SOMMES-NOUS DEJA IMAGINAIRES ? (Lire Balaert 1)

Sommes-nous encore réels, ou déjà imaginaires, avec la part croissante de nos vies occupée par nos activités virtuelles ? Je viens de trouver une réponse originale dans Pseudo, le dernier roman d’Ella Balaert, un roman épistolaire d’aujourd’hui, entièrement par mail, et tout foisonnant de masques, leurres et autres manipulations.

Pour s’amuser à séduire un homme, trois femmes tour à tour lui écrivent sous le même nom d’emprunt : « Eva ». Mais lorsqu’Ulysse correspond avec Eva, seule réelle pour lui, sans se douter de l’existence des trois amies, n’est-ce pas le personnage qui est réel, et ses trois auteurs, virtuels ?

Sur le réseau qui nous sert de caverne, et où les autres projettent leurs ombres, notre image exposée n’est-elle pas plus réelle que notre corps invisible? Le personnage virtuel pour lequel je me prends, et pour lequel je suis pris, est désormais plus réel que chacun de mes rôles. Nous n’avons pas attendu Internet pour avoir pour intimité un roman personnel, mais aujourd’hui nous nous le publions, comme si l’image était notre dernière chance d’exister. Or c’est précisément cela : l’imaginaire est désormais notre seule réalité.

Sans doute fallait-il une écriture délibérément baroque pour dire, sous  nos jeux de masques vénitiens, notre évanescence numérique.

                             En savoir plus sur Ella Balaert:

                                                                   http://ellabalaert.wordpress.com/

                                                                   http://fr-fr.facebook.com/people/Ella-Balaert/

33 réflexions sur “SOMMES-NOUS DEJA IMAGINAIRES ? (Lire Balaert 1)

  1. L’imaginaire n’est elle pas nécessaire à la vie ? Pour ma pomme, l’imaginaire fait partie de ma réalité. Un besoin pour parfois mieux accepter la vie. Un tableau ou une sorte de projection mèlée de réél et d’irréel, où je suis la seule à savoir faire la part des deux. Un jeu qui permet de se mettre à distance…

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      1. Certains de mes personnages (et non pas personnes…j’insiste) sont projection de personnes réelles, d’autres non… Je reste lucide.

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  2. Intéressant point de vue.
    Les masques, leurres, mensonges, comédies, se retrouvent tout aussi bien dans le monde réel. Et sous l’anonymat du virtuel, qui sait si les masques ne tombent pas et que nous ne sommes pas plus réels que jamais? Le monde virtuel peut n’être qu’un jeu, une façon de se forger le personnage que nous ne serons jamais ou au contraire, devenir l’outil idéal pour se faire le plaisir (ou le devoir) d’être enfin soi-même, sans l’embarras du jugement d’autrui. Et donc, notre image exposée n’en est plus une. Sauf, peut-être, pour ceux qui nous lisent. À nous de savoir faire la part entre le réel et l’maginaire. C’est une question de lucidité.

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    1. Vous avez raison. Le roman de balaert se situe exactement dans ce changement radical du terrain même où nos vieilles stratégies d’amour et de puissance, de secret et de séducttion avaient coutume de s’affronter. Les règles du jeu on changé, mais nous non: du même coup de nouvelles manipulations, de nouvelles révélations sont à attendre, qui vont nous surprendre. J’enrage de ne pouvoir vous dire la fin du roman….

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  3. Bonsoir Jean Paul
    Nous qui écrivons nous avons besoin d’imaginaire . Cela nous permet de nous évader de ce monde de plus en plus fou . depuis tout gamin , je m’évadais dans les livres que je lisais pour m’évader déjà de certaines choses pas très belles de la vie ; j’ai su garder une âme d’enfant pour pouvoir m’échapper encore de ce monde et faire la juste part des choses .D’ailleurs , en écrivant nous nous évadons de cette vie , mais nos lecteurs aussi quand ils se plongent dans nos écrits

    bonne nuit
    Amitié

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    1. Bien d’accord, mais pour jouir de tout cela,
      il faut encore conserver une réalité, en dehors de l’imaginaire,
      et c’est elle qui est peut-être en train de disparaître,
      au moins de nos emplois du temps…
      bonne nuit
      Amitiés

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  4. Ne sommes nous pas toujours imaginaires, et surtout lorsque nous voulons séduire, ou être séduits ? Dans la séduction, lorsque nous en sommes l’objet, jsuqu’à quel point acceptons nous d’écouter, et de croire l’autre lorsqu’il nous complimente, nous décrit les sentiments que nous éveillons en lui ? Sommes-nous dupes, ou acceptons nous dejà d’entrer dans l’imaginaire de l’autre ? Cet imaginaire dans lequel il nous rêve, -différent de notre réalité- à moins que l’autre, justement ne soit le seul lucide.
    Continuez, la philo en vingt lignes, je trouve ça accessible et moderne.

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    1. Tout à fait: tel est le jeu de la séduction, que Balaert décrit si bien, jusqu’à son danger majeur, à la fin du livre.
      Grand merci pour vos encouragements: les marques de soutien, la fidélité des abonnés
      me redonnent à chaque fois plus d’énergie pour la suite de l’aventure.
      Bonne continuation, donc, et à bientôt

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  5. Merveilleuse description de ce que l’amour virtuelle de nos jours qui se joue de ligne mensongères , séduire l’autre dans le rêve , jamais dans le réel et quand il est temps de vouloir touché aux promesses non tenu les masques s’effondrent .

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    1. Et pour cause, si l’autre n’existe pas! Le plus dur, ici, ce n’est pas le réel, mais l’inverse: constater qu’il n’existe pas. Mettez-vous un instant à la place d’Ulysse: vous correspondez avec une personne, sans savoir qu’il s’agit en fait de trois autres… Comment vivriez-vous cela?

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  6. Me faire séduire par quelqu’un qui n’existe pas , dans ce bouquin c’est trois femmes qui dit en être une seule , j’ai déjà été à sa place , je suis tombé en amour avec quelqu’un qui n’existe pas , le choc est difficile , s’effondrer est le mot juste. C’est facile d’être un caméléon , le but n’était que de séduire , cette séduction maladive , pourquoi elle font ça ? Pour se sentir désiré surement et quoi de plus tragique que d’aimer quelqu’un qu’on ne pourra jamais avoir ?

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    1. Non, au départ, il s’agit pour deux d’entre elles d’aider la troisième à tourner une page amoureuse. C’est un roman tout en finesse, où rien n’est univoque, et où la gentillesse n’est pas toujours la meilleure des choses…Comme dans la vie, non?

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  7. Bonsoir.
    Je ne pense pas que l’on soit toujours un personnage virtuel en ligne. Oui on peut l’être (second life, World of Warcraft, etc) mais parfois il y a autant d’artifice dans le monde actuel. Je suis d’accord avec le commentaire de loulou; masques et leurres existent aussi dans le « réel ».
    Le virtuel n’est pas toujours de créer un personnage ou être un autre. C’est aussi être soi-même, en mieux (?), parfois en pire (?).
    Le virtuel est l’apanage d’internet. Est-ce pour ça que les sites de rencontre sont à foison? Je parle de sites tels que « soulmates » etc qui permettent des rencontres basées sur la personnalité et les goûts de ses utilisateurs et non pas seulement sur l’artifice et le superficiel. Le virtuel n’est que ce que l’on en décide. Il ne s’oppose pas au réel, seulement à l’actuel.

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  8. Bonjour.
    Intéressante réflexion.
    Et si nous laissions de côté nos égos, et notre mental, peut-être aurions nous pleinement conscience, que le seul réel qui soit, virtuel ou non, vient de la conscience de l’Instant Présent, sentir en nous, la Vie, ici, Maintenant.
    Belle journée, en conscience.

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    1. L’instant, seul, donnerait la réalité! Comme c’est fascinant, et paradoxal: d’habitude, on renvoit l’instant à la disparition immédiate, au travail du néant. N’hésitez pas à poursuivre dans cette voie, et à nous raconter le voyage…

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  9. Tiens mais je m’étais abonnée mais je ne reçois rien ? A revoir…
    La séduction est un des grands piliers du monde virtuel. C’est ravissant et …tout le reste …

    le réel, le réel, dites vous ?
    oui c’est vrai, où est-il ?
    Mêlé, mélangé, brouillé
    les pistes frôlent les ombres

    deux brouillards sur la montagne
    le monde où je ne te vois pas et où j’invente et créé
    le monde où je vois avec mes yeux et mon corps et je veux rêver encore
    2 brouillards se rencontrent sur la montagne et cherchent la lumière
    la poésie finalement est la clé , elle a toujours été de plusieurs mondes à la fois

    S’emporter, s’emporter…

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  10. Bonjour Jean-Paul,
    Merci pour ce billet et la référence à l’allégorie de la caverne, que j’adore.
    En effet nous sommes préoccupés par les mêmes sujets… J’ai également posté un nouvel article « Une théorie pour expliquer notre ruée vers le virtuel » sur mon blog http://www.dematerialisation-avatar.com/ qui devrait vous intéresser.
    Hervé ASTIER

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