Portrait de l’indignation

Pour dessiner l’indignation, six traits suffisent, essentiels, indissociables : l’indignation est générale, pacifique, égalitaire, populaire, invincible; en un mot, elle est de gauche.

L’indignation est générale, quasiment unanime, et comme adressée au genre humain en son entier. Le général est ce que nous avons en commun, ce qu’il faut étendre pour mieux vivre en paix: le général est généreux.

L’indignation est pacifique, sinon c’est de la révolte. La révolte s’honore de devenir minoritaire, puisqu’elle est fière de mourir pour sa cause. Toute révolte est toujours désespérée, c’est-à-dire sympathique et suicidaire. L’indignation doit donc rester pacifique pour rester générale.

L’indignation n’a pas de chef, car toutes les indignations qui la composent sont égales. On peut être plus révolté qu’un autre, mais non pas plus indigné.

L’indignation est populaire, car elle est l’acte de naissance du peuple. Un peuple, ce n’est jamais le corrélat d’un projet de domination, mais toujours le sujet d’une décision de libération. C’est toujours son indignation qui donne à un peuple sa constitution.

L’indignation est invincible, car un mouvement fondé et rationnel au point d’être général et pacifique ne saurait être vaincu. L’armée elle-même se disloquerait face à un peuple tout entier.

Toute la droite est dans le mépris, toute la gauche est dans l’indignation. Evidemment, un homme de gauche peut mépriser, ou un homme de droite s’indigner : mais ils changent de camp à l’instant même.

21 réflexions sur “Portrait de l’indignation

  1. mais que faire sans la révolte? L’indignation a bien les qualités que vous lui prêtez, mais comment avancer sans violence? Les révolutions, n’ont abouties que parce qu’un camp a pris le dessus sur l’autre.L’indignation c’est bien, mais ça ne suffit malheureusement pas à changer le monde. En plus, même si l’indignation reste générale, les hommes s’indignent rarement pour les mêmes sujets, les mêmes causes. Quand on prend par exemple le mouvement très général des altermondialistes. Ils sont tous indignés, mais chacun a sa petite paroisse, et aucun d’entre eux ne se bat pour la même chose. Ce qui fait que les groupuscules se superposent, et qu’ils sont incapables de faire de la politique.Alors oui, ils s’indignent, mais un peu dans le vide…

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    1. La violence, c’est le pouvoir, et franchement, je déteste trop l’un pour aimer l’autre.
      La révolte est impuissante: elle a perdu d’avance, et elle est écrasée.
      La révolution est puissante, certes, et l’emporte parfois,
      mais combien de fois sans trahir, assez rapidement,
      le mouvement populaire qui l’a poussé au pouvoir?
      il ne reste donc que le coeur,
      du mouvement populaire,
      qui est toujours
      l’indignation pacifique,
      et toute puissante.
      Aucun pouvoir, depuis Pharaon
      n’a jamais résisté sans céder à
      cette force formidable, tant qu’elle reste unie,
      massive et pacifique. Pensez à 1936: c’est le soin mis
      par les grévistes à astiquer les machines des usines occupées
      qui a déclenché la gande peur patronale, et les lois du Front populaire.
      La révolte héroïque des communards, avec ses dizaines de milliers de morts,
      et même des générations entières de sabotage n’avaient jamais rien obtenu de tel.

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    2. C’est justement la force du mouvement actuel : il est massif et uni, s’organise de lui-même en tentant de n’exclure personne et en respectant des valeurs communes comme la non-violence. La discussion est en marche, l’organisation se poursuit, tout ceci grâce à l’immense inertie de ce mouvement, pour décider comment passer à l’action et pour quoi faire. Une révolution maintenant, irréfléchie, ne mènerait probablement qu’à une situation pire, comme ce fut le cas des révolutions passées suite auxquelles les abus de pouvoir des bourgeois et/ou aristocrates ont dominé le peuple essoufflé.

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  2. L’indignation est un cri du coeur ce qui la rend sympathique et populaire mais le cri indigné de sa souffrance lancé sur la place publique, n’est qu’un avertisseur dans le désert médiatique, il n’étanche jamais la soif de justice sociale. C’est l’action militante durable, alliée à celles d’autres, en démocratie, qui permet de progresser durablement vers un mieux-être. Choisissez votre camp et engagez-vous !

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      1. Au coeur de votre question, il y a la différence entre actif et passif, acteur ou consommateur, court terme ou long terme. La question n’est pas d’opposer mais de transformer ce qui n’est qu’une émotion exprimée en une action concrète et durable qui soit réellement transformatrice, avec l’assurance du pas à pas, de la brique après brique pour construire un réel progrès social.

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  3. La révolte n’est pas comme vous le dites impuissante, désespérée et suicidaire. Au contraire elle est fondamentale ou plus encore vitale. Elle est pulsion de vie face à l’absurde et à l’Absolu.

    L’indignation demeure passive face aux faits et en tant que sentiment, précède la révolte (non la révolution…) qui elle est active et saura – pourvu qu’elle ne se perde pas et oublie l’essence même de ce qui l’a fait naître (« L’homme révolté » Albert Camus) – composer avec les données pour traduire justement cette indignation primale en création… L’indignation est donc le sentiment qui précède

    La révolte est vif vent et inéluctable pour engendrer le mouvement. Si parfois elle peut être vue comme violence et juger en tant que telle, c’est oublier que la vie même est violence… Il n’est pas là de faire l’apologie de la violence que j’abhorre plus que tout mais, bien de comprendre qu’il est des composantes du fait même de la matière, du fait même de savoir que nous naissons pour mourir…

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    1. La vie n’a pas pour essence la violence,
      je n’ai rien contre l’absolu,
      et si l’indignation est
      passive et primale,
      je suis passif et primal.
      Parce qu’une révolte, ça s’écrase,
      alors qu’un peuple, ça ne s’écrase pas:
      il n’y a pas d’exemple de peuple quasiment unanime et défait

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    1. Parce qu’être de droite, c’est être d’accord, d’abord, avant même la question,
      parce qu’il y a quelqu’un qui commande, et qu’il faut d’abord obéir;
      et être de gauche, c’est être contre, avant même la question,
      parce que, quelle que soit la question
      il faut d’abord en discuter

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  4. Bonjour Jean – Paul
    Pour moi l’indignation vient du cœur , et ce qui vient du coeur a en principe une énorme force .
    Pourtant aujourd’hui , qui s’indigne de ce qui arrive a ce monde devenu complètement fou , ou chacun ne voit que pour lui et se fout du mal de l’autre , ou chacun ne voit que de s’accaparer de la place de l’autre par tous les plus vils moyens . Qui s’indigne d’une fillette gisant au milieu d’une route écrasée par plusieurs voitures ?
    amicalement

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  5. D´origine polonaise, imigrée Francaise á l´age de 4 ans…
    j´habite la Hollande depuis 22 ans, ou la gauche est en puissance dans nos mentalités, nos vies..
    Et je suis indignée par ces autres `étrangers`qui au lieu de s´intégrer, nous imposent
    leur facon de vivre, leur religion, leur langue!!!
    Il n´y a que la gauche qui a ce pouvoir du coeur!

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    1. Je crois que vous confondez l’indignation et la haine.
      L’énervement qui peut nous traverser au simple spectacle
      de moeurs, religions ou de langues, bref de toute culture d’origine étrangère
      est une haine, et pas une indignation: elle s’appelle le racisme.
      Car on ne s’indigne que d’un mal, et il est clair que des gens
      qui ne font que pratiquer une culture ne font aucun mal,
      au contraire, puisqu’ils permettent un dialogue fécond
      avec nos propres cultures autochtones.

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  6. Vous présentez l’indignation comme un moyen de lutte plus sain et efficace que la révolte, que vous qualifiez de suicidaire. Concernant cette deuxième affirmation, il y a tout d’abord une liste interminable de mouvements de révolte prouvant le contraire. Pour ce qui est de la première, j’avancerais simplement l’idée selon laquelle l’adoption d’une stratégie visant à demeurer un simple mouvement d’indigné, sans aller au delà, ne peut qu’émaner d’un groupe sociale ayant la luxueuse possibilité d’être patient. La composition sociale du mouvement des indignés en Europe en donne une illustration.

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    1. Je connais peu de révoltes réussies. J’ai même du mal à voir ce que cela voudrait dire.
      Dans la révolte, il n’y a pas de prise de pouvoir, ou alors très éphémère,
      et par des gens qui se savent condamnés.
      Les suites, la répression,
      sont terribles.
      Il faut mesurer ses responsabilités quant on appelle à la révolte.
      Vous dites que les plus pauvres n’ont pas le choix
      mais toute l’histoire enseigne le contraire:
      C’est inoui la patience des pauvres
      y compris les esclaves;
      il est bien rare
      que ce soient eux qui se révoltent.
      Quant aux riches chez les indignés: tant mieux s’il y en a!
      Il n’y a pas plus de majorité en restant entre soi que de mouvement en restant assis.
      A bientôt, au plaisir

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  7. Je partage le portrait en six traits que vous tracez de l’indignation.
    Mais rester dans l’indignation, face à un pouvoir fort et structuré, est à mon sens stérile.
    L’indignation tire son invincibilité de la porosité de ses frontières.
    Le pouvoir ne tremblera que parce qu’il craint que les simples indignés ne deviennent des révoltés, voire des révolutionnaires.

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