SCENES DE VIE DANS UN ESPACE CONFUS (Ontologie négative 5)

Les plans de réalité sont des scènes de vie, à tous les sens du terme, puisque nous nommons scène aussi bien la série des tirades, que le lieu pour les dire. Le mot « scène » est même de plus en plus usité aujourd’hui pour désigner l’ensemble des artistes d’un domaine particulier : la scène rock par exemple. Il est donc bien placé pour dire la confusion des dimensions, l’indistinction, dans un plan de réalité, de ses trois dimensions que sont l’espace, le temps et la société.

Les horaires sont des plans de réalité. Très tôt le mâtin, c’est l’heure de ceux qui précèdent et préparent le réveil des autres. Le veilleur de nuit, ou l’urgentiste, sont dans d’autres plans de réalité. Toute pause a son lieu, tout acte, son espace temps. A nous de nous y lover.

Unité de temps, unité d’espace, unité d’action. Les plans de réalité sont la plus petite portion de l’espace temps social. Car l’espace, le temps et la socialité sont indissociables dans un plan de réalité. L’espace-temps est confus. Le même, lieu, quelques heures plus tard, quelques mètres plus loin, est un autre plan de réalité.  Un lieu sacré ne prend son sens que par une réunion de fidèles à un moment donné. Celui qui le visite en un autre moment doit reconstituer à partir d’indices ou de vestiges l’usage régulier, et donc le sens que les objets du lieu ont pu connaître. Le temps multiplie l’espace, et la société comme séparation multiplie le tout.

20 réflexions sur “SCENES DE VIE DANS UN ESPACE CONFUS (Ontologie négative 5)

    1. Ce qui m’interesse dans la scène, au delà du jeu, c’est l’indistinction des dimensions d’espace, de temps et de position sociale. Hors cette « situation », pour reprendre le mot de Sartre, n’impose pas ce que nous y faisons. rien ne dit notamment que nous allons jouer sur ce plan en le mettant en relation avec d’autres, plutôt qu’en nous y enfermant. Que nous soyons maîtres du jeu, au sens du mettre en scène suppose sans doute la décision et l’énergie sans faille de tracer un chemin, de ménager quelque traversée des plans. Je ne suis pas sûr, donc, qu’il y ait beaucoup de théatre si nous restons sur un même plan.

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  1. ils sont au même moment sur la même terrasse d’hôtel bon marché, ils ont le même âge, elles et la reine du monde, moi je suis le paillasson du monde répond-il. Elle est une Française venue en stop à Istambul, lui un paysan venue en bus de sa campagne lointaine…La reine et le paillasson, trois histoires croisées à sortir aux Ed Kirographaires un de ces jours…autrement dit ce « concept » (?) de scène qui s’inscrit dans un espace-temps social me semble fondamental…

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  2. sauf qu’ils ne se rencontrent que quarante ans plus tard – elle auteur, lui épicier – à l’occasion d’un entretien commandé par une association, et qu’ils découvrent alors qu’ils étaient au même endroit au même moment quarante plus tôt, dans l’ignorance totale l’un de l’autre…

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    1. Souvent, l’enjeu d’une scène est de savoir s’il y a un plan de réalité commun, ou un simple croisement de plans de réalité. Peut-être le fait même de l’existence dépend-il de telles rencontres, qui ont lieu plus entre des plans qu’entre des personnes, puisque deux personnes n’ont aucune chance de se rencontrer sans plan de réalité commun. L’enjeu est de taille: il s’agit de savoir si l’existence est une affaire individuelle, ou si l’on peut s’allier pour exister…

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  3. Très intéressant, cette réflexion sur cette succession et superposition des plans de réalité, spatiaux, temporels et sociaux. De leur mixage peut toutefois émerger en effet des rencontres fécondes, voire certaines propriétés nouvelles. La règle des trois unités produit de fortes tragédies, mais on pourrait avoir envie de s’en affranchir…
    Bien à vous

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  4. Bonjour,
    J’apprécie grandement vos textes et les questions qu’ils soulèvent. J’aime aussi les dialogues qui en découlent et je me demandais si beaucoup ne confondent pas les plans de la réalité avec les perceptions qu’ils en ont. Certaines de ces perceptions sont unilatérales et parfois arbitraires. Enfin, j’ai quelques difficultés à comprendre pourquoi et comment on peut vouloir diviser en plans successifs, progressifs, différenciés, s’opposant ou se juxtaposant et donc de baliser une contrée aussi vaste et floue et élastique que la réalité. Pour le plaisir de la mise en boîte ?

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  5. Hier je me suis trouvée au Musée pendant les journées du patrimoine. Les gens vont et viennent dans ce lieu. Je ne reverrai pas certaines personnes avec qui j’ai parlé en commentant avec elles les objets. Et il me faudra attendre encore un an pour retrouver cet espace. Pas facile de commenter tes notes. Bonne fin de week end.

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  6. Pourquoi ne le pourrait-on pas?
    Je pense que les choses qui nous étonnent et ne cessent de nous agiter, les œuvres magistrales ne restent pas cantonnées entre les frontières que nous leur pensons, elles dépassent les cadres, elles sortent des canevas. En se racontant à nous, elles nous dévoilent des mécanismes, elles suggèrent des mystères et ne se laissent jamais vraiment domestiquer. Elles continuent éternellement de nous étonner. La réalité fait de nous des explorateurs toujours curieux et pour en déguster les infinies saveurs, il nous appartient de ne pas l’empailler, non?

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    1. Tout à fait d’accord! je disais simplement que telle n’est pas la tendance spontanée de ces lieux, de ces moments, de ces rites sociaux qui nous servent de cadres, ou de situation, et qui ont plutôt tendance à s’ignorer mutuellement , ou à se croiser sans se voir

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  7. J’aime bien ce concept de plan(s) de réalité. Il serait intéressant, par exemple, de l’utiliser comme outil d’analyse filmique (je pense à « La jetée » de Chris Marker). Complexe mais sans doute nutritif.

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