dans un café : un jeune couple assis côté à côté sont tous deux absorbés dans la contemplation de leur portable, au lieu de discuter ensemble de temps en temps ils se montrent leurs tchats respectifs, etc. Soudain ils se lèvent pour partir et leur voisin, un vieux monsieur leur dit : la prochaine fois téléphonez-vous pour être certains que vous êtes bien ensemble ! C’était assez cocasse et les jeunes ont souri aussi.
    Une autre histoire : des artistes que je connais et qui sont enseignants se posent la question de la pérennité des oeuvres d’art contemporain, soit que leurs techniques et matériaux soient extrêmement fragiles, soit qu’elles n’existent tout simplement plus qu’à l’état d’archives, de traces… C’est un fait bien connu de notre époque : les relations entre les êtres se « déréalisent », quand les objets (d’art en particulier) tendent à disparaître… Quel avenir pour les jeunes artistes dans ce monde de particules, de poussières et de lumières (pour terminer sur une note positive malgré tout)…

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    1. L’essentiel est la résistance dont témoigne votre propos
      cette insurrection, c’est l’être
      un idéal,
      peut-être
      mais auquel on ne saurait renoncer
      l’exigence d’être, tout est là, et c’est tout, alors,
      qui redevient possible, de l’homme à l’utopie, en passant par l’espoir..

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  2. on en arrive à ne plus savoir ce qui fait tourner le monde ni même pourquoi on tourne soi-même…toujours milles questions et nulle réponse sauf qu’on ne s’y sent pas bien…drôle de monde…

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  3. Estoy totalmente de acuerdo, necesitamos esta exigencia del ser, pero del ser real. Que sea innegociable debe ser parte esencial de nuestro compromiso con nosotros mismos. Gracias por aclarar tantos conceptos.

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  4. Moi aussi je me suis abonné à votre production parce que je l’a trouve intéressante. Intéressante avant tout en ceci que je suis souvent en désaccord avec vos affirmations. Je les trouve péremptoires, ambigües et vraiment décalées avec ce que je comprends de ce qu’il se passe en ce moment, disons, dans le monde mais avant tout, car c’est bien l’étalon, alentours de moi. Et je trouve cela justement très intéressant. Bien à vous.

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  5. Vous faire part de mes doutes ? Seriez vous une sorte de conseiller spirituel ? Je plaisante, évidemment. D’autant que mes doutes portent en ce moment sur des problématiques purement plastiques. Si jamais vous étiez versé dans les arts de la peinture et de la sculpture, à la rigueur…😉 Blague à part, je n’ai pas le temps d’argumenter et ne voudrais être péremptoire en disant qu’il me semble que vos positions, d’après ce que j’en comprends, reviennent à questionner un présent ou une situation, ou des vécus à partir de points de vues qui me semblent relever du passé, d’une méconnaissance flagrante des techniques, pratiques et courants de pensée actuels et d’une certaine manipulation, celle de faire croire à quelque chose qui serait voire qui pourrait être et que vous ne définissez jamais. Bref (hélas), de faire croire à l’existence d’autre chose que ce qui est. Et de partir d’un constat négatif. Ce qui de mon point de vue sent le billet direct vers la case autoritaire. Mais tout ceci demande arguments et démonstrations et je n’en ai vraiment pas le temps… toutes ces toiles à faire et ces décorations de lieux… Bien à vous.

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      1. les utopistes, ne sont-ce pas ceux-là qui voudraient un monde parfait ?
        Qu’est-ce pour vous la perfection ? Celle-ci engendre quoi, politiquement ? socialement ?
        merci pour vos réponses.
        Bien à vous.

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        1. L’utopie commence très vite:
          que chacun mange à sa faim
          est déjà jugé utopique
          l’existence est utopique
          mais non négociable
          Ce genre de perfection, très simple,
          relevant du simple humanisme est déjà utopique
          Je n’en demande pas plus
          mais je sais que c’est plus dificile à avoir que la lune

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