Savez-vous faire du temps ? Bien sûr, c’est impossible. Mais si l’impossible était notre dernière chance?

Le propre du temps, c’est l’avenir toujours possible, même si les unanimités de fait conspirent avec les bienséances pour en ridiculiser l’échéance. D’une seule voix, les évidences, des plus récentes aux plus rances, repoussent dans l’impossible et la fantaisie les propositions de réformes les plus raisonnables, celles qui sont à la fois les plus justes et les plus urgentes, les plus modérées et les plus nécessaires. L’utopiste dont on se moque n’a jamais qu’une idée, mais c’est un avenir. Rien n’est si gauche qu’un avenir. On dirait un présent débutant, novice. Mais le temps est l’ensemble de nos créations.

Cessons donc de voir le temps comme la digestion de quelque anthropophage. Ce n’est pas le caveau qu’il nous apporte, mais l’air que nous respirons. Le temps n’est pas un ventre, mais un vent. Un vent d’invention. L’éternité multiplie les chances: elle fait que rien n’est joué, même lorsqu’on le croit, puisque même après la fin de la partie, on peut encore en changer les règles. Etendue infinie de notre latitude de jeu. Jamais nous n’avons été si libres.

Il suit de là d’abord, que tout est possible, puisqu’il peut toujours se trouver quelqu’un qui le fasse. Ensuite, que tout est plus que possible, puisque tous les impossibles peuvent aussi survenir. Tout ce qui est rare semble impossible, même lorsqu’on l’a sous les yeux. Le jugement d’impossibilité n’est que la marque de notre étonnement. Plus qu’une contrariété dans le réel, il révèle la petitesse de notre routine et le bridage de notre imagination. Aussi l’utopiste, comme tous les autres créateurs doit-il vouloir les choses précisément parce qu’elles sont impossibles. L’impossible est le nouveau réel, le réel en gestation, ou nouveau-né. L’impossible est le bébé réel.

8 réflexions sur “Savez-vous faire du temps ? Bien sûr, c’est impossible. Mais si l’impossible était notre dernière chance?

  1. Bonsoir Jean Paul
    Oui c’est vrai , rien n’est impossible pour peu que l’on sache garder une âme d’enfant , c’est à dire rêver et aussi observer la nature . En effet la nature sert beaucoup de modèle à l’homme pour créer des choses nouvelles , qui sont partie d’un rêve et que l observation et l’imagination contribuent petit à petit à le réaliser
    Cordialement

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  2. Votre dernier paragraphe évoque l’absence d’amplitude (la petitesse) de la routine; mais n’est-ce pas justement dans la répétition que l’homme parvient à s’émanciper du joug du quotidien, en le « simplifiant » à l’excès? N’est-ce pas grâce à cette invasion d’un temps monocorde que finalement je puis m’en échapper et, plusieurs années après, écouter un concerto que j’avais rangé dans ma discothèque et y revenir comme au premier jour? S’il n’y a pas cette simplicité du quotidien qui nous y aliène et en même temps nous libère, si nous le voulons bien, de la routine, la liberté et l’impossible restent invraisemblables. Mais libre à moi seul d’en perturber un jour le cours, puisque j’y suis habitué et décide de m’en déposséder pour me réapproprier un temps qui est mien, celui qui ne s’arrête pas car il n’a ni début ni fin, il est simplement là au coeur des choses, et il suffit que je m’arrête de nouveau devant ma bibliothèque pour en tirer un objet qui condense le temps, un morceau de musique par exemple; ou toute autre oeuvre finalement. Mais c’est une autre question.

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    1. Est-ce la routine qui nous libère
      ou le mouveùent de la pensée qui s’en évade
      à la manière du concerto redécouvert?
      Vous expliquez que la routine permet de la quitter
      Mais y est-elle pour quelque chose, et faut-il l’en remercier?
      Pourquoi, en fait, la fuyons-nous?

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  3. En effet c’est bien le mouvement de la pensée qui s’évade de la routine, mais si je ressens et je vis sur cette « petite route », c’est que ma vie a dépassé le stade de la survie, la routine s’installe là où la pensée est possible, la routine est petite-bourgeoise ou prolétaire et aliénante mais elle n’existe qu’à nous rappeler que nous pouvons en réchapper. Alors non je ne lui dis pas merci de ce que je suis ou pourrais être mais de tout ce qui dans le petit, s’avère gigantesque des possibles.

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