L’imagination est-elle la porte du réel ?

Pouvons-nous connaître le réel autrement que par l’imagination ? On peut le vivre, évidemment, mais si peu, au fond. Car le monde vécu, si errant soit-il, est fort petit, comparé à l’infinité du réel, dans l’immensité de l’espace et l’éternité du temps. Comment espérer vivre le réel, lorsque les langues se comptent par milliers, les dieux par millions et les hommes par milliards ?

La seule chose en nous qui puisse être aussi grande que le réel, c’est la liberté, et son effort en direction du réel, l’imagination.

C’est donc à Descartes que nous donnons raison contre lui-même, car sa méthode de solution progressive des difficultés aurait dû lui suggérer une manière ordonnée d’imaginer le chilliogone. C’est en effet notre devoir : comment pourrions-nous renoncer à imaginer une figure à mille côtés, alors que nous avons le plus évident devoir d’imaginer six millions de juifs assassinés ?

Serait-il possible que la découverte du  sens, la compréhension, ce que Bouddha nommait l’éveil, ce que d’autres ont pensé comme nombre chez Pythagore, comme Idée chez Platon, illumination, initiation, gnose, révélation, lumière de la raison, ou même surréalité n’ait jamais été que cet instant où l’imagination touche au réel ?

Le réel n’est pas à connaître, il est à imaginer.

16 réflexions sur “L’imagination est-elle la porte du réel ?

  1. Je crois pour ma part qu’il faut s’arranger avec plusieurs réels, qui sont autant d’espaces à investir : le réel pratiqué (le plus réduit), le réel télévécu (la télévision, les écrans et autres surfaces cognitives), le réel imaginé et le réel rêvé (les plus vastes). L’ensemble de ces espaces constituant, peut-être, l’immense continent de la perception humaine, plus ou moins étendu selon les personnes.

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    1. Je vous entends bien, mais lequel est réel? Si un seul l’est, les autres cessent d’être des « réels ». Si tous le sont, le « réel » est l’ensemble des réels. A nous depenser que leur multiplicité ne se noie pas dans un tel « ensemble »…

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      1. Il y a le réel pour tous (ce qui « existe », la « réalité »), qu’il est impossible pour chacun de parcourir dans son ensemble, et puis il y a un réel individuel, aux dimensions plus floues car contenant les imaginaires ; et d’où est né, si j’ai bien compris, votre concept de « plans de réalité » si intéressant.

        Mais cela ne nous dit pas quel est le réel des escargots qui regardent la télévision🙂

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        1. J’adore votre question sur les escargots, vertigineuse.
          Pour le reste, je propose de parler de « mondes »,
          et de garder le mot réel pour une sorte de vrac absolu,
          inappropiable, commun, inépuisable pour toute tentative
          de privation, de privatisation, fût-elle intellective, ou intellectuelle.

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  2. imaginer…ce serait alors une des fonctions du langage (une fourmi à mille pattes avec un chapeau sur la tête…) sa capacité à créer une représentation sans référent correspondant …
    LE réel, quelle prétention d’en vouloir saisir la totalité que nous ne pouvons en effet qu’imaginer à partir des quelques facettes que nous en rencontrons -dans un temps et un espace si limités…
    Impossible d’imaginer un seul mort (une seule mort) alors 6 millions…
    nous touchons là à la limite de notre imagination, et brassons alors le sac à chimères…

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  3. Je garde envers moi cet aphorisme magnifique: « Le réel n’est pas à connaître, il est à imaginer. »
    Merci à vous, j’en avais vraiment besoin aujourd’hui.
    xavier

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  4. Et si le réel serait restrictif ? Ce que je vois n’est que le réel, ce qu’il y a derrière cette porte ne l’est pas, ne l’est plus et le sera une fois que je l’aurai ouverte.
    Je n’ai jamais mis le pied sur le continent asiatique. Comment puis-je être si sûr qu’il existe bel et bien un continent asiatique ? Je ne l’ai vu que par image, par vidéo, c’est-à-dire par création humaine. Je dois donc me baser sur une confiance à l’humanité si j’affirme qu’un continent existe bien. Est-ce du négationnisme ? Je ne crois que ce que je vois.
    (A voir : The Truman Show)
    Mais le cadre est bien plus large que spatial, il est spatio-temporel.
    Ainsi, que croire de ces révolutions de velours ? De ces reliques des temps passés, que je ne connais que par transmission d’imaginations (cet Ancien Régime, ce règne de Gengis Khan, ce nazisme effrayant, effarant, cette révolution batave et d’autres, ce dieu, ces dieux, cette Lucie, ce Lully et bien d’autres). Je suis né trop tard pour les avoir vécus (vivre une présence).
    Et même si cela aurait été le cas, tel ou tel évènement ne s’est pas ancré dans ma mémoire. S’est-il effectivement effectué, si je ne m’en souviens pas ? Ce n’est plus du réel dès le moment où cela quitte mon vécu instantané. Le réel dure-t-il une fraction d’un tout ? Ou bien s’allonge t il durant une masse infractionnable qu’est la durée, voire l’existence – au sens de passage sur terre.

    Mais d’ailleurs cette terre qu’on me dit ronde, que neni! L’ai-je pu voir le galbe du globe ? Sous quelle prétention m’indique-t-on que la terre est ronde. Je veux une preuve! Chassez-moi ces images! Tout se fonde sur les images. Mon réel n’est pas imagination. Le réel n’est qu’imag-ination. L’imagination n’est qu’une confiance, qu’on fiente à autrui pour l’assurer, pour s’assurer.
    Le réel, c’est une expérimentation de masse, parce que le « vrai réel » ne réside que dans mon vécu, dans « mon » réel. Plusieurs réels.
    Et si ce phénomène s’inversait ?

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    1. Et pourtant, sans réel, nous n’aurions rien de commun…
      C’est pourquoi je propose de rallier, par l’imagination le réel des autres…
      Imaginer leur vécu, c’est une faible chance assurément de les rejoindre…
      mais en avons-nous une autre?

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  5. Nous pouvons imaginer le réel à travers l’art, croire le connaître par les théories scientifiques, inventer un virtuel et l’habiter, nous pouvons nous abriter derrière les évidences et les sens, nous étourdir de nos sens et de nos désirs pour ne plus y penser, il reste là, comme reflet de notre présence, l’étrange quelque part où nous sortons du néant. Contemplation, illumination, révélation, méditation: il se donne, ne se trouve pas.

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  6. l’imagination c’est aussi celle qui me rend parano, qui me pousse à me venger d’un mal qu’on ne m’a pas fait, à me défendre (au couteau ou pire) de celui qui ne m’a pas attaquée… ne spyez pas si indulgent avec la folle du logis, elle ne nous veut pas que du bien…

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