LA JOIE EST LE PLAISIR DE L’ANGOISSE (Ontologie négative 11)

Heidegger définissait l’angoisse comme une conscience du rien. Mais la joie aussi est une conscience du rien, et la même. Car la joie est le plaisir pris à l’angoisse elle-même.

C’est cette joie entrevue qui nous permet d’oser faire à la question métaphysique la réponse impossible, celle que tout le monde évite, parce qu’elle semble aussi impensable qu’invivable : Il y a rien, plutôt que quelque chose. En fait, nous ne nous posons cette question que parce que nous savons bien qu’il n’y a rien, puisque nous sentons, malgré toutes nos précautions, malgré toutes nos prétentions, que nous ne sommes rien, ou si peu, et qu’il n’y a guère davantage autour de nous. Il ne s‘agit pas de postuler notre inexistence, mais de reconnaître qu’exister n’a jamais empêché d’inexister, et qu’aucune plénitude ne nous dispensera de notre vacuité.

Mais, pour la première fois peut-être, c’est une bonne nouvelle, puisque la philosophie du rien permet de faire de cette finitude radicale la condition la plus expresse d’un bonheur nouveau. Car si tout n’est rien, comme elle l’enseigne, c’est par le rien que nous nous entendons avec chaque chose, et que nous trouvons notre place dans le monde. Voilà comment s’explique enfin notre immense sentiment d’apaisement en ces lieux de mer, de montagne, de sacré ou de désert, où l’on ne fait jamais l’expérience que du silence, de l’absence et de la vacuité.

23 réflexions sur “LA JOIE EST LE PLAISIR DE L’ANGOISSE (Ontologie négative 11)

  1. Personnellement, face à un paysage que j’aime et que je retiens un instant du bout de mon pinceau, je me sens à la fois infiniment rien et en harmonie avec un immense tout, c’est en cela que je sens vibrer en moi l’éternité.www.arlettebeal.wordpress.com

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  2. Eh bien,wouah!Qoelle pensée!Je n’aurais pas défini la Joie ainsi,au premier abord, mais c’est tout simplement sublime!J’adore, elle met mon cerveau en ébulitions.Bravo!Grandiose!Tout à fait d’accord!Seriez vous philosophe ou prof de philo?J’aime beaucoup vos textes car ils se rapprochent des miens,sous un angle différent.C’est …Wouah!Bravo!

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  3. Bien vu. L’être ne peut se concevoir, se définir, s’apprécier, que couplé au non-être, et réciproquement. Par conséquent, il est vain de se demander pourquoi il n’y a rien plutôt que quelque chose; le non-être n’est rien sans l’être… Que ce soit source de Joie ou d’angoisse est une autre question, me semble-t-il. La Joie est l’appétit conscient d’une cause extérieure, explique Spinoza, si je ne me trompe. Si l’idée du rien vous met en joie, cher monsieur Galibert, je m’en réjouis pour vous…
    Bien cordialement.

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    1. J’ai tenté de penser que dans le rien, l’existence et l’inexistence soient plus que relatives ou couplées, mais si intimement unies que le principe même de contradiction pourrait en pâtir. La fluidié qui en résulte est joie, ou du moins sérénité, car il n’est point de tristesse sans quelque fixation.

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  4. Dans le desert, le silence, la étendue nous experimentons le vide qu’ il est un condition de réception. Etre in situation de vide ( rien) il trasforme nous in moments de recepition, de accueil, moments de double valence (+ – ) que fait nous heureux ou triste ou le deux ensamble. Aussi l’angoisse jouis de cet moments de reception, de accueil , que peut etre seulement dans le « rien ».
    Les poets les essayent tout les deux.

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      1. C’est à dire qu’à la lecture des précédents articles jusqu’à celui-ci je me dis que l’idée que « tout est rien et que c’est par le rien que nous nous entendons avec chaque chose » et du coup que nous trouvons notre place dans le monde m’amène à élargir ,peut être à tort, au fait qu’on se sente relié aux autres tout simplement par le fait que ces moments où l’on fait l’expérience conduisant à cette approche du rien peuvent être partagé par d’autres. L’exemple de l’expérience du silence ou du sentiment d’apaisement procuré par un paysage sont pour moi une forme d’expérience du monde du sensible. C’est peut être ce qui nous rassemble alors, au delà de la manière dont on fait l’expérience, et brouille les frontières catégorisantes entre les « gens » Le partage dans ces conditions montre qu’on a tous notre place d’humain dans ce rien et qu’on peut dialoguer quand bien même, à priori, tout nous oppose.

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  5. Ce que je veux dire c’est que si la joie est la conscience d’être angoissé, c’est à dire la conscience du rien comme vous semblez le dire et qu’on y trouve du plaisir, il y a un certain problème, notamment le fait qu’on s’abandonne à l’inaction, car la joie, selon moi, est le plaisir de croire qu’il y a quelque chose, le plaisir de néantiser le néant. Certes, la joie part d’un constat angoissant, mais, ma foi, la vraie joie s’active à transformer ce « rien » angoissant en « quelque chose ».
    Ce que je veux dire c’est que la joie part certes du constat du rien, mais elle ne s’y arrête pas. Au contraire, la joie c’est le fait de travailler le rien pour le rendre quelque peu existant. Sur ce point particulier, la religion est une bonne illustration, car « Dieu » est en quelque sorte la réponse religieuse au constat du rien. Nous sommes angoissés par le néant, par le rien et nous tentons de plusieurs façons à résoudre cette vacuité de notre existence. Dieu ne résout le problème du néant qu’au niveau cosmique – et peut être ontologique – mais ce n’est que la liberté qui résout le problème au niveau existentiel.
    Si l’angoisse est notre joie, alors nous avons délibérément abandonné notre liberté: c’est de la mauvaise foi. Excepté si la conscience du rien déclenche le processus du travail du rien.

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  6. J’en viens à penser que le vide n’existe pas. Toujours le vide se remplit de quelque chose. Le vide du verre vide n’est que le plein d’oxygène qui malgré sa transparence n’en est pas moins réelle. Tout comme lorsque que je vais marcher dans la nature pour faire le « vide », j’emplis mon cerveau d’idées autres que celles que je devrai développer plus tard, dans ce romans que j’écris. Je mets ces idées, ces personnages, ces situations en veilleuse, dans un placard de mon esprit le temps d’une ballade. Car si je crois que le vide n’existe pas, je crois que le trop plein tend à embourber.
    J’en viens également à penser que l’angoisse du vide est la même que celle de la mort, de là le besoin de l’être humain, devant cette angoisse du vide, de se créer des dieux et des cieux.

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  7. vacuité est toujours vacuité de qqchose , vacuité de la table , de l’individu , du soleil …
    vacuité de vacuité même
    j’ai l’impression que vous mettez cette vacuité en parallèle avec ce qui n’est pas vacuité ou en binome , donc je pense être en accord avec vous

    mais rien , c’est autre chose que vacuité

    les mots c’est délicat

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