Y-a-t-il vraiment du réel dans le monde? ______ (lire Balaert 6)

Il suffit d’une phrase, parfois, pour dissiper notre sentiment de réalité. Or, dans Pseudo, Ella Balaert les multiplie, et l’on se déprend mal de l’impression que, certes, tout est comme avant, et pourtant plus rien n’est réel.

« Par la vitre de l’écran, la vue est splendide. »

Pourquoi le monde, si soudainement, peut-il s’effondrer ? Parce qu’il est né des mots, comme le désir, et comme au fond chacun de nous :

« J’espère que tu sentiras à l’aise dans cette identité ! En tout cas, ce n’est pas facile, de choisir un nom de personnage. J’imagine que c’est un peu comme choisir  le prénom d’un enfant, non ? »

Avec cette origine, cette nature, on n’a plus qu’à jouer. Plaire est séduire. Etre est simuler. Tout le réel est dans le mot :

« Ce ne sont que des mots, Jeanne ! De simples mots ! Nous sommes vivantes mais Eva n’est qu’un mot, le mot Eva. Sophie ne parlerait pas ainsi de personnes réelles.   Nous imaginons la famille fictive d’un personnage, un être même pas de papier, puisqu’il ne vit que dans les messages que nous adressons à Ulysse. Quelque chose de purement virtuel. »

Il se peut fort bien que derrière, ou dessous, au cœur des choses ou des êtres, il n’y ait rien :

« J’ai fait une recherche Internet à son nom : rien. Rien du tout. Même sur Facebook !»

Alors, évidemment, on ne sait plus très bien qui existe et qui n’existe pas dans le grand jeu de masques et bergamasques, le grand théâtre abracadabrantesque, où toutes nos illusions se coalisent pour prendre la forme et le poids du réel. Mais qu’importe au fond, si vivre, c’est jouer ?

 « Yves est un souvenir, Ulysse est une illusion. Mais il a des lettres, et il est drôle. Alors amuse-toi, amusons-nous ! »

Lorsque l’on a le panache et le style, la réalité est de ces choses qu’il faut savoir parier et perdre. Peut-être est-ce la seule manière d’alléger l’existence. Qui ne donnerait pas le réel pour avoir l’innocence ?

7 réflexions sur “Y-a-t-il vraiment du réel dans le monde? ______ (lire Balaert 6)

  1. Hélas, les règles du jeu sont confisqués par les pensées uniques qui ne sont même pas une, ces façons de canaliser nos pensées, de contrôler nos désirs. Alors l’humour, pour résister au rire du dément, sourire à la vie et l’aimer, pour ne pas s’ankyloser en Thanatos.

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  2. Il existe une infinité de réalités qui semblent toutes emprunter au réel, à l’idée que l’on se forge communément de lui, sa logique. Les répertorier ou les nier, les comprendre ou les exclure forment le jeu sans règles de l’acceptation de l’autre.

    Je ne sais pas s’il existe de bonnes ou de mauvaise façons de jouer et donc de se présenter à la vie. Il m’est parfois si difficile d’interpréter correctement que j’évite d’apposer des sentences permanentes. C’est à mes yeux, une façon de préserver l’innocence.

    Séduire en ne se servant que de mots, se laisser séduire par les idées, telles qu’elles nous viennent est sans doute l’une des plus belles manières pour commencer à aimer. Elle a l’avantage de gommer toutes les autres barrières qui feraient frein. De toucher directement le but, le noyau central qui gère toutes les facultés: notre cerveau.

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