Le devoir d’infini _______________ (pour une éthique de l’indignation)

Et si le plus grand de tous les infinis était un devoir ?

Il y a bien des infinis, rien qu’en mathématiques. Certains sont égaux, et d’autres sont plus grands, paraît-il. Mais le plus grand des infinis mathématiques est loin de contenir tout, puisqu’il ne se compose que d’espace, de points ou de nombres, et laisse donc en dehors de lui tout ce qui excède l’abstraction des objets mathématiques.

Le Dieu des monothéismes est un formidable infini, qui serait capable de créer le monde en son entier ; mais justement : il aurait pour dehors le monde créé, et resterait donc un infini limité par la finitude, par toutes les finitudes qui lui restent extérieures.

Le Dieu de Spinoza est sans doute un des infinis les plus immenses, puisque qu’il comporte une infinité d’attributs qui sont eux-mêmes infinis. Quoi de plus grand que l’infini à la puissance infinie ? En un sens, cet infini est tout, un tout sans dehors, et donc sans limite externe : tout est en lui. Mais n’y a-t-il pas plus grand que tout ? Et donc un infini plus grand que l’infiniment infini ?

Tant que l’on conserve la genèse spinoziste de l’infini, le Dieu de Spinoza est l’infini le plus grand. Mais si l’on trouvait une autre genèse, à la fois plus simple et plus puissante, on pourrait-on apercevoir un infini plus grand encore ? En effet Spinoza engendre l’idée d’infini par addition d’espace: l’infini est ce qui est plus grand que toute chose finie donnée, comme un objet débordant chaque fois de boites toujours plus grandes. L’infini s’engendre par une série d’inclusions croissantes et toujours déjouées.

Mais on peut aussi accéder à l’infini, à un tout autre infini, bien plus grand, par soustraction des frontières, par la suppression des limites. On obtient alors tout, et quelque chose en plus, comme un esprit commun, qui va au delà de la continuité rétablie, et qui est de l’ordre de la communauté retrouvée, de la nourriture retrouvée pour l’exigence de justice sociale, du sens de la nature et des biens publics comme inappropriables, comme irréductibles à la propriété privée exclusive et privative. S’ouvre alors l’infini d’Anaximandre, de Parménide et d’Héraclite, qui exposèrent l’immense, mais plus encore celui de Jésus, Nagarjuna et Rousseau, qui l’exposèrent aux peuples comme un devoir. Combien d’hommes, combien de partageux comme les défricheurs niveleurs de Winstanley, ou les paysans sans terre du sous-commandant Marcos ont-ils écrit l’histoire lumineuse de cet infini entre tous le plus grand : l’illimité ?

La tâche de notre sous-commandant, il est vrai, était facilitée par sa langue : l’espagnol dispose en effet d’un mot pour dire « arracher les clôtures » : desalambrar. Le plus infini de tous les infinis, l’illimité, est un devoir. On rejoint, en un sens, Levinas, mais ici, ce n’est pas l’autre qui appelle et me rend sujet, c’est l’infini. Et son appel, l’illimité, est le devoir lui-même. Les territoires du vide, les sites métaphysiques, les paysages de l’infini, me montrent, avec la terre nue,  l’étendue sans limite de ma responsabilité.

9 réflexions sur “Le devoir d’infini _______________ (pour une éthique de l’indignation)

  1. Comme toujours, c’est excellent et remet en question les idées fondamentales reçues!Interpellée puis charmée à la lecture de vos réflexions,je vois en vous un libre penseur,le genre d’homme qui fait avancer nos sociétés.Vous me rappelez Platon,qui ,à son époque déjà, parlait sans tabou de sujets touchant à la morale et à la conscience.Si je devais donner un qualificatif puissant à tout ce que je lis de vous,ce serait: « Réveillez vous! ». C’est dérangeant de vous lire, et…j’adore ça!

    J'aime

  2. Bonsoir Jean Paul
    L’infini est infiniment petit , ou infiniment grand , c’est selon l’opinion de chacun ; En attendant c’est vrai que c’est dérangeant car cela nous oblige à nous poser beaucoup de questions sur ce sujet et notre place dans ces divers infinis
    Bonne soirée
    Amicalement

    J'aime

  3. est ce que chaque être est aussi infini… de part nos possibilités, nos espoirs et rêves… même nos souvenirs peuvent nous poursuivre à l’infini…. n’est ce pas là une forme d’immortalité.!?…

    J'aime

    1. Oui, tout à fait! Nous sommes tous infinis, et c’est une forme d’immortalité,
      si l’on comprend qu’au fond, nous sommes le même,
      comme enseignait Averroès:
      si tous les hommes
      ont tous un seul
      et même esprit,
      leur esprit est
      immortel.

      J'aime

      1. Plus sérieusement, je crois que je mesure seulement maintenant
        la portée de la thèse cardinalede l’existentialisme :
        l’existence précède l’essence.
        On n’a jamais lié aussi
        radicalement et aussi
        directement le rien
        à la liberté.

        J'aime

votre réponse:

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s